Indépendance de la presse: "Tecteo n'est pas un bastion PS"

Pôle médiatique Tecteo: Laurette Onkelinx appelle à la vigilance
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La constitution d'un pôle médiatique francophone sous le contrôle de Tecteo sera positive "si et seulement si" l'indépendance de la presse est respectée, a affirmé dimanche la vice-Première ministre Laurette Onkelinx sur le plateau de L'indiscret. Tant cette dernière que Stéphane Moreau (administrateur-délégué de Tecteo) ont balayé l'argument selon lequel l'intercommunale serait une émanation du PS.

Interrogée sur la manoeuvre en cours, qui verra les groupe L'Avenir et IPM ("La Libre Belgique", "La Dernière Heure") passer sous le contrôle de l'intercommunale liégeoise, la ministre des Affaires sociales Laurette Onkelinx a noté le "consensus général de toutes les communes". Elle a tenu à nuancer l'étiquette socialiste qui est souvent apposée à Tecteo, une intercommunale dirigée par le bourgmestre PS d'Ans Stéphane Moreau.

"Pas tout à fait des bastions PS"

Uccle et Wavre en font partie, a-t-elle rappelé "et ce ne sont pas tout à fait des bastions PS". En effet, ces deux communes ont des bourgmestres MR (Armand De Decker pour Uccle et le patron des libéraux francophones, Charles Michel, pour Wavre).

La vice-Première n'en a pas moins appelé à la vigilance, l'opération ne sera "une bonne chose" que si elle garantit "la défense d'une presse libre et indépendante". Ce à quoi il faudra donc être attentif, selon elle.

Revoyez ci-dessous "L'indiscret" en intégralité

Stéphane Moreau (Tecteo) et Bernard Marchant (Rossel) s'affrontent

Bernard Marchant et Stéphane Moreau, administrateurs-délégués des groupes Rossel et Tecteo, se sont affrontés au sujet de l'indépendance de la presse, dimanche sur le plateau de Controverse (RTL-TVI), alors que le second œuvre à la constitution d'un important pôle médiatique francophone.

Face aux questions que pose la prise de contrôle de plusieurs quotidiens par un groupe très politisé, M. Marchant a appelé à une régulation du secteur. "L'énergie est régulée, l'audiovisuel est régulé, mais la presse ne l'a jamais été, en tout cas ces cent dernières années. Il n'y a que des opérateurs privés dans la presse. La presse est censée jouer un rôle de contre-pouvoir dans une démocratie normale. En Belgique et dans tous les pays européens, aucun organe de presse n'appartient à un pouvoir public. C'est une exception, ce dont nous parlons (le pôle médiatique de Tecteo, ndlr)", a-t-il dit.

"La prédominance du PS, je ne sais pas où elle existe"

Une régulation pourrait se faire par le conseil de la concurrence ou par les instances politiques, a-t-il ajouté. Stéphane Moreau - par ailleurs bourgmestre PS d'Ans - a réagi en "cassant les pattes à un canard": "Tecteo, c'est trois PS, 2 MR, 2 cdH. La prédominance du PS, je ne sais pas où elle existe", a-t-il dit. Il a déploré par ailleurs que "toutes les rédactions du groupe concurrent Rossel" se soient inquiétées pour l'indépendance de la presse, alors que "tout le groupe concerné par l'opération se félicite plutôt de voir sa pérennité financière assurée".

Et de renvoyer la balle dans le camp de Rossel, qui avait déposé une offre concurrente pour le rachat de L'Avenir: "je ne sais pas si la garantie d'indépendance serait plus forte si trois quarts de la presse francophone étaient aux mains d'une seule famille", a-t-il lâché. M. Marchant a rétorqué en vantant le "track record" de son groupe en matière d'indépendance. "C'est notre seul métier", a-t-il dit. "Nos rédactions sont indépendantes parce que nous n'avons aucun mandat politique".

Un journaliste de L'Avenir s'inquiète de la reprise par Tecteo

Philippe Leruth, journaliste au quotidien L'Avenir et jusque récemment vice-président de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), s'inquiète, dans un billet publié sur son blog, de la reprise du groupe L'Avenir par Tecteo. Il évoque notamment la personnalité du patron de l'intercommunale liégeoise Stéphane Moreau.

Le rachat de L'Avenir par Tecteo pose question "parce que c'est la première fois, dans notre pays, qu'une intercommunale publique devient propriétaire d'un organe de presse", souligne-t-il. Il s'interroge sur la personnalité de Stéphane Moreau, en évoquant "le tour de passe-passe qu'il a pratiqué pour contourner l'incompatibilité entre sa fonction professionnelle et celle de bourgmestre d'Ans", ainsi que "sa conception très personnelle des relations sociales".

"On se rappelle la vidéo qui le montrait menaçant personnellement des membres en grève de Tecteo, où il affirmait avoir une mémoire visuelle particulièrement aiguë", souligne Philippe Leruth.

Par ailleurs, "la plainte déposée par Stéphane Moreau contre un collaborateur du 'Soir' et contre le quotidien bruxellois lui-même, à qui il réclame six millions d'euros, témoigne, pour nombre d'observateurs, de la conception très particulière qu'a le patron de Tecteo de la liberté de la presse", ajoute encore le journaliste. L'engagement de principe sur le respect d'un accord antérieur relatif à l'autonomie de la rédaction "n'est pas difficile à prendre", conclut-il. Et de préciser que "c'est à l'épreuve des faits qu'on vérifiera la solidité de cet accord".

Julien Vlassenbroek avec Belga

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