Intégration: "Il y a une perversion des valeurs", dit Didier Reynders

Didier Reynders (MR), invité de Matin première ce mercredi
Didier Reynders (MR), invité de Matin première ce mercredi - © Tous droits réservés

Invité de Matin Première, Didier Reynders (MR) est satisfait de la manière dont les autorités judiciaires ont mené les enquêtes sur les présumées filières terroristes de départ en Syrie. Mais le vice-premier ministre regrette le manque d'informations transmises au département des Affaires étrangères; il remet surtout sur la table le débat brûlant de l'intégration.

"Sur le dossier lui-même je n’ai évidemment pas d’informations en particulier; c’est un dossier judiciaire mené par des enquêteurs", explique le ministre des Affaires étrangères. Mais, tout en soutenant la démarche de la lutte antiterroriste dans le pays, Didier Reynders se pose la question : "que peut-on faire concrètement" face à cette situation ? "Aucune liste n’est transmise aux Affaires étrangères", regrette le vice-premier ministre. "Je ne crois pas que nous devons être au courant de tout, mais si on veut évidemment agir à l’étranger dans nos ambassades, nos consulats, dans les contacts avec les pays voisins de la Syrie, comme la Turquie", il faut des informations plus précises sur les personnes soupçonnées d’être parties au combat.

Des mineurs prennent tous seuls l'avion pour la Turquie? "Il faut un renforcement des contrôles", répond-il.

"Ce qui nous tracasse le plus", ajoute Didier Reynders, "c’est le retour. Il faudra un examen judiciaire au cas par cas".  

Plusieurs cas de figure

Car plusieurs situations peuvent se produire, explique le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères : "Si certains allaient se battre aux côtés du président Assad, la seule chose que l’on demande c’est qu’ils aillent devant la Cour pénale internationale ; si d’autres sont dans des groupes djihadistes, terroristes, il faudra les poursuivre sur la base de la loi sur le terrorisme. Ce qu’heureusement les autorités judiciaires font déjà de manière pratiquement  préventive", explique-t-il. "Mais il y en a peut-être d’autres qui vont s’engager par idéal aux côtés de l’armée syrienne de libération, eh bien on leur fera peut-être dans quelques années un monument, à ceux-là !", ajoute-t-il.

Mais Didier Reynders ne veut pas occulter une autre question, à laquelle il estime que les autorités doivent s’attaquer en priorité : "C’est toute une action à mener de manière beaucoup plus précoce à l’intérieur des écoles, à l’intérieur des communes, à l’intérieur d’un débat général", celui de l’intégration. Le vice premier ministre et ministre des Affaires étrangères rappelle ses interventions antérieures sur l’échec de l’intégration dans certains quartiers, ajoutant à cette question l’aspect concernant la formation des imams en Belgique.

"On ne peut pas laisser dire n’importe quoi dans des lieux minoritaires" s’exclame-t-il. "La grande majorité des musulmans pratique un culte modéré et souhaite le faire partager à d’autres... Mais dans certaines mosquées, dans certains centres culturels, dans certains lieux peut-être plus confidentiels, il y a du radicalisme".

Recentrer le débat sur la notion de "valeurs"

Et, pour Didier Reynders, "il faut oser affronter ça". Il ajoute : "ça passe par des débats que je veux recentrer qui sont des débats sur les valeurs".

Le vice premier ministre MR l’affirme: dans le chef de certains, "il y a une perversion des valeurs ; il faut faire respecter les valeurs sur notre territoire". L’interdiction du port de la burqa, l’interdiction du port du voile intégral, le respect de la neutralité dans le service public, le débat sur le parcours d’intégration obligatoire… Autant de législations "évidentes", qui vont en ce sens, mais qui ont suscité des discussions difficiles, regrette-t-il. "Il ne faut pas s’étonner que des jeunes adolescents soient perturbés".

"Si  l’autorité publique n’est pas à même de réaffirmer des valeurs que nous défendons en Europe et en Belgique, il ne faut pas reprocher à des jeunes de vouloir à un moment donné s’en aller", conclut le vice premier ministre.

W. Fayoumi

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