Injures sexistes en rue: quatre flagrants délits en une semaine à Bruxelles

Désormais il y aura un suivi réel des plaintes pour harcèlement
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Désormais il y aura un suivi réel des plaintes pour harcèlement - © Kroll

Le débat sur les injures sexistes en rue était au centre du Mise au Point de ce dimanche. Comment expliquer ce phénomène et quelle ampleur a-t-il chez nous ? Faut-il y voir un lien direct avec des questions liées à l'immigration ? Et surtout, comment agir efficacement pour endiguer ces incivilités. Le flagrant délit est aujourd'hui traqué dans deux communes bruxelloises.

Le débat débute avec le témoignage de Myriam Leroy, journaliste et invitée-témoin. "Je pense que les injures sexistes en rue sont une spécialité belge ! Et la palette en la matière est large. Cela va de la drague lourde en rue, en passant par les commentaires des automobilistes aux carrefours. C'est un phénomène qui aujourd'hui est accepté, nous n'en parlons d'ailleurs plus entre filles". Pour Julie R., co-directrice de "Hollaback", "ce phénomène est loin d'être une spécialité belge mais existe aux quatre coins du monde".

Ce documentaire réalisé par une étudiante flamande sur le harcèlement des femmes en rue a donc, et cela sera répété plusieurs fois tout au long du débat, le mérite de remettre sur la table une question longtemps restée sous silence. Pour François De Smet, philosophe et directeur de "Promo Jeunes", "la difficulté avec ce documentaire est de placer à l'endroit juste le curseur entre angélisme et stigmatisation. C'est difficile de se faire une idée réelle de toutes les problématiques qui entourent ce phénomène d'injures sexistes en rue".

Comment expliquer le comportement de ces hommes ?

Derrière ce phénomène, mis au jour de façon plutôt spectaculaire avec ce documentaire, se cache une des questions essentielles: comment expliquer le comportement des individus qui se prêtent à ce genre d'insultes ?

Pour Jamila Si M'hammed, présidente de "Ni putes ni soumises", "cette violence verbale réduit la femme à sa dimension sexuelle et est une façon pour l'homme d'essayer de maîtriser un être qui lui est différent. C'est une sorte de manifestation de la peur de la castration!".

Au-delà de cette explication psychanalytique, François De Smet pense "que c'est surtout les contextes des villes qui ont changé et qui donnent aujourd'hui des confrontations entre des différences socio-économiques plus importantes que par le passé. La rue est aujourd'hui un monde où se croisent ces frustrations. C'est sur cette dimension qu'il faut surtout travailler". 

Lien entre injures et immigration ?

Alain Destexhe, député bruxellois MR, rappelle alors "les difficultés depuis des années pour le monde politique d'aborder des questions aussi sensibles que celles liées à l'immigration". "Ce n'est pas moi" dit-il "qui fait le lien entre injures et immigration mais c'est le documentaire de cette étudiante flamande qui le montre. Cette problématique est longtemps restée sous silence au sein des progressistes auto-proclamés, médias et politiques".

Freddy Thielemans, bourgmestre PS de Bruxelles-Ville, rappelle alors "que c'est surtout l'impunité dans ce domaine qui est inacceptable. Nous avons donc décidé, avec le parquet, de renforcer l'arsenal de sanctions administratives et de traquer comme nous l'avons fait avec la mal-propreté les flagrants délits. Quatre ont déjà été verbalisés en une semaine. Je peux vous assurer que désormais il y aura un suivi réel de ce type de plaintes".

Les communes de Bruxelles et d'Ixelles ont en effet renforcé cet arsenal de sanctions, sous la supervision d'un fonctionnaire sanctionnateur.

L'efficacité des sanctions administratives...

Reste à prendre position sur l'efficacité réelle de ce renforcement des sanctions et surtout sur la faisabilité de traquer le flagrant délit. "Il n'y aura pas comme à Anvers" dit Freddy Thielemans, "de policières en civil. Nous avons déjà une série de policiers en civil qui font des rondes contre ces incivilités. Je rappelle qu'aujourd'hui les sanctions pour ces injures vont de 75 à 250 euros".

La ministre cdH de l'Intérieur, Joelle Milquet, a rappelé qu'elle allait présenter dans le courant de ce mois un nouveau projet de loi concernant ces incivilités. "Un des piliers de ce nouveau projet est notamment de caractériser les injures. Cela sera plus aggravant si elles portent par exemple un caractère sexiste. Je souhaite responsabiliser l'ensemble des communes sur la lutte contre ce phénomène".

Intégrer ces questions dans l'éducation

Enfin, les invités de ce débat ont rappelé la nécessité de miser sur l'éducation, dans les foyers et à l'école, pour changer ces comportements. Avec pour l'ensemble une forte perplexité quant à l'efficacité réelle des sanctions administratives.

Pour Jamila Si M'hammed, "il faut également avoir une réflexion sur l'évolution de notre société, devenue hyper sexualisée, notamment au travers de la publicité et des réseaux sociaux. Il suffit de voir l'image de la femme dans ces messages".

F.L.

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