Isabelle Simonis, ministre de la Jeunesse: "La prostitution étudiante est banalisée"

Isabelle Simonis ministre de la Jeunesse et des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Isabelle Simonis ministre de la Jeunesse et des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles - © CAROLINE HUSSIN - BELGA

La Fédération Wallonie-Bruxelles lance une campagne d'information contre la prostitution étudiante. " Des alternatives existent ", c'est le slogan dévoilé mardi. Affichage, site Internet et même installations grandeur nature... Mais est-ce suffisant?

1500 étudiants se prostitueraient chaque année, mais d’autres sources parlent de 4000 à 5000. La campagne officiel retient, elle le nombre de 6000 étudiantes qui se prostituent. Pour Isabelle Simonis, ministre de la Jeunesse et des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, chiffrer le phénomène est difficile. Car peu connu, et relativement nouveau. " Les études que nous avons parlent de 2 à 6 % de la population étudiante, qui est de 210 000 en Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons donc pris une fourchette basse, 3 %, qui correspond à 6000 personnes. Il fallait bien prendre une simulation pour tenter de sensibiliser et de communiquer, mais nous manquons d’outils scientifiques pour mieux quantifier les phénomènes prostitutionnels."

Une stratégie marketing

Aujourd’hui, la prostitution étudiante est banalisée. Ou du moins, explique la ministre, elle est devenue une espèce de stratégie marketing, notamment des sites Internet. " Les étudiants utilisent plus les sites Internet comme outil de prostitution. Ces sites parlent simplement de ‘partenariat’ ou de ‘relations positives’, mais n'abordent jamais la question des relations sexuelles tarifées. Or, c'est bien de cela dont il s'agit. Il y a une certaine forme de banalisation, en ce compris pour les étudiantes elles-mêmes puisqu'elles considèrent — pas toutes, mais certaines en tout cas — que c'est un petit à côté en plus qui permet effectivement de sortir parfois d'une précarité. "

La prostitution est une violence

Et cette banalisation de la prostitution passe aussi par l’usage d’applications grand public, commente Isabelle Simonis : "Cela entraîne une banalisation de la marchandisation du corps et de l'image du corps, alors que tous les outils, nos conventions européennes et la législation belge précisent bien que la prostitution est une violence, en particulier faite aux femmes pour les trois quarts des phénomènes de prostitution."
Lancer une campagne de sensibilisation est-il suffisant? La source du problème n’est-elle pas simplement la précarisation des étudiants ? Dans ce cas,diminuer le coût des études et prévoir du logement bon marché permettrait d’éradiquer le phénomène plus sûrement qu’une campagne de sensibilisation. Isabelle Simonis rappelle qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, son département à la compétence d’informer et de communiquer. "Il est vrai que les études parlent de la grande précarité des étudiants. Mais cette précarité ne se vit pas uniquement en termes du coût de l'enseignement supérieur. Je crois que la précarité des étudiants aujourd'hui est bien plus large. Elle concerne les politiques du logement. Le prix d'un kot aujourd'hui est terrible, les transports, l'alimentation… il y a une vraie urgence politique à traiter cette question de la précarité des étudiants."
Appartenant au même parti (socialiste) que Jean-Claude Marcourt, responsable de l’enseignement supérieur, Isabelle Simonis défend son collègue qui  "a revu le système de bourses pour faire en sorte qu'il soit plus accessible. Il veut également, cette année encore pouvoir objectiver ces questions de précarité. " En observant l’impact du coût des études et des situations d'exclusion."

La solution passerait-elle par la fermeture des sites et des applications?

Isabelle Simonis constate qu’il est extrêmement compliqué de faire fermer un site. Ce qui ne l’a pas empêché déposer une plainte avec Jean-Claude Marcourt au mois de septembre dernier contre le site très controversé de sugar dating. La plainte déposée au pénal est toujours en information judiciaire. "Nous n’agissons pas dans un esprit de moralisation. Cette campagne vise à pouvoir mieux informer les étudiants sur ce qui existe aujourd'hui et de pouvoir renvoyer vers notre site stopprostitutionetudiante.be. Il y a aussi des structures, des ASBL qui accompagnent les personnes prostituées. Le 9 février sera aussi organisée une journée de sensibilisation du monde académique et professionnel."

Pourquoi ne pas cibler les garçons ?

Alors que la prostitution touche aussi les garçons, Isabelle Simonis assume le choix d’avoir ciblé les filles. "Nous avons fait ce choix sur base d’études que nous avions demandées. Trois quarts des personnes prostituées étaient des femmes et nous avons choisi de féminiser la campagne. Sans toutefois nier que des hommes se prostituent aussi. Et d'ailleurs de manière généralement plus cachée que les femmes ou les jeunes filles. Cette campagne s'adresse donc évidemment à tout le monde."

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