Herman Van Rompuy, ou la discrétion efficace reconduite à la tête de l'Union européenne

Herman Van Rompuy a été reconduit à l'unanimité à la tête du Conseil européenne pour un second mandat de deux ans et demi.
Herman Van Rompuy a été reconduit à l'unanimité à la tête du Conseil européenne pour un second mandat de deux ans et demi. - © Belga

L'ancien Premier ministre belge Herman Van Rompuy, reconduit jeudi soir à l'unanimité à la tête du Conseil européen jusqu'en novembre 2014 par les chefs d'Etat et de gouvernement des 27, a réussi en deux ans et demi à imposer son style discret mais efficace.

Il doit aussi hériter en fait d'une double casquette puisqu'il sera aussi chargé de présider les sommets dorénavant réguliers des dirigeants des seuls 17 Etats de la zone euro, incarnation de son "gouvernement économique".

Du grand public, ce chrétien-démocrate flamand aux allures de chanoine reste malgré tout peu connu. Qualifié par ses détracteurs d'"homme invisible" ou "Mister Nobody", il se défend en rappelant n'avoir aucun mandat pour ambitionner de devenir le "président de l'Europe" rêvé par les fédéralistes. Seulement celui d'un conciliateur entre capitales.

L'homme a trouvé dans la poésie japonaise, dont il est féru, un mode d'expression qui lui va comme un gant. "La concision du haïku m'offre l'opportunité d'en revenir à l'essentiel de la parole en disant bien des choses en si peu d'espace", dit-il.

La silhouette austère de M. Van Rompuy renforce malgré le regard malicieux l'impression un peu raide que donne en public ce catholique pratiquant qui étudia chez les Jésuites avant de se consacrer à l'économie.

En coulisses en revanche, son sens de l'humour peut faire des ravages et son travail est reconnu par ses pairs. "Il est très habile pour mener les discussions autour de la table et sait être ferme quand il le faut", dit de lui à l'AFP un chef de gouvernement sous le couvert de l'anonymat.

"Il est actif, compétent et compte tenu du peu de pouvoir exécutif dont il dispose il s'en est bien tiré" jusqu'ici, juge Hugo Brady, analyste au Center for European Reform de Londres.

"Je me souviens qu'au début de mon mandat, Mme Merkel m'avait demandé comment je m'occuperais (...) Elle m'avait presque dit que j'allais m'ennuyer parce qu'à l'origine quatre conseils par an étaient prévus" en tout et pour tout, a-t-il raconté le mois dernier à Paris Match Belgique, dans une de ses très rares interviews.

Au final, il a enchaîné deux années et demi de sommets de crise à répétition. Il s'est forgé au fil du temps une réputation de fin stratège, contribuant à forger des compromis délicats, jouant les intermédiaires entre les intérêts souvent contradictoires de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Nicolas Sarkozy, rassurant les autres pays prompts à se plaindre du "directoire franco-allemand".

Cet ancien ministre du Budget, président de la Chambre des représentants et Premier ministre a parfois du mal à dissimuler son irritation de voir Paris et Berlin - qui ont poussé sa candidature à l'origine - jouer souvent en solo ou s'approprier des accords qui ne leur reviennent pas exclusivement. Mais il accepte ce rôle sans trop broncher.

"J'ai utilisé les qualités dont dispose un homme politique belge" rompu à régler des contentieux entre Flamands et francophones, "la capacité d'écoute, le respect de l'autre et le sens du compromis", glisse-t-il dans l'interview.

Le verra-t-on plus offensif dorénavant? "Au cours d'un second mandat, on pourrait entendre ce qu'il pense vraiment", estime Hugo Brady, en l'appelant à faire preuve de "plus de leadership".


Belga
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