Intraitable, l'Office des étrangers refuse de libérer une touriste Camerounaise

Même si le doute est levé, Rachel M. risque bel et bien de d'effectuer son séjour belge entre les murs du centre Caricole.
Même si le doute est levé, Rachel M. risque bel et bien de d'effectuer son séjour belge entre les murs du centre Caricole. - © DIRK WAEM - BELGA

En débarquant le 31 mars dernier à l'aéroport de Bruxelles, visa touristique en poche, Rachel M., ressortissante camerounaise, était loin de s'imaginer que son séjours en nos riantes contrées allait se dérouler derrière les grilles du centre Caricole.  Planté à un jet de pierre des pistes de Brussels Airport, ce centre de transit "accueille" également les étrangers refoulés à la frontière car leurs documents de voyage ne sont pas réglementaires.  Rachel M. y est enfermée depuis maintenant plus d'une semaine, pourtant depuis ce funeste 31 mars de l'eau a coulé sous les ponts, certains malentendus ont été levés et des erreurs officiellement rectifiées... Alors pourquoi donc Rachel M. est-elle toujours retenue?

Rétroactes

Ce fameux 31 mars, alors qu'elle s'apprête comme n'importe quel voyageur à franchir la douane, la police des frontières la stoppe dans son élan. Elle veut vérifier que Rachel M. débarque vraiment en Belgique pour des motifs touristiques. La police l’interroge sur son programme, sur les lieux qu'elle compte visiter, vérifie si elle dispose d'une réservation d'hôtel en bonne et due forme.... Rachel M. s'exécute. Mais, considérées comme floues, peu probantes, les explications et justificatifs de Rachel M. - qui à aucun moment n'a par ailleurs caché qu'elle avait de la famille en Belgique -  n'arrivent à convaincre les policiers. Quand la police lui demande quels sont les sites à visiter à Gand, Anvers ou Bruxelles, elle ne parvient pas à en citer ne fusse qu'un. Qui plus est, après vérifications auprès de l'établissement indiqué par la touriste Camerounaise, il apparaît que celle-ci n'y a pas de réservation. Malgré ses dénégations, rien n'y fait, Rachel M. est expédiée au centre Caricole. Motif : ses documents de voyages sont administrativement non-conformes.

Pourtant, elle avait réservé et payé son hôtel

Pourtant depuis plusieurs jours, la famille de Rachel M. est parvenu à faire la preuve à tout le moins d'un malentendu. Recontacté par ses soins, le directeur de l’hôtel a en effet reconnu s'être trompé de bonne fois dans les premières infos transmises à la police. En réalité, Rachel M. est arrivée en Belgique un jour plus tard que la date prévue, et donc quand la police appelle l'hôtel, la réservation de Rachel M. a disparu du planning informatique. Mais revérification faite et attestation à l'appui, l’hôtel confirme bel et bien l'existence d'une réservation du 30 mars au 10 avril et qui a déjà été payée. Le directeur de l'hôtel fait par ailleurs part de son erreur à la police. Autant d'éléments qui plaideraient donc en faveur d'une libération immédiate de Rachel M..Et pourtant, pour l'heure, elle se morfond toujours au centre Caricole...

L'office des étrangers tombe des nues

Ce matin, nous avons contacté l’Office des étrangers pour comprendre. Et là, la porte-parole tombe des nues et nous explique ne jamais avoir été informée de ces nouveaux éléments. Elle nous précise aussi que la décision d’enfermer la dame s’est faite presque mécaniquement, sur base du rapport transmis par la police des frontières.  Pour le reste, l’Office se garde de tout commentaire: "La police des frontières - au vue de son expérience - a certainement procédé à l’interpellation de Rachel M. en connaissance de cause... 

Nous avons également contacté la police fédérale, qui pour sa part se borne à rappeler que la mission des policiers de la frontière consiste à contrôler la validité des documents qu’on lui présente, ce qui se passe après ne relève ni de son ressort, ni de sa compétence.

L'office pas convaincu

Cet après-midi, alors que la situation semblait paralysée, nous avons vérifié auprès de l'avocat de Rachel M. Celui-ci nous a confirmé que l'Office des étrangers avait désormais tous les éléments de preuve (une attestation de l'hôtel) en sa possession mais qu'en substance l'Office refusait de statuer sur le cas de la ressortissante camerounaise en raison de son manque de connaissances sur son circuit touristique en Belgique. Autrement dit, Rachel M. pourrait tout aussi bien être soupçonnée d'avoir utilisé un visa touristique comme subterfuge pour pouvoir pénétrer sur le territoire belge et y rester... Par ailleurs, le recours introduit par l'avocat de Rachel M. sera examiné par la Chambre du Conseil le 11 avril prochain, l'Office des étrangers refuse de prendre une décision alors qu'une procédure juridique est pendante.    

Résultat, Rachel M. risque bel et bien de d'effectuer son séjour belge entre les murs du centre Caricole. Sauf surprise et malgré les efforts de son avocat, elle a peu de chance d'être libérée avant le 11 avril,  soit la veille de son retour programmé au Cameroun. Entre les frais d'hôtel et d'avocat, la tentative de découverte des charmes de la Belgique lui aura coûté cher.

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