Inondations : pourquoi la réforme de la Protection civile est-elle pointée du doigt ?

Ce n’est pas vraiment son habitude. Mais ce matin, sur nos antennes, Elio Di Rupo n’a pas mâché ses mots concernant les difficultés qu’ont connues les services de sécurité pour intervenir hier : "C’est une évidence. C’est la preuve que la réforme des zones de sécurité de la Protection civile était une erreur. Et au niveau de l’armée il nous faut des petites barques avec des moteurs deux à trois fois plus puissants."

Tous les services devront ensemble en tirer les leçons

"Manifestement, vu l’ampleur de la catastrophe, ni l’armée ni la Protection civile n’avaient le matériel ad hoc. Si les maisons sont inondées ou si elles s’effondrent, c’est dû à la force de l’eau. Mais que nous ne soyons pas capables d’atteindre les personnes sinistrées afin de les sortir de leurs maisons, c’est une leçon que nous devons tirer. Tous les services, depuis la Défense nationale jusqu’à la Protection civile, devront ensemble en tirer les leçons lorsque tout sera terminé." Mais de quoi parle le ministre-président wallon ?

C’est quoi la Protection civile ?

C’est un service de secours qui dépend du fédéral. Son rôle est de venir en aide, entre autres, en cas de catastrophes, de type accidents ou pollutions (chimique, biologique, nucléaire), pour sauver des personnes (désincarcération, disparus sous des décombres). Aussi, en cas d’inondations.

Ces interventions se font avec des moyens spécialisés, en soutien aux autorités locales, à la police, aux pompiers. La Protection civile dépend du ministère de l’Intérieur, et intervient soit à la demande du ministre de tutelle, soit d’un gouverneur, d’un bourgmestre ou bien alors en cas d’appel de la police ou des pompiers.

La Protection civile a, par exemple, réalisé plus de 22.000 heures d’intervention dans le cadre de la crise COVID-19, en parcourant pas loin de 500.000 kilomètres pour apporter son aide un peu partout en Belgique.

De quelle réforme parle Elio Di Rupo ?

En 2017, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Jan Jambon (N-VA) a lancé une vaste réforme de la Protection civile. Comme l’indique la Protection civile elle-même, sur son site, Jan Jambon a rendu public son plan en avril 2017.

La réforme "réaffirme la place et la plus-value des interventions de la Protection civile au sein de la Sécurité civile, garantit les budgets de fonctionnement et d’investissement pour l’avenir et vise à renforcer les capacités de lutte contre les nouveaux types de risques tels que le terrorisme et les changements climatiques."

Concrètement, la réforme a entraîné la fermeture de 4 des 6 casernes de la Protection civile disséminés sur le territoire.

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À l’époque, au micro de la RTBF, Jan Jambon justifiait cette réforme d’abord pour une question budgétaire : "On a fait une analyse sur la base de 3 critères : d’abord l’économie, c’est-à-dire le coût des bâtiments. Ensuite, c’est l’opérationnalité : on analyse, sur 5 ans, quelles casernes ont dû réaliser quels déplacements. Ça, c’est facile de calculer le coût si on regroupe tout dans une seule caserne. Et troisièmement, une analyse des risques."

Outre la fermeture de quatre casernes, les effectifs ont également été revus à la baisse avec 30% de personnel en moins. Les missions ont également été revues : un certain nombre d’entre elles revenant désormais aux autorités locales, comme par exemple la gestion des sacs de sable en cas d’inondations.

Crisnée et Braschaat

À l’époque toujours, les agents de la Protection civile ont longuement combattu la réforme proposée par le ministre N-VA. Fin 2017, Alex Neuprez était adjudant de la protection civile à Ghlin et délégué CGSP et il déclarait ceci : "On veut prévenir que les 11 millions de Belges seront mal protégés suite à cette réforme. Avec cette diminution de casernes, on augmente considérablement le temps de trajet des équipes pour arriver sur un lieu de catastrophe."

En 2018, le personnel de la Protection civile est allé jusqu’à boycotter la fête nationale pour s’opposer à la réforme, en vain. Le 1er janvier 2019, quelques jours après la démission du gouvernement Michel, 4 casernes de la Protection civile ont fermé, ne laissant plus que 2 casernes : à Braschaat, non loin d’Anvers, pour le nord du pays ; à Crisnée, non loin de Liège.

C’est cette réforme que dénonçait Elio Di Rupo. Interrogé à ce propos lors de la conférence de presse des autorités ce vendredi après-midi, le Premier ministre Alexander De Croo a botté en touche. Mais nul doute que cette réforme va refaire parler d’elle d’ici peu.

Car comme nous l’explique une source du précédent gouvernement : "La réforme de la protection civile était une réforme budgétaire efficace sauf évidemment quand la marée se retire et qu’on voit qu’on est tout nu. Heureusement que les inondations n’ont pas trop touché le Hainaut car il n’y a tout simplement plus de protection civile rapidement déployable pour cette partie du pays."

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