J. Milquet: "Le patron de Belgacom n'a pas menti à propos du piratage"

J. Milquet: "Le patron de Belgacom n'a pas menti à propos du piratage"
J. Milquet: "Le patron de Belgacom n'a pas menti à propos du piratage" - © RTBF

Joëlle Milquet était ce mercredi l'invitée de Bertrand Henne dans Matin Première. La ministre de l'Intérieur est revenue avec lui sur le dossier du piratage de Belgacom. Elle a défendu le CEO de l'opérateur, attaqué, notamment, par un député CD&V selon qui Didier Bellens était au courant depuis longtemps et l'a caché. En outre, elle a précisé les contours d'un plan de développement pour Bruxelles à l'horizon 2020-2025.

Ce n'est désormais un secret pour personne, Belgacom a été victime d'une cyberattaque. De "l'espionnage étatique international" si l'on en croit le parquet fédéral. Est-ce aussi grave que ce dont cela a l'air? "C'est quelque-chose de très préoccupant", estime sans surprise la ministre cdH qui rappelle que "la cybersécurité est une matière qui relève du gouvernement dans son ensemble" étant donné le spectre de compétences qui est concerné pour lutter contre ce type de criminalité.

Alors que nous sommes de plus en plus dépendants de l'informatique et d'internet, moyens de communication "fragiles" et vulnérables, "il faut investir massivement dans des politiques de lutte contre la cybercriminalité et dans la protection contre celle-ci", averti Joëlle Milquet. 

Une mise en commun des services de cyberprotection "en voie de finalisation"

Faut-il demander des comptes aux Etats-Unis dans ce dossier? "Je ne suis pas le parquet fédéral, je ne suis pas les autorités judiciaires", insiste l'ancienne présidente des humanistes. "L'enquête est en cours et n'a pas encore livré ses conclusions sur qui est responsable de cette attaque. Après, il y a un faisceau d'indices convergents: on sait que c'est une attaque hyper-sophistiquée et avec pour seule ambition de récolter des informations" et non avec des ambitions malveillantes comme le vol d'argent ou le sabotage. "Mais tant que l'on n'a pas de certitudes, on ne peut pas se prononcer" sur ce dossier.

Ce qui est urgent désormais, c'est de finaliser le processus de renforcement de la cyberprotection en cours en Belgique, estime la ministre de l'Intérieur.

Le cdH rappelait ce mardi par communiqué que le député centriste Georges Dallemagne avait déposé une résolution visant la mise en place d'un centre pour la cybersécurité en Belgique. Estimant qu'avec "l'évolution des technologies de l'information et de la communication, les cyberattaques se multiplient" et qu'il est donc nécessaire de "créer un Centre pour la cybersécurité en Belgique afin d'augmenter la capacité de défense de la société contre la cybermenace, d'agrandir l'expertise sur la cybersécurité, de donner des avis sur la protection, de répondre aux menaces ainsi qu'aux attaques et de coordonner la réponse en cas de crise".

Apparemment, la ministre cdH avait anticipé les souhaits de son parti puisqu'elle a précisé au micro de Bertrand Henne que "depuis 2012 nous avons une stratégie de renforcement de la cybersécurité. Nous sommes en train de mettre sur pied une agence qui va fédérer l’ensemble des services. C’est en voie de finalisation".

"C’est une course constante entre la sophistication de la protection et la sophistication de l’attaque", rappelle notre invitée. "Il faut aussi encourager l’autoprotection" des acteurs concernés, à savoir les entreprises, les administrations, les acteurs publiques et économiques en vue, etc.

"Non, le patron de Belgacom n'a pas menti au parlement"

"Belgacom savait depuis des mois qu’il y avait un problème et peut-être aussi qu’il était question de cyberespionnage. Bellens (patron de Belgacom, ndlr) a menti" à son ministre de tutelle Jean-Pascal Labille (PS) et aux parlementaires. C'est ce qu'a affirmé Roel Deseyn, député CD&V, dans les médias.

"J’aime bien les gens qui ont des grands avis sur des choses dont ils ne sont pas au courant", ironise la vice-Première. "Ils ne connaissent pas le timing. Dès que Belgacom s’est rendu compte qu’il y avait bien une infection, plainte a été portée tout de suite, le parquet fédéral averti. Tout cela s’est fait en toute confidentialité avec les services ad hoc. Le gouvernement a été immanquablement mis au courant de ce qu’il devait savoir". Il n’y a donc pas eu dans cet épisode de volonté de mentir au parlement dans cette affaire. 

Pour rappel, Roel Deseyn a posé en mai dernier, au ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille, une question sur la sécurisation des données de Belgacom. "Le 10 juillet, j’ai eu une réponse à ma question", a précisé l'élu chrétien-démocrate sur Eén. Le ministre avait alors confirmé qu’il n’était pas question d’infraction ou de vol de données chez Belgacom.

Un plan de développement pour Bruxelles, "c'est le moment"

Joëlle Milquet a déclaré à la Libre qu'elle souhaitait une feuille de route pour la capitale, l'équivalent du plan Marshall wallon. "Nous sommes dans un moment où ce pays est pacifié et croit à nouveau en son avenir. La région bruxelloise, comme la région wallonne, est renforcée par la réforme de l'Etat et n’est plus sous-financée", selon elle. Dès lors, le moment est idéal pour penser "sereinement" à un plan sur 10-15 ans, juge la conseillère communale de Bruxelles-ville.

"Ce qui a été une faiblesse à Bruxelles, c’est l’éparpillement des pouvoirs entre région, communautés, communes, le fédéral…", déplore-t-elle. "Ce que je souhaite, c’est que l’on puisse mettre ensemble tous les pouvoirs publics actifs sur Bruxelles". "Il fait avoir, pour l’horizon 2020-2025, des indicateurs clefs, comme pour la méthode européenne de convergence et mettre, dans un ensemble présidé par la région, de manière informelle, le fédéral, les communautés, les communes...". "Tout le monde dans ses compétences à Bruxelles, suivrait alors dans son plan les objectifs de cet accord de collaboration. Et avec ça, vous avez une ambition collective, une stratégie collective, une unicité de vision, ce qui a toujours manqué à Bruxelles".

D'après l'ancienne première échevine de Bruxelles, si l'on s'en tient à ce plan, "on peut faire de cette métropole en cinq, dix, quinze ans, une vraie métropole innovante du futur, à visage humain, durable et qui soit à la fois pole de formation et créatrice d’emplois". 

Julien Vlassenbroek (@julienvlass)

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