Internés psychiatriques: vers la prison, l'hôpital ou le privé?

La place des patients psychiatriques n’est pas dans les prisons
La place des patients psychiatriques n’est pas dans les prisons - © YORICK JANSENS - BELGA

Les patients psychiatriques que l’on désigne aussi comme "internés", représentent pratiquement 10% de la population carcérale. Des patients comme ceux qu'accueille depuis aujourd'hui le nouveau centre de psychiatrie légale de Gand. Mais la structure privée de ce centre pose question en Flandre.

Ces internés n’ont en réalité pas leur place en prison. L'internement n'est pas une condamnation, mais les places hors des murs des prisons sont toujours insuffisantes. Il faut alors faire "avec ce que l’on a". Et ce que l’on a n'est pas identique selon que l’on se trouve en Flandre ou en communauté française.

Une différence qu’explique Philippe Mary, criminologue et professeur à l'ULB: "Il existe du côté francophone trois types d’établissements où sont placés des internés. Le premier est un établissement de défense sociale qui devait historiquement accueillir tous les internés de Belgique et avait été, à cet effet, construit sur la frontière linguistique. En raison de la régionalisation des établissements pénitentiaires, il n’accueille, depuis les années 80, que des francophones. C’est le seul établissement de défense sociale que nous ayons dans le pays. Viennent ensuite les annexes psychiatriques qui se situent dans plusieurs prisons comme Forest, Namur, etc. Elles ne sont pas sensées accueillir des personnes en observation. Elles peuvent aussi servir d’accueil transitoire lorsque la personne est internée et dans l'attente de son placement dans un établissement de défense sociale.

Puis viennent les sections de défense sociale des hôpitaux psychiatriques. A Tournai pour les hommes et à Mons pour les femmes. Il s’agit là d’hôpitaux qui ne dépendent pas de l’administration pénitentiaire mais qui sous-traitent l’accueil d’un certain nombre d’internés."

Une autre politique en Flandre

Du cote néerlandophone, les dispositifs sont différents. C’est la raison pour laquelle le master plan prévoit la construction de nouveaux établissements. Il a été décidé de construire deux établissements qui ne sont plus appelés "de défense sociale" mais des CPL ou "Centres de Psychiatrie Légale ". L’un se trouve à Gand et l’autre à Anvers. Le centre d'Anvers n'a pas encore été inauguré, à l’inverse du tout nouveau centre de psychiatrie légale de Gand qui accueille ses premiers patients à partir de ce lundi. Ce sont des internés qui viennent des ailes psychiatriques de plusieurs prisons du pays.

Le centre de psychiatrie légale de Gand permettra donc de sortir des internés de prisons. Mais cette situation laisse certains sceptiques.

Les internés confiés au privé

La Belgique franchit ici un pas en accordant la gestion de ce centre à un consortium privé. Jusqu'à présent, les seules institutions de soins gérées par des entreprises privées étaient des maisons de repos. En avril dernier, la ministre de la Justice du précédent gouvernement Annemie Turtelboom a attribué la gestion à un consortium regroupant Sodexo, Securitas et le groupe hollandais spécialisé Parnassia. Cette nouvelle structure a inquiété dès son annonce, le président de la cour d'Appel de Gand, par ailleurs président de la commission de défense de la prison de Gand. Une structure hybride dépendant tant de la justice que de la santé publique, posait, selon lui la question des contrôles. Une question importante selon le magistrat quand on sait qu'une des structures du groupe hollandais Parnassia a été placée sous surveillance renforcée à cause des manquements qui y ont été constatés, notamment pour manque de personnel. Il se demande comment, sans contrôle, garantir qu'un groupe privé ne privilégie le profit au détriment des patients.

Philippe Mary fait partie de ceux qui émettent des réserves similaires, même si elles se veulent prudentes, par rapport à ce centre qui vient à peine de s’ouvrir. Philippe Mary se pose des questions, tout en ne niant pas qu'il faut trouver une solution aux manques actuels. " D’un côté, en gros, on constate depuis 80 ans que les lacunes sont énormes dans les soins dispensés aux internés et la question sera de savoir si le consortium comme celui de Gand sera en mesure d’octroyer de meilleurs soins. On peut toutefois s’interroger sur le fait que des firmes privées dont le principal objectif est quand même de faire du bénéfice, puisse se situer au même niveau de qualité de soins qu’un hôpital civil ou une structure de soins. Mais en tout état de cause cela peut répondre à une demande du côté néerlandophone puisqu’un certain nombre d’internés néerlandophones qui ne pouvaient pas être placés dans des circuits de soins civils restaient en prison. La question sera de savoir si les internés flamands seront bien dirigés vers le CPL de Gand ou bien si ceux qui étaient dirigés vers des établissements psychiatriques seront dirigés vers ces mêmes infrastructures. Et c’est trop tôt pour le dire."

RTBF

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