IVG : une pétition pour "respecter le choix des femmes et leur droit à la santé" déposée à la Chambre ce jeudi

Une pétition intitulée "IVG, respectons le choix des femmes et leur droit à la santé" sera déposée aux députés à la Chambre ce jeudi, jour de la rentrée parlementaire. Le dossier sur l’extension de la loi de l’IVG crispe certains partis et son vote est repoussé depuis plus d’un an.

Caroline Watillon, référente IVG pour la Fédération laïque des centres de planning familial, était ce jeudi l’invitée de Matin Première pour faire le point sur ce dossier..

La remise de cette pétition, c’est avant tout symbolique. C’est un nouveau signal que vous lancez à la classe politique ?

"Cette pétition a été signée par 13.787 personnes, dont plus de 5000 soignantes et soignants, et elle montre qu’à côté de la majorité parlementaire, qui, rappelons-le, était prête à voter la proposition de loi, il y a aussi une majorité de personnes dans la société et dans la société civile qui s’engage en faveur de cet assouplissement en matière d’IVG et qui attend qu’il y ait un vote de cette proposition. C’est donc cela qu’on souhaite rappeler aux parlementaires ce midi."

Est-ce que vous y croyez toujours ? Parce que les négociateurs auraient finalement décidé de renvoyer le dossier en commission Justice de la Chambre. C’est donc un retour en arrière pour le texte qui devait être voté en plénière. Comment prenez-vous ce retour en arrière ? Cela veut dire qu’il y aura à nouveau des discussions ?

"Il y a effectivement sur ce dossier énormément d’obstructions parlementaires, mais il faut toujours continuer à y croire. On a appris hier que le dossier allait retourner à la Chambre et retourner en commission de justice, ça a été déjà fait, on y a déjà entendu des expertes et des experts. Le projet de loi a été décortiqué pendant des heures, on y était et je vous assure que c’était vraiment très long.

Et pendant ce temps-là, il y a toujours 500 femmes qui partent tous les ans aux Pays-Bas, il y a toujours celles qui vont poursuivre une grossesse non désirée, et ces femmes qui vont avorter aux Pays-Bas ou qui poursuivent ses grossesses sont parfois dans des situations de précarité sociale et économique importante, voire extrême.

C’est juste honteux de vouloir continuer à fonctionner comme ça pendant encore quatre ans. À partir du moment où on prend connaissance d’une telle problématique de santé publique, qu’on refuse même de voter une loi qui propose une solution concrète et qu’on fait de l’obstruction parlementaire, il me semble que ça pose des questions sur l’attachement à la démocratie et ce dossier — on le dit encore une fois — aurait dû rester une question de Parlement et pas de gouvernement."

La Belgique est en retard par rapport à d’autres pays sur cette question de l’avortement ?

"Oui, il y a des pays qui ont un cadre beaucoup plus souple. Si on prend par exemple la question du nombre de semaines, qui est peut-être la question la plus sensible du dossier…"

Pouvez-vous préciser cette question de semaines dans l’extension de cette loi ?

"Ce que la proposition de loi propose, c’est qu’on passe de 12 semaines de grossesse à 18 semaines de grossesse pour pouvoir pratiquer un avortement, sachant qu’il y a 500 femmes qui partent tous les ans aux Pays-Bas pour avoir accès à l’avortement au deuxième trimestre."

On évoquait donc ce retard par rapport à d’autres pays sur la question de l’avortement, c’est notamment sur ces semaines que ça se joue ?

"Ça se joue sur les semaines et ça se joue aussi sur la pénalisation, sur les sanctions pénales. Si on prend par exemple un pays comme le Canada, pour prendre l’exemple extrême, il n’y a pas de loi du tout qui encadre l’avortement.

Dans les faits, cette absence de cadre légal, qui s’explique par un contexte culturel et géographique particulier, n’a pas eu pour conséquence que les femmes vont avorter plus tard, plus rapidement ou plus souvent. C’est en fait même le contraire, parce qu’on parle beaucoup plus facilement d’avortement dans une société où il n’est pas pénalisé.

Et pour en revenir chez nous, où on a une éducation qui est davantage paternaliste, si on doit encore attendre quatre ans, cette inaccessibilité va encore concerner 2000 femmes qui seront obligées de partir et toutes celles qui le feraient si elles en avaient les moyens, parce que ce sont les femmes qui sont le plus précarisées qui sont davantage victimes de notre cadre légal."

Vous le constatez dans les centres de planning familial ? Il y a toujours une pression, une crainte pour ces femmes qui souhaitent avorter ?

"Oui, la première question que ces femmes se posent quand elles ne veulent pas d’enfant et qu’elles se rendent compte qu’elles sont face à une grossesse non désirée, c’est de savoir à combien de semaines elles sont et de savoir si elles pourront avoir accès à l’avortement."

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