Investissements immobiliers, sous-traitance peu contrôlée : zoom sur le nébuleux fonds de pension Ogeo Fund

Investissements immobiliers, sous-traitance peu contrôlée : zoom sur le nébuleux fonds de pension Ogeo Fund
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Investissements immobiliers, sous-traitance peu contrôlée : zoom sur le nébuleux fonds de pension Ogeo Fund - © RTBF

C’est l’un des astéroïdes de la galaxie Nethys. Créé en 2007, Ogeo Fund est le fonds de pension de l’intercommunale Enodia (ex-Publifin). Ses deux directeurs, Emmanuel Lejeune et Hervé Valkeneers, viennent d’être licenciés pour faute grave. Après les CEO de Nethys, d’Intégrale et de l’aéroport de Liège, le grand nettoyage de "l’ère Moreau" se poursuit.


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Ogeo Fund, qu’est-ce que c’est ?

Ogeo Fund est le cinquième fonds de pension le plus important de Belgique. L’entreprise liégeoise pèse 1,15 milliard d’euros. Ogeo Fund gère les pensions d’environ 4200 travailleurs liégeois de plusieurs intercommunales de la région : Enodia, les pompiers de Liège (IILE), la CILE, la Ville et le CPAS de Seraing ou encore la Province de Liège.

Au sein de la galaxie Nethys, Ogeo Fund pèse lourd puisqu’il détient à hauteur de 22%, l’assureur Integrale, filiale à 71% de Nethys et lui aussi en ligne de mire des cabinets d’audit. Son ex-patron, Diego Aquilina a été révoqué le 30 avril dernier et a été inculpé dans le dossier Nethys. Il s’était fait octroyer de très substantielles indemnités de rétention.

Parmi les anciens membres du conseil d’administration d’Ogeo Fund, on retrouvait d’ailleurs Pol Heyse ou encore un certain Stéphane Moreau.

Investissements dans la brique

L’entreprise fonctionne sur un modèle particulier pour un fonds de pension : pour résumer, les cotisations perçues sont investies dans des placements et les bénéfices de ces placements sont reversés sous forme de pensions.

Ogeo Fund possède dans son portefeuille une large poche immobilière "en briques" estimée à 220 millions d’euros (plafonnée à un maximum de 25%) ; ce à quoi s’ajoutent 725 millions d’actifs financiers. "En matière d’investissements immobiliers, OGEO FUND a adopté une politique spécifique, reposant principalement – mais sans exclusive – sur des investissements en briques physiques, par opposition à la brique papier", peut-on lire dans le dernier rapport de l’entreprise publié en 2018.

Mais ces investissements suscitent rapidement de nombreuses questions. L’Autorité des services et marchés financiers, (FSMA), gendarme des marchés financiers en Belgique, a notamment relevé des placements immobiliers jugés risqués et "contraires aux objectifs de gestion prudente". Dans un pré-rapport, elle a entre autres pointé l’acquisition d’un manoir situé dans le parc privé de Cointe (ville de Liège) pour près d’1 million d’euros. Manoir qui est ensuite resté inoccupé. Par ailleurs, selon le journal Le Vif, son concierge n’était autre que le mari de Bénédicte Bayer (ex-directrice générale de Publifin).

Dans son rapport de 2012, Ogeo Fund présentait différents exemples d’investissements immobiliers en Belgique.

Mais Ogeo Fund ne se contente pas d’investir en région liégeoise ou ailleurs en Belgique. Ses placements dépassent de très loin la frontière belge. Selon une enquête pour le magazine Dérivations, l’entreprise a notamment investi dans des banques américaines impliquées dans la crise des subprimes ou encore dans HSBC, la banque à l’origine du scandale Swissleak, via le paradis fiscal de Jersey. Là aussi, les prises de décisions d’Ogeo Fund suscitent des questions tout comme l’achat d’un hedge fund aux îles Caïmans il y a près de 10 ans maintenant.

Des suspicions aux licenciements

Selon la DH, dans son pré-rapport, la FSMA, l’autorité des marchés financiers, qui a lancé un audit, a dénombré "11 infractions dans la gestion du fonds". Outre les investissements à risques, la FSMA pointe notamment un contrôle défaillant des sous-traitants. Le cinquième fonds de pension du royaume ne compte que huit employés pour gérer plus d’un milliard d’euros et sous-traite presque toute son activité à des prestataires externes. Des prestataires qu’Ogeo Fund ne contrôlerait donc pas suffisamment selon la FSMA. La bonne gouvernance des directeurs d’Ogeo Fund est alors déjà mise en doute.

C’est finalement un rapport d’audit qui a mené le CA à rompre sa confiance avec le comité de direction. "Sur base des constats formulés par cet audit (réalisé par Deloitte, ndlr), qui s’ajoutent notamment à ceux repris dans le pré-rapport d’inspection établi par la FSMA fin décembre 2020, le Conseil d’administration a pris acte de l’existence d’un déficit constant dans la bonne gouvernance d’Ogeo Fund, spécialement en ce qui concerne la gestion journalière de l’OFP confiée au Comité de direction d’Ogeo Fund", peut-on lire dans le communiqué envoyé. Les deux membres du comité de direction sont licenciés "sans indemnité et préavis".

Un nouveau conseil d’administration aura lieu le 22 février à 9 heures afin "de prendre les dispositions nécessaires en accord avec la FSMA". En attendant, le CA d’Ogeo Fund a désigné une délégation de tutelle comprenant la présidente d’Enodia Julie Fernandez Fernandez, le vice-président Bertrand Deminceau et l’administrateur indépendant Paul Cuvelliez pour assumer la gestion quotidienne de l’entreprise. Le temps de désigner une direction ad intérim qui aura la lourde tâche de redorer la réputation de ce nébuleux fonds de pension.

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