Immunité "immédiate" au coronavirus : tout comprendre sur la thérapie à base d’anticorps monoclonaux

Bonne nouvelle en cette fin d’année : en plus du début de la vaccination en Belgique et en Europe, de nouvelles perspectives s’ouvrent quant aux thérapies contre le coronavirus.

Aux quatre coins du monde et de l’Europe, l’engouement est croissant vers une thérapie, celle à base d’anticorps monoclonaux. Mais tout d’abord, qu’est-ce que c’est un anticorps monoclonal ?

"Lorsqu’on développe une infection par un virus ou une bactérie quelconque, le corps développe une réponse immunitaire pour l’éliminer et, entre-temps, manifeste les symptômes de la maladie. Notre système immunitaire, grâce à des cellules appelées lymphocytes B, se met à produire de multiples anticorps, c’est-à-dire des protéines qui éliminent le virus", éclaire le Pr. Sophie Lucas, immunologue à l’Institut de Duve de l’UCLouvain."L’anticorps monoclonal est produit en laboratoire. Il est dit monoclonal car il est homogène, produit par une seule source de lymphocytes".

Une thérapie déjà connue

Le principe de la thérapie est celui d’injecter un ou plusieurs anticorps monoclonaux à la personne qui vient d’être testée positive à une maladie, en l’occurrence, le covid-19. Le principe ne date pas d’hier : il a déjà été utilisé dans le cadre de l’épidémie d’Ebola.

En 2020, des anticorps monoclonaux ont déjà été approuvés aux Etats-Unis pour traiter le coronavirus, après avoir été utilisés quand le président Trump a contracté la maladie. Malgré la validité du système, "le problème est que les anticorps monoclonaux disponibles actuellement sont efficaces uniquement s’ils sont administrés dans une fenêtre de temps très limitée", explique Sophie Lucas.

La thérapie évite de développer des formes graves de la maladie, mais à condition qu’elle soit administrée tout au début de l’infection, avant que les symptômes ne deviennent trop sévères.

Par exemple, cela pourrait s’avérer utile pour les résidents en maison de repos qui sont très à risque : dès qu’une personne est testée positive, elle pourrait recevoir le traitement. "Cela vaudrait également pour d’autres sujets à risque de faire une forme grave de la maladie, comme les personnes souffrant d’obésité, d’hypertension ou ds problèmes cardiaques, qui sont testés positifs au covid-19", illustre encore l’immunologue.

Une immunité immédiate contre la maladie

Administrée à temps, cette thérapie permet de fournir une immunité immédiate au coronavirus, un véritable avantage par rapport aux vaccins.

Cette rapidité est liée au principe de l’administration du médicament et constitue l’une de grosses différences par rapport au vaccin. "Le vaccin suit le principe de l’immunisation active, à savoir que c’est le système immunitaire de la personne vaccinée qui développe et produit ses propres anticorps", explique Sophie Lucas.

Autrement dit : avec un vaccin, on injecte une petite partie du virus incapable à elle seule de provoquer la maladie, et c’est le corps qui va lui-même produire des anticorps. "En revanche, la thérapie par anticorps monoclonaux est une forme d’immunisation passive, où le système immunitaire de la personne n’est pas directement impliqué", note l’experte. Le médicament est immédiatement efficace car le bon anticorps, déjà développé, est injecté en grandes quantités dans le corps de l’individu.


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Par rapport au vaccin, cette thérapie est complémentaire : le vaccin est administré préventivement à des individus non infectés, alors que la thérapie à base d’anticorps monoclonaux n’est utilisée que chez les patients positifs en début d’infection. Cela pourrait être très utile pour les immunodéprimés, chez qui, malgré le vaccin, la réponse immunitaire ne s’est pas assez développée. La thérapie "passive" à base d’anticorps monoclonaux pourrait alors être utile pour éviter les formes graves de la maladie.

Une logistique lourde

Si l’idée fait rêver, elle est pourtant plus difficile à mettre en œuvre à cause de son coût élevé tant en termes de production que d’administration. En effet, les laboratoires devraient produire un grand nombre d’anticorps et l’administration du médicament se fait par voie intraveineuse, ce qui demande une hospitalisation. La bonne nouvelle est que quelques études laissent entrevoir la possibilité d’un moindre coût logistique.

Un médicament en provenance d’Italie

La lueur d’espoir pourrait venir d’un petit institut de recherche italien, la fondation "Toscana Life Sciences" qui débute en janvier un essai clinique basé sur des anticorps monoclonaux. Les anticorps sélectionnés par la fondation "sont de puissants anticorps monoclonaux neutralisants dirigés contre la protéine 'spike' du SARS-CoV-2. L’objectif est de bloquer l’attachement viral et l’entrée dans les cellules humaines, neutralisant ainsi le virus, et d’aider à prévenir et à traiter le Covid-19" explique le Pr. Jean-Michel Dogné, directeur du Département de Pharmacie à l’Université de Namur et, entre autres, expert à l’l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé (AFMPS) et à l’Agence Européenne des Médicaments (EMA).

