Immersion dans un cours de français pour demandeurs d'asile

Pour que le cours corresponde au niveau de tous les demandeurs d'asile, une révision de la grammaire est indispensable.
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Pour que le cours corresponde au niveau de tous les demandeurs d'asile, une révision de la grammaire est indispensable. - © Tous droits réservés

 

Le groupe est presque au complet : aujourd’hui et pour deux mois, ils sont huit primo-arrivants à suivre des cours de français dans le quartier Madou de Saint-Josse, l'une des communes de Bruxelles.

 

Ils ont entre 20 et 35 ans, viennent de Syrie, du Maroc, d’Italie, de Bulgarie ou d’Afrique. Tous cherchent à assurer leur avenir dans la capitale européenne. “A l’issue de leur formation, ils sont supposés avoir acquis les quatre compétences principales : parler, écrire, comprendre à l’écrit et à l’oral”, explique Cédric Bailly, professeur-formateur.

Chaque jour pendant huit semaines, ils suivent un entraînement qualifié d’”intensif” par l’association qui le leur prodigue, La Voix des Femmes. Active depuis 30 ans, l’asbl s’est spécialisée dans l’accompagnement de nouvelles venues, mais accueille volontiers des hommes lors de ses leçons servant à enseigner la langue de Molière.

Les salles de classe ne désemplissent pas. Nesar, un Syrien de 40 ans, attend l’autorisation de séjour sur notre sol. “Je veux parfaire mon français pour travailler. Dans mon pays, j’étais infirmier. Je pourrais continuer mes activités en Belgique.” Daniel, un ressortissant bulgare, renchérit : “Ici, je peux étudier ou travailler, comme je le souhaite. Votre pays est libre et n’est pas gangrené par la corruption.”

En quoi consiste un cours de français pour nouveaux arrivants ?

Dans la classe, ils ont tous leur propre niveau. Au menu, deux exercices les attendent : le premier les plonge dans une situation quotidienne, au magasin, entre un vendeur et un client. Le deuxième consiste à décrire des photos de magazines. Avec douceur, le formateur reprend Raja, une Syrienne de 20 ans, qui utilise à tort le mot "enchanté".

Exercice de français : conversation en magasin

Cédric Bailly ne suit pas de cursus établi : il se base sur plusieurs manuels et choisit lui-même comment évaluer, son objectif étant “de donner les armes qui permettront de se débrouiller dans notre société”.

Selon lui, il est possible d’acquérir une base solide en français sans passer des heures à réviser ses règles de grammaire. “C’est une difficulté majeure de notre langue, remarque-t-il. Conjuguer au futur proche, par exemple, s’avère un casse-tête pour la plupart des novices. On apprendra plutôt à dire ‘je vais manger’, avec un verbe au présent, et non pas ‘je mangerai’.” Ces techniques sont utiles pour contourner les difficultés de la langue, peu importe le niveau de base.

 

Qui donne ces cours de français ?

A Bruxelles, La Voix des Femmes n'est pas la seule à organiser des classes. Armées de nombreux bénévoles, des associations travaillent de pair avec l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil), qui recommande leurs adresses aux arrivants. Le demandeur détermine d’abord son niveau de français grâce au Cadre européen de référence pour les langues (CECR). Selon ses résultats, il peut suivre des cours plus ou moins poussés.

Pourquoi apprendre une langue du pays-hôte ?

Connaître le français sera bientôt une obligation pour les demandeurs d’asile en Wallonie, à l'instar du néerlandais, de l’autre côté de la frontière linguistique. Dans la région bruxelloise, un parcours d'intégration avec apprentissage des langues est sur la table. Pour Maria-Miguel Sierra, directrice de La Voix des femmes, “le français est un outil d’émancipation. C’est un droit fondamental de pouvoir défendre son point de vue s’il le faut, et dans la langue du pays où l’on se trouve.” Le français semble indispensable dans toute une série de tâches de la vie quotidienne : “pour suivre la scolarité de votre enfant, aller chez le médecin, demander de l’aide en magasin, etc”. Cédric Bailly approuve: “Le niveau d’intégration dépend de beaucoup de facteurs, mais pas de la date d’arrivée. Je pense à un immigré qui est en Belgique depuis de nombreuses années, mais ne se sent pas intégré parce qu’il n’a jamais appris un mot de français.

 

 

 

 

Si vous aussi, vous deveniez multilingue ?

 

L’examen final, écrit et oral, aura lieu d’ici quelques semaines. Mais le chemin vers une bonne maîtrise du français est semé d’embûches. Pour se comprendre, les participants communiquent sur un socle de langues communes. “Certains parlent un peu d’anglais, une connaît l’italien… deux langues que je pratique, explique Cédric Bailly. Mais je ne maîtrise pas l’arabe, par exemple. Pour se comprendre, je demande aux meilleurs de la classe d’aider les Syriens et Marocains, au début de leur apprentissage. On le voit : très souvent, un jeu de traductions prend forme. Parfois, certaines notions, certaines règles paraissent plus évidentes en utilisant une langue de transition.”

Et si vous aussi, vous élargissiez vos connaissances en langues du monde ? Loin de nous l’idée de vous rendre quadrilingue, mais les demandeurs qui participent à ce cours ont une formule bien connue à vous apprendre dans leur langue natale.  

 

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