Immersion au commissariat de Liège: les policiers sont-ils mis sous pression?

C’est une plongée au cœur du commissariat de la cité ardente. Un commissariat de police qui a vécu à deux reprises des attaques terroristes, dont la dernière ciblait clairement leur fonction. Ces hommes et femmes en uniforme ont d’ailleurs perdu deux des leurs, tuées à l’arme blanche. Aujourd’hui, à l’approche des élections, la rédaction a décidé de s’immerger dans ce commissariat avec cette question : les policiers sont-ils mis sous pression ?

« On essaye de tourner la page »

Mike Imperatore le sait depuis ses douze ans : il sera policier. Aujourd’hui inspecteur principal au service d’intervention, il est passionné par son métier. Un métier d’action, dangereux aussi, mais Mike Imperatore ne vit que pour cela ou presque. Il aime être sur le terrain, toujours prêt à intervenir.

Lors de l’attaque terroriste de l’année dernière, ce policier était en première ligne sur le terrain. Après cela, il a fait appel au service de « stress team » de la police. « J’ai fait appel à ce service, pas pour comprendre, mais pour passer au-dessus. Et ce qui m’a réellement aidé, c’est de travailler le lendemain, confie-t-il. On revient au boulot, on parle avec les collègues et on n’efface pas, mais on passe à autre chose et on essaye de tourner la page. Il y a quand même une remise en question, c’est obligatoire. On se demande si on a bien posé certains actes. »

Il est aussi bien conscient que l’image de la police souffre. Si, après des événements tels que l’attaque terroriste, les policiers sont applaudis, les choses changent déjà quelques jours plus tard. Et les réseaux sociaux n’y sont pas pour rien : « Aujourd’hui, on va vous filmer pour tout. Et là, ce qui est embêtant, c’est qu’on ne voit jamais qu’une facette de l’intervention. Les gens ne se rendent pas compte. On se limite à une vidéo de 40 secondes sur les réseaux sociaux pour dire que la police a mal travaillé alors que, si on pose un acte, c’est qu’on a des raisons ».

Nicolas Rémy est inspecteur principal à la Paix publique. La plupart de son temps, il est sur le terrain dans les rues du centre-ville, à pied. Son rôle : garantir le vivre ensemble. La police de proximité est là pour aider les gens dans la gestion de leur vie administrative par exemple, mais aussi pour leur faire respecter les règles comme celles de stationnement ou encore l’interdiction de consommer de l’alcool sur la voie publique.

Ce policier de proximité est donc plus ou moins bien reçu en fonction de la situation. « Ici, je viens de faire une remarque à un automobiliste qui était arrêté là où il ne pouvait pas, raconte Nicolas Rémy. D’abord, il y a une prise de contact pour lui expliquer qu’il ne peut pas. Si tout le monde s’arrête, cela empêche la circulation des bus. Donc, je l’ai invité à se garer plus loin. Il est de bonne composition, il a compris le message. Mais ça ne se passe pas toujours comme ça. En fonction de l’attitude de la personne, je vais orienter mon contrôle, éventuellement contrôler l’identité ou le véhicule. Cela peut déboucher sur des propos insultants de la part des gens que l’on contrôle. »

« Le danger peut venir de partout, il n’a pas de visage, pas d’identité »

Cet inspecteur principal avoue que certaines situations sont parfois compliquées à gérer parce que « certains ne comprennent pas le travail de la police et réagissent parfois de manière démesurée ». Nicolas Rémy fait ce métier pour aider les gens et les protéger mais est conscient que, le mauvais côté perçu par la population, c’est qu’il doit faire appliquer les lois.

« Je pense que le comportement du policier joue beaucoup. Si j’arrive déjà poliment et que j’explique la raison du contrôle, généralement, cela va bien se passer. » Mais avec le contexte actuel, les policiers doivent être vigilants. « On doit l’être tout le temps. C’est difficile de l’être en permanence mais c’est pour ça qu’on est toujours en binôme. »

Les policiers sont-ils vraiment devenus des cibles ? Si cet inspecteur dit ne pas savoir quantifier les attaques envers les policiers, il est conscient du danger : « Maintenant, lors de chaque briefing, on rappelle aux collègues de faire attention. On doit faire attention à nous, peu importe la mission. Le danger peut venir de partout, il n’a pas de visage, pas d’identité ».

« Si vous baissez la tête, vous avez tout perdu »

Nadine Bada est inspectrice de quartier dans le carré depuis 20 ans. Autant dire que ce quartier du centre-ville, elle le connaît comme sa poche. Si elle n’échangerait son métier pour rien au monde, elle reconnaît que certaines choses ont changé. « Le danger est quand même parmi nous. La preuve, c’est le gilet par balles que nous portons, qui est assez costaud, lourd, il dérange. »

Dans son attitude par contre, rien n’a changé. Nadine Bada continue à faire son travail normalement. « Je fais attention, j’ai toujours mon arme serrée contre moi. Mais advienne que pourra. Je savais qu’en travaillant à la police, je ne suis pas entrée pour être derrière un bureau. »

Cette inspectrice de quartier a appris à gérer les situations. « Certains jeunes, surtout quand ils sont plusieurs, se sentent plus forts, surtout vis-à-vis d’une femme, mais je réponds, je ne me laisse pas faire. Si vous baissez la tête, vous avez tout perdu. En gardant la tête haute, je n’ai pas de problème. Mais peut-être ai-je beaucoup de chance… »

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