La Fondation italienne va collaborer avec la firme pharmaceutique Menarini et l’hôpital Spallanzani de Rome, spécialisé en maladies infectieuses, pour tester ce médicament. "A la différence d’autres anticorps monoclonaux, qui sont synthétisés au départ des animaux, celui que nous allons tester est produit à partir d’anticorps humains, présents dans le sang de patients guéris du coronavirus", explique le président de la fondation, Francesco Landi.

Sur un total de 5000 anticorps trouvés, trois ont été isolés comme des anticorps efficaces pour neutraliser le virus. Seul un, le MAD0004J08, fera l’objet de l’étude, pour des raisons financières.

"Le fait d’avoir travaillé sur des cellules humaines est assez impressionnant", commente Sophie Lucas. Cela permet d’obtenir un médicament d’une efficacité accrue. "Ce ne sont toutefois pas les premiers à le faire : la firme américaine Regeneron s’est basée sur une méthode mixte, avec des anticorps issus de l’humain et d’autres produits chez la souris", nuance l’immunologue belge. "Le bémol est qu’en utilisant un seul anticorps monoclonal, plutôt qu’un cocktail de plusieurs anticorps, des mutations du virus pourraient lui permettre d’échapper facilement au traitement".


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L’aspect positif est que cette étude permettrait, si les essais le confirment, d’avoir un médicament plus simple à administrer : la solution contenant l’anticorps pourrait être injectée par une simple piqûre, expliquent les Italiens. "C’est tout l’intérêt de cette recherche : l’étude préliminaire menée en Italie laisse penser que les anticorps isolés auraient un pouvoir neutralisant très fort", analyse Sophie Lucas.

"Les auteurs suggèrent qu’il ne faudrait pas nécessairement administrer de très grandes quantités du médicament, et pas nécessairement par voie intraveineuse. Cela allégerait à la fois la production et la logistique du traitement, rendant ainsi le médicament moins coûteux".

La phase I de l’essai en Italie débute en janvier. Si tout se passe comme prévu, le médicament pourrait être approuvé puis commercialisé en Italie durant le printemps. La diffusion en Europe suivrait.

Les études se poursuivent au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, le quotidien The Guardian nous parlait il y a quelques jours d’une thérapie à base de plusieurs anticorps qui permettrait d’avoir une immunité allant de 6 à 12 mois. Elle est développée par l’University College London Hospitals NHS Trust (UCLH) et AstraZeneca (le producteur de vaccins associé à l’Université d’Oxford).

Si les études cliniques prouvent l’efficacité de ce médicament, celui-ci pourrait être disponible en mars ou en avril. Pour l’instant, les études sont menées au sein de groupes de patients séparés, dont des immunodéprimés.

Aux Etats-Unis, plusieurs anticorps sont déjà autorisés

Outre-Atlantique, certains de ces anticorps ont déjà reçu l’approbation de la Federal Drug Administration (FDA). Au mois de novembre, le casirivimab et l’imdevimab ont été autorisés "pour une utilisation d’urgence dans le traitement de la maladie à coronavirus légère à modérée chez les adultes et les patients pédiatriques (âgés de plus de 12 ans)", testés positifs, nous éclaire Jean-Michel Dogne.

"Il s’agit d’un 'cocktail d’anticorps' artificiels conçus pour produire une résistance au coronavirus SARS-CoV-2", note-t-il. En septembre, la FDA a autorisé le Bamlanivimab, notamment pour des patients ayant un risque élevé d’évolution vers des formes sévères du coronavirus ou vers l’hospitalisation. "C’est un puissant anticorps monoclonal IgG1 neutralisant, dirigé contre la protéine 'spike' su SARS-CoV-2", analyse Jean-Michel Dogné.

On n’oubliera pas le REGN-COV2, produit par la firme Regeneron, qui avait été administré au président américain Donald Trump en association avec le remdésivir. Entre-temps, les tests conduits sur ce Regeneron ont été publiés dans le New England Journal of Medicine et semblent prometteurs, dans la mesure où ce médicament réduit la charge virale des personnes testées positives au coronavirus, surtout en phase initiale.

Ce médicament pourrait aussi raccourcir la durée des symptômes. S’il ne s’agit que de résultats intermédiaires, nuance le Dr Peter Stratford dans le Journal International de Médecine, si ceux-ci étaient confirmés par la phase 3 de l’étude, il s’agirait d’une autre bonne nouvelle pour le traitement du coronavirus.

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