Hafida Bachir: "il faut arrêter d'appauvrir encore plus les femmes"

Hafida Bachir est la présidente de "Vie féminine" depuis 2006. Active depuis 30 ans au sein de cette association, elle a vu l'évolution du combat féministe, ou plutôt sa continuité. Raison pour laquelle rapprocher la date de 8 mars, journée internationale des droits des femmes et l'affaire Weinstein (et ses suites) n'est pas réellement correct. Certes "l'affaire Weinstein a marqué les esprits, a permis une prise de conscience de tout un tas de choses que les femmes vivaient, ça a libéré la parole, il y a une meilleure écoute, mais la mobilisation des femmes ne date pas d'hier" insiste-elle. Le combat est ancien et bien qu'il reste encore beaucoup à faire, Hafida Bachir estime qu'il y a eu pas mal d'avancées législatives en Belgique : en terme de violence, sur la question des pensions alimentaires, sur le harcèlement, etc.

Des assises ? A voir...

Le Premier ministre Charles Michel s'est dit favorable à une proposition Ecolo sur l'organisation d'Assies pour les droits des femmes. Le jugement a priori d'Hafida Bachir est mi-figue mi-raison : "Je me souviens qu'il y a deux ans, quand on réclamait un ministère des droits des femmes, tout le monde disait qu'on exagérait, que cette demande était un retour en arrière. (...) D'après ce qu'on a compris, on veut bien faire des Assises, écouter les organisations de femmes, mais à condition qu'il n'y ait pas de nouvelles mesures et que ça ne coûte rienSi c'est pour occuper les organisations des femmes, alors qu'on a d'autres priorités, nous on préfère ne pas nous y engager. Mais il est encore trop tôt pour affirmer. On espère que le Premier ministre va, pour une fois, écouter les associations de femmes."

Hafida Bachir rappelle le constat de "Vie féminine" depuis l'installation du gouvernement fédéral en 2014 : "dans l'accord de gouvernement, il n'y a aucune mesure nouvelle pour améliorer les conditions de vie des femmes.". De plus, selon Hafida Bachir, les mesures prises par le gouvernement "dégradent encore plus la position des femmes, au niveau de l'emploi, des soins de santé, des pensions." La présidente de "Vie féminine" enfonce le clou dans ce dernier dossier : "le passage à 67 ans signifie que les femmes dans les emplois pénibles, non-reconnus comme tels, devront travailler jusque 67 ans. Déjà maintenant, ces femmes essayent d'arrêter ces métiers pénibles avant 65 ans." La conclusion est simple : "nous ne sommes pas entendues sur les pensions, la durée des carrières (...) [Sous les gouvernements précédents] on pouvait discuter. Maintenant, on nous renvoie vers la Secrétaire d'Etat [Zuhal Demir], qui n'est pas au comité ministériel restreint. Elle nous dit n'avoir aucun levier." Pour Hafida Bachir, "aujourd'hui, la situation est tellement grave, il faut arrêter d'appauvrir encore plus les femmes."

Damso ? "Ca m'énerve"

Le choix de Damso n'est pas celui du coeur pour Hafida Bachir, "ça m'énerve", mais, ajoute-elle, "je n'entends pas dans mon réseau que l'on veut retirer cette chanson. Il y a d'autres chats à fouetter, d'autres combats, même si c'est également un combat à mener car il porte sur les mots, c'est de la symbolique, surtout que ça touche un jeune public." Mais pas de demande d'interdiction ou de boycott, Hafida Bachir dit avoir confiance dans les personnes qui devront décider.

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