Inquiétée par le nucléaire belge, l'Allemagne réclame des tests plutôt que des calculs

Inquiété par le nucléaire belge, l'Allemagne réclame des tests plutôt que des calculs
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Inquiété par le nucléaire belge, l'Allemagne réclame des tests plutôt que des calculs - © Tous droits réservés

La saga des "bulles" trouvées dans les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 a largement dépassé nos frontières. L’Allemagne voudrait être rassurée et limiter le débat à celui des experts, sans impliquer le monde politique. La Belgique a un autre dossier allemand sur le feu: la possible indemnisation des consommateurs belges qui ont acquis une Volkswagen concernée par le "Dieselgate". Deux questions " chaudes " auxquelles a répondu Rüdiger Lüdeking, ambassadeur d'Allemagne en Belgique

Ce que demande la ministre allemande de l’environnement, ce n’est pas la fermeture des deux réacteurs, insiste l’ambassadeur, mais  bien " la suspension des opérations des deux réacteurs ", le temps nécessaire à pratiquer des examens supplémentaires. Ce que réclament voisins du nord, c’est une fermeture provisoire.

Des réponses "détaillées", mais non suffisantes

Cette demande est basée sur le rapport d’une agence nucléaire officielle en Allemagne. "Au début février nous avons pu établir une coopération étroite entre l’Allemagne et la Belgique sur la sécurité nucléaire et nous avons établi un groupe de travail. L’Allemagne a soumis en janvier des questions très précises sur l’état des choses dans les deux réacteurs. Et les réponses de l'Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire belge ont été très détaillées."

Détaillées, mais apparemment pas suffisantes, puisque ces réponses ne satisfont pas vraiment l’Allemagne : " Nous avons aussi eu des entretiens les 5 et 6 avril à Bruxelles. Nous avons soumis l’ensemble à une commission indépendante formée d’experts. Il en est sorti un rapport qui est à l’origine de la demande de la ministre de l’environnement de suspendre la mise en service des réacteurs de Doel 3 et Thihange 2. Et notamment d’aller plus loin que des estimations théoriques, en effectuant des tests pratiques pour s’assurer que les cuves sont fiables".

Les leçons de Fukushima

La crainte de l’Allemagne ne vient donc pas du fonctionnement normal des réacteurs, mais bien des conséquences, sur les cuves, d’un accident tel qu’une surchauffe. Avec l’obligation, alors, de refroidir rapidement le système, ce qui pourrait fragiliser la cuve. "Cette commission d’experts sur la sécurité nucléaire estime que des tests supplémentaires sont requis ", explique l’ambassadeur pour qui la Belgique ne fait pas d’obstruction, mais se satisfait des garanties de sécurité apportées via l’Agence de contrôle nucléaire belge. Ce qui ne semble pas être le cas de la commission d’experts allemande.

L’Allemagne n’a pas eu toutes les infos

La défense belge basée sur la déclaration que les Allemands n’auraient simplement pas eu toutes les informations nécessaires pour juger en parfaite connaissance de cause, ne suffit pas à rassurer l’Allemagne: " Notre demande était faite sur les informations reçues. Pour être sûr, il faut faire des examens supplémentaires. Et sur ce que l’on a vu à Fukushima, il s’avère que les cuves sont vraiment la première ligne de défense contre les accidents nucléaires. Des calculs théoriques ne sont pas suffisants. Il faut expérimenter le matériel."

Et si la Belgique dit "non" ?

Si la Belgique refuse cette demande, Rüdiger Lüdeking, en bon ambassadeur, demande que continue la coopération entre les experts des deux pays : "Il est important de souligner que lorsque la ministre allemande Barbara Hendricks a eu un entretien avec les ministres Jambon (Intérieur)  et Marghem (MR), elle a rappelé l’intérêt que nous avons à avoir une coopération entre experts, en évitant les échanges sur le plan politique."

VW: quel dédommagement pour les Européens

Si l’Allemagne est le pays le plus déterminé dans sa politique anti-nucléaire, elle est aussi le nid de nombreux constructeurs automobile, dont Volkswagen.Comment expliquer que les détenteurs américains d’une Volkswagen "trafiquée" puissent recevoir une indemnisation de 5000 dollars alors que les Européens –dont les Belges- ne recevront rien? 

Pour l’Etat Allemand, l’indemnisation est l’issue d’une procédure juridique. Et, selon son ambassadeur en Belgique, la situation juridique aux USA est très différente de la nôtre. "Très rapidement, après le scandale, nous avons tout mis en œuvre pour éclaircir et corriger les choses. C’est pourquoi le gouvernement a établi une commission d’enquête imposant à VW de rectifier les logiciels jusqu’à la fin de cette année. Et c’est le premier pas."

Mais pas question pour Rüdiger Lüdeking de répondre à la question financière posée par des avocats et par Test-achat sur la nécessité d’indemniser les consommateurs belges. Une indemnisation qui porterait sur un montant de 1,4 milliard d’euros. "C’est une question juridique que je ne peux commenter ".

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