Bart De Wever: "Préparer le pays pour le grand moment du changement"

Bart De Wever (N-VA) dans l'Indiscret
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Bart De Wever (N-VA) dans l'Indiscret - © RTBF

Rentrée politique pour le chef de file des nationalistes flamands, Bart De Wever, l’homme qui ne cesse de monter dans les intentions de vote au nord du pays. C'était dans L'Indiscret sur la Une. L'homme fort de Flandre fixe déjà l'agenda: dès le lendemain des communales, il va falloir rediscuter. Et il compte bien être à la table.

L’homme est métamorphosé à la suite d’un régime drastique. Malade, Bart de Wever ? "Je pense que beaucoup de francophones ont toujours pensé que j’étais malade… Mais je vous rassure : je ne suis pas malade, je suis sain et maigre comme on dit en Flandre" ironise le patron de la N-VA, qui nie avoir voulu "mettre en scène" son régime. "Je ne savais pas que ça allait réussir lorsque j’étais encore à 142 kilos. Mais l’intérêt public a été énorme et comme il y avait autant d’intérêt et de questions, on m’a dit ‘est-ce que tu ne veux pas écrire un livre ?’ " explique-t-il, avouant avoir d’abord refusé puis se ravisant en décidant de consacrer ses droits d’auteur à une organisation de lutte contre l’obésité chez les jeunes.

Bart De Wever, un "Di Rupo de Flandre", attentif à son image comme le premier ministre ? "Je ne pense pas que je partage beaucoup d’idées avec Elio Di Rupo", dit-il, même si, concède-t-il, le positionnement du PS en Wallonie comme parti leader avec des "satellites" et celui de sa formation en Flandre peuvent se ressembler. Mais la N-VA , "ce n’est pas un parti de gauche ! C’est vraiment l’antipode du PS. Quand le parti socialiste parle de politique d’immigration –leur vision laxiste, disons- la N-VA est totalement le contraire. Quand le PS parle de justice, la N-VA est le contraire : on veut une justice beaucoup plus stricte. Et quand le PS parle de socio-économique et veut imposer les gens (…), c’est la N-VA qui veut focaliser sur les économies… "

L'Etat PS en ligne de mire

Étrange toutefois que la N-VA s’en prenne à ce point au PS en pleine campagne électorale communale ? "En ce moment, un Belge qui travaille paye les impôts les plus élevés au monde", assène le leader nationaliste, se référant de manière générale aux données de l’OCDE. Selon lui, plus de 70% des mesures d’assainissement budgétaire sont de nouveaux impôts, alors que la moyenne européenne est de 30%. "Un Belge qui travaille, quand il a payé tous ses impôts directs et indirects, il commence à gagner un sou en net en octobre. Et ça ne va plus ! La compétitivité de nos entreprises diminue, on est en pleine récession, le chômage augmente", se plaint-il.

Selon lui, les réformes en cours et les efforts d’assainissement ne suffisent pas. Il critique le poids du secteur public, qui "en Belgique, et certainement en Wallonie, est énorme : 55% du revenu national, alors que la moyenne en Europe est de 49 !". Et selon lui toujours, ces 6% de différence représentent 20 milliards d’euros, que la Belgique dépenserait en trop. "C’est énorme !"

La réforme de l’Etat, un jeu de dupes pour les Flamands

Bart De Wever est remonté comme jamais à l'entame de la campagne électorale. Il sait qu'elle préfigure déjà celle des régionales et des législatives de 2014. "On va bien voir comment le match va finir", glisse le chef de la N-VA. "Tous les partis flamands, qui n’ont d’ailleurs pas de majorité en Flandre, ont supporté M. Di Rupo mais je pense que les réformes qu’ils ont adoptées ne suffisent pas du tout". Pour la scission de BHV, affirme-t-il, il n’aurait fallu qu’un seul projet de loi au lieu des quinze qui ont été passés. "Les quatorze autres sont des compensations pour les francophones, et c’est pas mal ce que les Flamands doivent payer littéralement pour cette scission". Pour lui c’est clair, les Flamands se sont fait avoir. Et de citer en exemple le milliard par an, à terme, destiné au refinancement de Bruxelles. "Je pense sue c’est très cher pour une scission qui est quand même dans la logique institutionnelle de ce pays."

Samedi, le ministre président bruxellois rappelait sur les antennes de la RTBF que le "plan B" n’avait jamais quitté les esprits des politiques francophones étant donné le succès des thèses indépendantistes en Flandre. Charles Picqué "a raison lorsqu’il constate que, en Flandre, ça ne va plus et que la gestion de ce gouvernement n’est plus acceptée, et qu’il y a même une certaine amertume en Flandre", rebondit Bart De Wever, qui pourtant veut rassurer les francophones craignant la fin du pays. Il n’y aura pas de révolution, dit-il, "on veut une évolution, mais une évolution qui est nette et qui est claire vers le confédéralisme. Je pense que tous les citoyens de ce pays vont en profiter". Perfide, il ajoute : "Si les francophones veulent vraiment une gestion laxiste, une gestion du PS, ce n’est pas à moi de l’interdire." Et d’ajouter : "C’est une question de responsabilisation, si on veut une gestion du PS, qu’on paye pour cette gestion. Il ne faut pas demander une gestion laxiste et présenter la facture au nord du pays parce qu’on en a marre !"

Pas de grand complot mais une vraie discussion

Un plan B aussi côté flamand ? "Je pense qu’il n’y pas un grand complot, disons, mais la réalité est que la N-VA est très haut dans les sondages, la réalité est que Kris Peeters lui aussi est convaincu qu’on doit aller vers le confédéralisme, et en 2014 le match est fini, on va bien voir qui a gagné : est-ce que ce sont les partis traditionnels qui ont supporté M. Di Rupo ou est –ce que c’est la force du changement qui est la N-VA ?".

Et si le succès annoncé par les sondages se confirme en juin 2014 ? "A ce moment-là on va avoir une vraie discussion avec les francophones sur le confédéralisme, et j’espère même qu’ils seront ouverts à préparer cette discussion même avant 2014" prévient Bart De Wever. Il fixe déjà l’agenda : "Après les communales, je pense qu’il est temps de commencer à réfléchir et même de travailler ensemble en toute discrétion, pour préparer le pays pour le grand moment du changement". Et ce ne sera pas un "désastre", promet-il.

Et puis que les francophones cessent de lui prêter des intentions qui ne sont pas les siennes : non, il n’a jamais brigué le poste de ministre-président flamand ; non il ne veut pas faire d’Anvers la future capitale de la Flandre... "Moi je veux devenir bourgmestre parce que j’aime cette ville et que je veux bien la gérer, mais aussi pour donner un signal à la rue de la Loi qu’en Flandre des choses ont changé : après 90 ans de socialisme à Anvers, si je peux prendre le mayorat avec la N-VA, tout le monde va comprendre que la N-VA n’est pas le cauchemar dont on va se réveiller, mais qu’en 2014 on sera là !"

Et ce changement, c’est aussi ce qu’il, dit espérer des "recrues" issues des rangs de l’extrême-droite flamande. "Si on peut convaincre des gens à croire dans notre programme, ils sont les bienvenus". Pour Bart De Wever, la question ne se pose pas : "Tout le monde a toujours souhaité que le Belang s’effondre, c’est la N-VA qui l’a réalisé", assène-t-il.

Retrouvez l'intégralité de l'interview en cliquant dans l'onglet vidéo

T.N.

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