"J'espère convaincre mes partenaires de gouvernement d'investir plus dans le rail"

Minimum deux trains par heure dans chaque gare ou encore deux fois plus de marchandises transportées par voie ferroviaire... Le gouvernement fédéral a affiché de grandes ambitions pour le rail belge. Une première enveloppe de 100 millions d'euros vient d'être débloquée. Mais les investissements requis après des années de coupes budgétaires vont bien au-delà... Pour en parler sur le plateau de CQFD: Georges Gilkinet, ministre fédéral de la Mobilité (Ecolo), Gianni Tabbone, porte-parole de l’association Navetteurs.be, et Marianne Lerouge, responsable générale CSC Transcom secteur rail.

Les navetteurs et les entreprises de fret ont besoin de perspectives

Le nouveau ministre de la mobilité l'affirme: "Les navetteurs et les entreprises de fret ont besoin de perspectives [...] C'est clair dans l'accord de gouvernement: on veut faire de la SNCB et du train la colonne vertébrale de la mobilité". S'il s'agit aussi de faire du transport ferroviaire un des principaux alliés dans la lutte contre le changement climatique, il y a 6 ans, le gouvernement exigeait de la SNCB plus de 2 milliards d'économies. Avec des retards d'investissement à la clef.

Ambition affichée aujourd'hui par le "plan Boost": un réseau plus performant, moderne et ponctuel, tant pour les usagers que pour le transport de marchandises. Avec deux trains par heure dans chaque gare et sur chaque ligne à l'horizon 2040 ou encore un doublement du transport de marchandises sur le rail à l'horizon 2030.

Des objectifs ambitieux, "une amélioration de l'offre", explique Georges Gilkinet, "l'idée c'est à chaque point d'arrêt, d'avoir un train toutes les demi heures et des "noeuds multimodaux", en coordination avec les sociétés régionales de transport, pour qu'on puisse par exemple arriver à la gare en vélo, repartir avec un bus, ou autre [...] C'est le modèle appliqué en Suisse par exemple, avec une cadence beaucoup plus régulière, permettant de se débarrasser de sa voiture".

Comment garantir les accords pris à l'horizon 2040 sur le long terme?

Gianni Tabbone, le porte-parole de l’association Navetteurs.be, se réjouit de ces ambitions affichées. "Par contre, on se pose des questions sur la manière dont tout cela pourra être mis en oeuvre: comment garantir les accords pris à l'horizon 2040 sur le long terme? Avec quels investissements et financements?". 

Réponse de Georges Gilkinet: "Effectivement, notre réseau ferroviaire est en état de fragilité en certains endroits, il faut le renforcer. Comment y arriver à long terme? C'est bien pour cela qu'on veut développer une vision à l'horizon 2040 [...] Un contrat de service publique va remplacer le contrat de gestion à la SNCB, pour fixer les premiers objectifs vers cet objectif final, et il faudra - c'est évident - des moyens supplémentaires pour la SNCB".

Les 100 millions d'euros d'investissements annoncés sont une première tranche dans le cadre d'un plan pluriannuel, précise le ministre. Il faut aussi y ajouter les financements européens prévus dans le cadre du plan de relance "Next Generation". Est-ce à dire que le financement belge sera insuffisant? "J'espère que je pourrai convaincre le reste du gouvernement de mettre des fonds propres. Les 100 premiers millions sont là, dans l'accord que nous avons signé ensemble, il y a une volonté très claire de réinvestir dans le rail, et nous exploitons à ce stade d'abord et avant tout la voie européenne".

Un début de privatisation?

L'accord de gouvernement l'annonce en ces termes: "En vue de préparer la future libéralisation, la piste de l'intégration d'une expertise privée au sein de la SNCB sera étudiée. La politique des ressources humaines de la SNCB sera également étudiée, pour vérifier si la société est suffisamment préparée la concurrence, dans le cadre des nouvelles règles européennes". Un scénario de début de privatisation à la Proximus ou Bpost?

Marianne Lerouge, la responsable CSC Transcom secteur rail, ne cache pas ses craintes au ministre qui l'assure: "des investisseurs privés rentrant dans le capital de la SNCB, ce n'est pas une option. Il faut rappeler le contexte qui est européen; l'Europe demande à chaque état d'envisager la libéralisation du marché ferroviaire du transport de personnes, en laissant la possibilité d'octroyer à l'opérateur historique une situation de monopole pour 10 ans renouvelables. Nous allons signer le contrat de service publique en ce sens", explique Georges Gilkinet qui précise que "l'intégration d'une expertise privée" fait référence à la consultation de sociétés de transport étrangères permettant un regard extérieur sur les pratiques nationales.

Par ailleurs, ajoute Marianne Lerouge, "les cheminots sont ravis qu'un ministre affiche une politique volontariste et à long terme pour le rail. Nous espérons vraiment une rupture avec le passé. Nous saluons l'attention, mais attendons les moyens, financiers comme humains car à 80%, ces dernières années, ce sont les membres du personnel qui ont supporté les efforts", conclut la responsable générale CSC Transcom secteur rail.

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