Isabelle Durant: "C'est le problème des partis qui occupent trop longtemps le pouvoir"

Fin de partie pour Isabelle Durant. Du moins sur la scène politique belge. Figure emblématique du mouvement Ecolo, ancienne ministre des transports, vice-première, élue européenne, conseillère communale… Isabelle Durant s’envole pour Genève où elle exercera un mandat de 4 ans au poste de secrétaire générale adjointe de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Ce qui lui permet de jeter un regard plus détaché sur les 'affaires' qui secouent la Belgique. Pour elle, la politique ne peut se limiter à la critique. Elle doit aussi être à l’écoute.

Pas question de cumuler des mandats politiques avec celui qu’elle occupera à l’ONU. Un fonctionnaire de l'institution doit impérativement remettre tous ses mandats. "Et c’est une bonne chose", commente Isabelle Durant qui prône: "Une personne, un travail et un mandat".

Un mandat qui, s’il n’est pas électif, remplit bien une fonction politique à ses yeux: "L’international permet aussi de contribuer au bien commun".

Les affaires: on devait s’y attendre

Aux yeux de l’élue bruxelloise, l’affaire qui secoue la capitale n’a pas vraiment de quoi surprendre: "On a toujours le sentiment qu’à Bruxelles, il y avait un Etat dans l’Etat. Il y avait de l’arrogance". Mais elle ajoute que mettre toutes les pratiques cachées au jour n’est jamais facile: "On ne démonte pas une manière de travailler facilement. On travaille avec les autres et il est difficile de mettre le doigt sur quelque chose".

Isabelle Durant veut aussi tirer les leçons de ce qui s’est passé. "Toutes ces commissions d’enquête doivent être menées, mais les partis doivent pouvoir faire un autre travail. Celui qui consiste à écouter les demandes citoyennes. C’est plus important que de que dénoncer. "

Ecolo contre le cumul depuis toujours

Selon elle, des choses ont déjà été modifiées, par la concertation et dans la manière de faire de la politique. "Les écolos sont en faveur du décumul depuis que cela existe. On nous a ri au nez en défendant toujours la nécessité pour les élus d’être 'ancrés dans la vie publique'. Aujourd’hui, on en revient."

Mais plutôt que de pointer un parti, Isabelle Durant préfère dénoncer l’usure du pouvoir. "Le PS a occupé le pouvoir très longtemps. C’est pour cela qu’il est très concerné par ces manières de faire. Et il n’est pas le seul. C’est la longue occupation du pouvoir sans contrôle qui permet ce qui est arrivé. Vient aussi un moment où les choses sont mûres et arrivent sur la table."

Un lien distendu entre le citoyen et la politique

Mais l’ancienne cadre d’Ecolo ne décèle pas, comme c'est le cas au PS, de crise de parti. "La question est de savoir, aujourd’hui, quel est le rôle d’un parti politique. Il doit prescrire des idées et les défendre devant les électeurs, mais il doit aussi entendre et travailler à la demande du citoyen… Il faut réfléchir à la manière de faire de la politique autrement. Beaucoup de gens se mobilisent lors de soirées ‘0 déchet’ ou dans des coopératives, mais entre eux et la politique, le lien est distendu. "

À Gino Russo (dont l'épouse fut élue Ecolo) qui reproche aux Verts de fonctionner comme les autres partis en pratiquant la politique politicienne, Isabelle Durant rétorque que la gestion du bien commun impose des codes et des compromis. "On a tout intérêt à expliquer la complexité des choses."

Schaerbeek 2006: "Je ne regrette rien"

A propos de son rôle au soir des élections communale de 2006, lorsqu’au dernier moment, Ecolo s’allie avec le FDF plutôt qu'avec le PS, Isabelle Durant se souvient du moment où Laurette Onkelinx, qui croyait devenir bourgmestre, doit quitter la salle sous les huées du public.

 

 

"Cette image m’a choquée. Elle mettait en confrontation une personne seule et des militants. Mais j’ai choisi une alliance et, 11 ans plus tard, je ne le regrette pas".

Se mettre au service de ceux qui sont les dindons de la farce

Et personne ne lui en a tenu rigueur, puisque sa candidature aux Nations Unies a été soutenue par tous les partis. "C’est la preuve qu’on peut travailler avec des gens dont on ne partage pas le programme. Parfois on est des alliés dans un intérêt commun."

Dans sa nouvelle fonction, elle aura a traiter des accords bilatéraux comme ceux du CETA. Mais, désormais, plus question de mener un combat militant. "A ce poste, on donne de l’analyse et de l’expertise sans prendre position. On n’est pas là pour dire ce qui est bien ou mal, mais pour outiller tous ceux qui négocient et ceux qui manquent d’arguments. Se mettre au service de ceux qui sont parfois les dindons de la farce, je trouve ça intéressant et je le ferai avec beaucoup d’enthousiasme."

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