"Il faut une coordination de la politique industrielle en Europe"

Vincent Reuter (G) et Thierry Bodson (D) invités de Matin Première ce 26 octobre 2012
Vincent Reuter (G) et Thierry Bodson (D) invités de Matin Première ce 26 octobre 2012 - © RTBF

Thierry Bodson de la FGTB wallonne et Vincent Reuter de l'Union Wallonne des Entreprises étaient les invités de Matin Première ce vendredi. Avec Bertrand Henne, ils ont évoqué les pertes d'emplois massives qui touchent aujourd'hui l'industrie. Les deux hommes sont d'accord pour dire qu'"il faut une coordination de la politique industrielle en Europe".

Comme Thierry Bodson, Vincent Reuter estime que "l'industrie reste, qu'on le veuille ou pas, l'épine dorsale de notre économie. Le problème est qu'on voit nulle part de politique industrielle claire".

Pour le représentant des entreprises implantées en Région wallonne, il y a clairement "un manque de coordination au niveau européen" avec pour résultat "une sorte de protectionnisme qui se met en place". D'où la nécessité de mettre en place "une coordination de la politique industrielle en Europe".

Un protectionnisme social

"Le protectionnisme n'a de sens que dans une politique industrielle", ajoute Thierry Bodson. Cela ne sert à rien si on arrive pas à retenir les capitaux et ceux qui sont à la tête de l'industrie chez nous.

Et de s'expliquer : "Quand on parle de protectionnisme, malheureusement on parle de protectionnisme des année 30', protectionnisme qui refuse les échanges économiques d'un pays à l'autre. Quand nous, nous parlons de protectionnisme c'est un protectionnisme social".

Autrement dit, il faut, selon lui, encourager les échanges économiques mais en mettant en place des règles pour encadrer ces échanges. Par exemple, "les pays qui ne respecteraient pas un certain nombre de socles à définir au niveau salarial, au niveau de la protection sociale, au niveau environnemental et qui voudraient exporter une partie de leur production vers des pays qui eux les respectent, il faut qu'il y ait alors des taxes à l'entrée par rapport à ce cadre qui est à créer".

Mais, précise le syndicaliste, "ce genre de proposition ne peut trouver un sens que dans le cadre européen". 

"L'encrage de nos actionnariats"

Vincent Reuter, lui, préfère parler de "l'encrage de nos actionnariats". Un volet dont on ne parle pas, dit-il. Car pour se protéger notre pays doit d'abord se poser la question de savoir "comment les encourager à rester chez nous ?". Et d'évoquer une sorte de prime qui, par exemple, récompenseraient les "actionnaires fidèles qui soutiennent une entreprise dans le long terme et qui ne vendent pas leurs actions immédiatement dans des buts purement spéculatifs". 

Il a également remis sur la table le problème de la main d’œuvre qualifiée et cet enseignement qui a l'heure actuelle ne "permet pas de fournir le talent dont a besoin notre industrie".

Et d'affirmer qu'il ne faut pas attendre l'Europe, "on peut faire beaucoup au niveau belge et wallon. Je me demande parfois si l'Europe n'est pas plus préoccupée à faire la chasse aux cartels et aux abus de position dominantes que de faire une véritable politique économique et industrielle. On est en train en Europe de faire de nos industries un oiseau pour le chat, le chat chinois, le chat coréen ou d'autres chats qui rodent dans le monde et il est quand même temps de se poser cette question-là aussi".

Le coût salarial

Enfin, à la question de savoir si la FGTB pense comme la CSC qu'il faut discuter du coût du travail, Thierry Bodson répond : "La situation que l'on est en train de vivre aujourd'hui est la suivante : on va peut-être délocaliser de la fabrication en Belgique vers l'Espagne demain, de l'Espagne à la Roumanie ensuite. Moi je veux bien, mais quand on fera des voitures avec des salaires à 450 euros par mois, on continuera à faire beaucoup de  voitures mais il n'y aura plus personne pour les acheter".

 

C. Biourge

 

 

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