Guy Rapaille: "Les services de renseignement doivent pouvoir déplaire aux politiques"

Guy Rapaille est le président du Comité R, le comité permanent de contrôle des services de renseignement. A quelques mois de quitter cette fonction, il fait en quelques sortes le bilan de l’état dans lequel se trouve le service de renseignement belge. Un bilan en demi-teinte, confié à Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour.

Guy Rapaille y va fort. Il dit "Les services de renseignement doivent pouvoir déplaire aux politiques". Il explique cette phrase qu’il assume entièrement : " C’est une phrase qu’on a un peu oublié en Belgique, alors qu’elle est répandue dans le milieu anglo-saxon du renseignement. Les services de renseignements doivent travailler de la façon la plus objective possible, et ne doivent pas nécessairement s’inscrire dans la politique d’un gouvernement ou d’une autorité déterminée. D’où le devoir de déplaire si ça ne fait pas plaisir au gouvernant. L’objectivité est le but ultime d’un service de renseignement".

"C’est aux politiques de prendre en compte ou non les renseignements fournis"

Jusqu’où peuvent aller les services de renseignements ? Leur travail est avant informatif pour le politique, comme le rappelle Guy Rapaille : "Le principe est d’informer les autorités politiques et militaires de ce qui est constaté. C’est à eux que les infos sont destinées, et c’est à eux de prendre en compte ou non ces renseignements pour mener leurs politiques. Dans l’histoire, on connait des tas d’exemple où soit on n’a pas tenu compte des renseignements fournis, soit on a voulu influencer les services pour qu’ils produisent des renseignements conformes aux politiques déterminées. Dans les deux cas, ça a mené à des catastrophes. Dans le premier cas, on peut donner l’exemple de Staline qui n’a jamais voulu croire les services de renseignements russes qui annonçaient l’invasion de l’union soviétique. Dans le deuxième cas, c’est l’administration Bush qui a fait pression sur la CIA pour prouver que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive pour justifier l’invasion de l’Irak".

"Sharia for Belgium", l’exemple belge

Les deux exemples précités sont historiques, mais étrangers à la politique belge. Dès lors, on peut se demander si de tels cas se sont déjà présenter dans l’histoire belge…

"J’ai un devoir de réserve que je respecte, répond le président du Comité R. Mais ce que je regrette en Belgique, c’est que le renseignement n’est pas pris au sérieux, et ce à différents niveaux. La sûreté de l’Etat avait informé les autorités depuis 2008 du danger que pouvait représenter " Sharia for Belgium ", à une époque où les médias présentaient cette organisation comme complètement folklorique. On sait maintenant qu’une bonne partie des djihadistes belges sont passé par cette organisation. C’est dommage qu’il ait fallu plusieurs années avant que ces informations aient une réponse politique. Ça, c’est un exemple plus récent".

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