Il y a 25 ans, la "Marche blanche" rassemblait plus de 300.000 personnes à Bruxelles

C’était il y a 25 ans, le dimanche 20 octobre 1996. Environ deux mois plus tôt, au cœur de l’été, l’affaire Dutroux avait éclaté. Marc Dutroux avait été arrêté le 13 août 1996. On avait ensuite libéré deux de ses victimes, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez. Il était trop tard pour ses autres victimes, Julie, Mélissa, An et Eefje. Au fur et à mesure, les révélations autour de cette affaire, les dysfonctionnements dans l’enquête plongent la Belgique dans l’horreur. C’est dans ce contexte que la " Marche blanche" est organisée par plusieurs parents d’enfants victimes de Marc Dutroux ainsi que des parents d’autres enfants disparus ou victimes de prédateurs.

Une marche qui fera date dans l’histoire de la Belgique

Ce jour-là, le dimanche 20 octobre 1996, ce sont 300.000 personnes qui se rassemblent aux abords de la gare du Nord, à Bruxelles, avant de défiler dans les rues de la capitale. Elles ont répondu à l’appel de Marie-Noëlle Bouzet qui, à l’époque, cherche toujours sa fille, Elizabeth Brichet, disparue en 1989 (enlevée et assassinée par Michel Fourniret), de Carine et Gino Russo, les parents de Mélissa, de Louisa et Jean-Denis Lejeune, les parents de Julie, de Paul et Betty Marchal, les parents d’An auxquels s’est jointe la famille de Loubna Benaïssa, disparue en 1992 (enlevée et assassinée par Patrick Derochette) et qu’à l’époque, on cherche toujours.

Ces familles de victime, frappées par la disparition de leurs enfants et désabusés par le fonctionnement de l’appareil judiciaire, ont invité la population à un rassemblement de grande ampleur, une marche apolitique. "Le blanc sera notre couleur, le symbole de nos enfants abîmés et assassinés, de l’innocence trahie, mais aussi d’une société pacifiée. Joignez-vous à nous avec une fleur ou un ballon blanc en signe de reconnaissance. Nous souhaitons que cette marche soit une démonstration de paix et de solidarité envers tous les enfants", écrivent-ils alors dans l’invitation à marcher.

La foule répond à l’appel. Le 20 octobre, ce sont 300.000 personnes qui déferlent dans les rues de la Capitale. On pourrait y ajouter, sans qu’on ait pu les compter, tous ceux qui, à distance, suivent l’événement à la télévision ou l’oreille collée à la radio.

Tous les enfants sont des princes et des princesses

Cette "Marche blanche" est l’une des plus grandes manifestations de masse que la Belgique ait connues. Le "blanc" se décline sous toutes ses formes : ballons blancs, fleurs blanches, vêtements blancs. Derrière cette vague blanche, s’expriment la tristesse, l’indignation, la colère et l’incompréhension.

A l’issue du parcours de la "Marche blanche", les parents, réunis sur un podium, prennent chacun leur tour la parole, entre messages de paix et reproches à la Justice. "Nous avons cru que l’institution judiciaire allait nous aider. Nous avons dû déchanter. Jusqu’au jour où un juge a bien voulu considérer nos enfants comme des princesses à sauver", dit Carine Russo, la maman de Mélissa, en faisant allusion, sans le citer, au juge d’instruction Jean-Marc Connerotte qui venait d’être dessaisi, quelques jours plus tôt, par la Cour de cassation pour avoir participé à un "souper spaghettis" de soutien aux victimes de Marc Dutroux. "Je veux dire à tous ceux qui sont là pour te rendre hommage que tous les enfants sont des princes et des princesses. Que cette marche serve. Que jamais plus aucun enfant ne connaisse l’enfer sur terre", déclare aussi Carine Russo.

Les suites de la "Marche blanche"

2 images
Les familles des victimes de M. Dutroux et les proches d'autres enfants disparus à leur sortie de la résidence du Premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene. © Tous droits réservés

Le jour de la "Marche blanche", les parents des victimes sont reçus par le Premier ministre de l’époque, Jean-Luc Dehaene.

Une commission d’enquête parlementaire sera aussi mise sur pied quelques semaines plus tard, présidée par Marc Verwilghen. On veut comprendre pourquoi l’enquête pour retrouver les victimes de Marc Dutroux a échoué. Plusieurs magistrats, policiers et gendarmes y seront entendus, se renvoyant souvent la responsabilité. Retransmise en télévision, cette commission d’enquête parlementaire rassemblera chaque jour et chaque soir de très nombreux téléspectateurs.

Dans deux rapports, cette commission constatera que des lacunes et des dysfonctionnements existaient dans la structure du système répressif belge et que des fautes avaient été commises.

Par la suite, plusieurs réformes permettront alors la création d’un parquet fédéral, compétent pour les grands dossiers criminels ainsi que la mise sur pied du tribunal de l’application des peines (TAP) qui, depuis 2007, se charge d’examiner les conditions de libération d’un détenu.

La gendarmerie disparaîtra également au profit d’une police intégrée à deux niveaux : la police fédérale, d’une part, et la police locale, d’autre part.

D’autres dossiers sont toujours à l’état de projets, comme la mise en place d’une école de la magistrature.

De l’élan suscité par les 300.000 marcheurs du 20 octobre 1996 naîtra également Child Focus, la Fondation pour Enfants Disparus et Sexuellement Exploités. Créée à l’initiative de Jean-Denis Lejeune, la Fondation collabore avec la police et traite plus d’un millier de disparitions par an. En 2020, Child Focus a notamment traité 1062 nouveaux dossiers de disparition dont 205 jugés inquiétants. La fondation a aussi traité 2205 dossiers d’exploitation sexuelle et reçu 2056 signalements d’images d’abus sexuels d’enfants en ligne.

La reine Mathilde assistera mercredi 20 octobre à la commémoration du 25e anniversaire de la Marche Blanche. Un hommage sera rendu aux enfants disparus et victimes d’exploitation sexuelle devant la sculpture Le Messager-Aux Enfants disparus dans le Parc de Bruxelles.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK