Grèves tournantes à Bruxelles et dans les Brabants: "Circulation normale rétablie"

C'est donc le troisième lundi de grève tournante, organisé en front commun syndical pour lutter contre les mesures du gouvernement. Ce lundi matin, il était particulièrement difficile d'entrer à Bruxelles, en raison des nombreux barrages qui bloquaient l’accès à la ville.

Du côté de Delta le barrage a été levé vers 14h30, selon un tweet de la police :

Et de préciser peu avant 17h : 

Le Syndicat des Indépendants et des PME met en cause la légalité des grèves

Les grèves tournantes jettent le discrédit à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, indique lundi dans un communiqué le Syndicat des Indépendants et des PME (SDI), qui met également en cause la légalité des actions. 

Selon le SDI, les actions de grève menées depuis plusieurs semaines en front commun syndical sont politiques et illégales. "Une grève générale d'ampleur nationale née d'une réaction à des mesures gouvernementales, qui n'est pas susceptible d'être contrée par des négociations internes à l'entreprise puisque son issue dépend de décisions d'ordre politique, possède une cause illicite", explique le syndicat.

Il ajoute que le "détournement de pouvoir de la part des syndicats" affecte les employeurs et les autres travailleurs, notamment les indépendants et les commerçants. "Les boucs émissaires de la grève sont les entreprises, les navetteurs, les travailleurs qui n'ont d'autre choix que de se plier à un mouvement qu'ils ne cautionnent pas", indique le communiqué. La poursuite de ces actions fait par ailleurs craindre au SDI "de lourdes pertes financières ainsi que des pertes d'emploi qui vont s'additionner sur une facture qui commence déjà à peser lourd".

Le Syndicat des Indépendants et des PME demande donc que les services de police démantèlent systématiquement les piquets de grève annoncés par les organisations syndicales pour le 15 décembre et empêchent "l'obstruction de la voie publique par les manifestants et la violation de la propriété privée par des voies de fait illégales".

Blocage à Delta

Toute la matinée, une déviation a été mise en place pour les véhicules souhaitant entrer dans la capitale via Delta, où le tunnel a été fermé pour raisons de sécurité. Le viaduc Hermann-Debroux est fermé aux automobilistes, qui sont déviés via la chaussée de Wavre. Mais cette déviation ne provoquait pas de files, la circulation y était fluide tout comme sur les grands axes de la capitale.

Un barrage sélectif était par ailleurs en place pour sortir de Bruxelles via Delta, précise la police locale.

11 images
Le viaduc Hermann-Debroux était fermé à la circulation en début de matinée © François HEUREUX - RTBF
11 images
Barrage filtrant à Delta (Auderghem). © François HEUREUX - RTBF

Barrage pour les bus

A Anderlecht, une cinquantaine de cheminots en front commun ont installé un barrage filtrant pour les bus, dès 6h00, devant l'administration centrale de la SNCB, rue de France, a indiqué Philippe Dubois, secrétaire permanent CGSP-cheminots pour la Région de Bruxelles-Capitale. 

Après avoir vérifié qu'aucun train n'était en circulation, les syndicalistes se sont rendus à la station de bus. Ils ont laissé partir quelques bus vers l'aéroport de Charleroi et vers la gare de Lille-Europe, en remplacement des trains Eurostar.

Les syndicalistes ont ensuite installé un barrage filtrant rue de France pour bloquer la circulation des bus.

Notons que les dockers d'Anvers, qui étaient attendus à cet endroit pour venir en renfort, ne sont pas venus. Selon la CGSP, le syndicat socialiste flamand n'y était pas favorable, ce qui pourrait expliquer leur absence.

Transports en commun à l'arrêt

Les transports en commun étaient par ailleurs complètement à l'arrêt. Aucun train ne rouleait en direction de ou au départ de Bruxelles, ni dans les provinces du Brabant wallon et du Brabant flamand, avec des conséquences dans les autres provinces.

Les trois sociétés régionales de transports en commun, De Lijn, TEC et STIB, connaissaient d'importantes perturbations sur leur réseau. Aucun véhicule de la STIB (métro, tram, bus) ne roulait à Bruxelles alors que les bus étaient quasiment inexistants dans les deux Brabants.

Les navetteurs ne semblaient toutefois pas nombreux sur les routes, le nombre de bouchons cumulés restant raisonnable. 

48% des vols supprimés à Zaventem

Dans les airs aussi, la grève tournante s'est faite ressentir. A 16h, 300 avions avaient été supprimés.

La grève des bagagistes a également eu des répercussions sur les vols maintenus : les départs se sont fait sans bagage et les voyageurs qui atterrissaient devront venir récupérer leurs bagages ultérieurement.

Toutefois, dans l'ensemble, la situation était loin d'être catastrophique, les compagnies ayant pris les devants. Peu de passagers étaient coincés à Zaventem. La communication auprès des passagers est bien passée.

Brussels Airlines avait ainsi annulé 16% de ses vols et donné la possibilité à ses passagers de partir la veille ou mardi, "ce que bon nombre d'entre eux ont fait", selon un porte-parole.

Jetairfly a acheminé ses passagers par bus pour s'envoler à partir d'Ostende, Liège, Charleroi ou Amsterdam. Thomas Cook avait deux vols programmés au départ de Zaventem. Ils étaient opérés depuis Lille.

L'aile provinciale de l'organisation patronale flamande Voka a toutefois mis en garde contre ces actions, spécialement celle menée à l'aéroport. "Bloquer un aéroport durant 24 heures coûte 93 millions d'euros. A cela, s'ajoutent les frais qu'ont à prévoir les sociétés aéroportuaires et les compagnies aériennes pour dévier les vols, stocker les marchandises, payer les amendes pour retard de livraisons...", commente le Voka. Selon son directeur, Paul Hegge, de telles actions peuvent mettre à mal la possibilité de créer 10 000 emplois supplémentaires sur le site de Brussels Airport d'ici 2025.

"A Bruxelles, on n'a jamais vu une telle mobilisation depuis 20 ans"

Des barrages filtrant et des piquets de grève ont été installés un peu partout ce lundi à Bruxelles. Certains étaient mouvants.  

​Les parkings des hôpitaux Erasme et Sainte-Anne Saint-Rémi, tous deux situés à Anderlecht, sont restés inaccessibles jusqu'à 17h00.

La collecte de déchets a aussi été légèrement perturbée dans la Région bruxelloise. Les parcs à conteneurs régionaux n'étaient pas accessibles. De nouvelles perturbations sont probables lundi prochain en raison de la grève nationale, avertit Bruxelles-Propreté.

"C'est un vrai mouvement interprofessionnel", se réjouit Nic Görtz, permanent fédéral CSC Bruxelles-Halle-Vilvoorde. "A Bruxelles, on n'a jamais vu une telle mobilisation depuis 20 ans. Des entreprises ont fait grève pour la première fois. Des secteurs qui sont compliqués à mobiliser ont répondu à l'appel, comme les maisons de repos, les hôtels ou les banques, notamment AG Insurance et Belfius. Au niveau des écoles, il y a eu une très forte mobilisation, ce qui est rare car l'enseignement est plutôt corporatiste".

Selon la CSC, la SNCB a initié le mouvement dès dimanche soir, puis le cargo de Brussels Airport a suivi dès 02h00. Le mouvement a ensuite atteint dès 05h00 les industries et la grande distribution dans les zonings Medialand de Vilvoorde, de Diegem, d'Anderlecht et de Drogenbos. Les commerces et le secteur public, notamment les administrations communales et les CPAS, ont embrayé entre 08h00 et 10h00. Parmi les entreprises, Audi, Caterpillar, Van Heck et Komatsu ont été fortement mobilisées. Il y a aussi eu des piquets à la RTBF et à la VRT.

Marc Leemans président de la CSC a défendu que "ce n'est pas un gouvernement pour les gens ordinaires, mais pour ceux qui sont déjà privilégiés dans la société. C'est un choix idéologique. (...) Quand les inégalités deviennent trop grandes, le système n'est plus soutenable". Il remarque que les économies sur le travail, la sécurité sociale ou les services publics frapperont surtout les moins favorisés de la société. "Nous sommes en train de faire un travail de 'percolateur'", ajoute-t-il. "On va faire comprendre coups à coups qu'on n'est pas d'accord". Il remarque que la mobilisation est suivie par les syndicats, mais aussi par la société civile.

Blocage de la rue Neuve: 19 arrestations administratives

Les JOC (Jeunes organisés et combatifs) ont organisé lundi matin un blocage de la rue Neuve, du côté de la place Rogier, à Bruxelles. La police a procédé à 19 arrestations administratives dès 07H41, a précisé une porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles. Les militants ont tous été relâchés vers 11H30, en ce compris deux sans-papiers et deux affiliés CNE arrêtés, ajoute Thomas Englert, porte-parole des JOC Bruxelles.

Des militants, non identifiés comme des syndicalistes selon la police, ont posé un barrage pour bloquer l'accès à la rue Neuve. Les policiers affirment avoir entamé une négociation pour demander la levée du barrage qui limitait le passage des piétons.

Thomas Englert défend que le barrage filtrant ne touchait que les camions de livraison. Il précise que cette action était menée dans le cadre syndical, avec la CNE. "Beaucoup de jeunes travaillent rue Neuve sous des statuts extrêmement précaires: temps partiels, intérim..." Une militante JOC relève que les actions rue Neuve sont systématiquement interdites, alors que la zone n'est pas occupée par des institutions politiques. "C'est une privatisation de l'espace public", estime Thomas Englert. "L'argent prime sur l'expression des opinions."

Le campus de l'ULB bloqué

Plusieurs piquets de grève étaient également installés sur le campus de l'ULB. Certains bloqueraient ainsi l'accès aux cours aux étudiants et aux professeurs. Les bâtiments auraient tout d'abord été évacués avant l'installation de barrage.

Du côté de l'ULB, la porte-parole Valérie Bombaerts n'a à l'heure actuelle pas pu se prononcer sur un éventuel rejet systématique des étudiants et professeurs à l'entrée du site de l'université.

Certains membres du personnel de l'ULB étant eux-mêmes en grève ce lundi, "il est très difficile de vérifier ces informations dans l'immédiat", a-t-elle confié.

Barrages filtrants dans le Brabant wallon

À Wavre, l'ensemble des zonings sont bloqués d'accès et plusieurs barrages filtrants ont été mis en place, notamment sur la N4 et la N238.

Peu de barrages débordaient sur les chaussées environnantes. C'était cependant le cas à Wavre, où le blocage du zoning a entraîné la mise en place d'un barrage bloquant sur la voirie voisine.

11 images
Barrage filtrant à Wavre © Simon BOURGEOIS - RTBF

La mobilisation FGTB-CSC programmée lundi après-midi à Wavre n'a pas été spectaculaire. Quelques centaines de syndicalistes se sont rassemblés sur la place Bosch où étaient prévues des animations ironiques, avant les discours des leaders syndicaux. Le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet, dans la ville de Charles Michel (MR), a martelé à l'intention du premier ministre et du président du MR Olivier Chastel que la grève n'était pas politique, mais bien syndicale.

11 images
Rassemblement Wavre © D. Brichard
11 images
Marc Goblet à Wavre © D. Brichard

La situation était différente à Nivelles, devant l'entrée du Shopping Center. Le barrage filtrant engendrait des files dès la sortie de l'autoroute E19. Les zonings de Nivelles-Sud et de Nivelles-Nord étaient bloqués. Un barrage filtrant installé à hauteur du rond point Nivelles-Sud est resté en place jusqu'à 15 heures.

Perturbations aussi au niveau des écoles

De nombreux élèves ne sont pas allés en cours ce lundi matin. Les professeurs présents ont dû trouver des solutions pour réorganiser la journée. C'était le cas à l'athénée Fernand Blum à Schaerbeek en région Bruxelloise, comme l'a constaté Barbara Schaal : 

La plupart du courrier est distribué

Une bonne partie de la population a reçu son courrier lundi à Bruxelles et dans les deux Brabants, malgré l'action de grève.

Le centre de tri de Bruxelles était bloqué depuis 6h00. A l'aéroport de Bruxelles, les sites de bpost étaient aussi bloqués par des piquets de grève. La quasi totalité des bureaux a tout de même pu être approvisionnée.

Tous les journaux ont été distribués dans les deux Brabants, à l'exception de la commune de Rotselaar.

A Bruxelles, les tournées de lettres et colis ont été assurées à 83%, dans le Brabant flamand à 69% et dans le Brabant wallon à 59%.

Les régions étaient par contre différemment touchées en ce qui concerne les bureaux de poste. Dans la capitale, à peine la moitié étaient ouverts, contre quasi la totalité dans les Brabants flamand (96%) et wallon (81%).

La police sollicitée dans les prisons

La grève tournante a également touché les prisons.

A Saint-Gilles et à Forest, en région bruxelloise, la grève a été prolongée jusqu'à mardi matin 06h00, a indiqué Laurent Sempot, porte-parole de l'administration pénitentiaire.

A 14h00, pour le service de l'après-midi, seuls dix agents étaient en service à la prison de Forest, soit environ 10 à 15% du personnel. Il n'y avait également qu'une dizaine d'agents au travail à la prison de Saint-Gilles. La police a dû être mobilisée en renfort.

Dans les prisons d'Ittre et de Nivelles, une partie des gardiens n'ont pas pris leur service ce matin. Ils ont également été remplacés par des policiers à l'intérieur de l'établissement.

Le mouvement de mécontentement avait déjà démarré dimanche. Pour protester contre des mesures envisagées par l'administration pénitentiaire, le personnel de la prison de Ittre a assuré un service minimum, à savoir uniquement le maintien de la sécurité à l'intérieur de la prison.

Aucun détenu acheminé au palais de Justice de Bruxelles

L'action de grève a évidemment un impact sur le fonctionnement des cours et tribunaux du palais de Justice de Bruxelles. Le personnel de sécurité ne s'est pas présenté et aucun détenu n'a été acheminé. Plusieurs audiences ont donc dû être reportées. C'est le cas aussi bien pour les chambres francophones que néerlandophones du tribunal correctionnel.

Piquet de grève devant la RTBF et la VRT

La RTBF a également été perturbée par le mouvement de grève tournante de ce lundi. Un piquet de grève avec des responsables syndicaux et des affiliés a été mis en place à l'entrée du site de Reyers à Bruxelles.

"Ici, c'est assez convivial, indique André Poitou, président de l’interrégionale Bruxelles de la CGSP RTBF. Nos travailleurs et notre personnel ont été suffisamment sensibilisés. Étant au cœur de l'information, il n'y a aucun problème."

"Il s'agit simplement de montrer les conséquences (de la politique du gouvernement, ndlr). Nous pensons naturellement qu'avec le mouvement d'ampleur le gouvernement fédéral prendra conscience. On ne peut pas parler de sonnette d'alarme, c'est une réaction normale de la base et des travailleurs affiliés."

Les programmes ont par ailleurs été adaptés en radio et en télévision suite à ce mouvement. Certains programmes ont été perturbés, essentiellement en radio sur La Première, signale Bruno Deblander, porte-parole de la chaîne publique.

"Sur La Première, l'ensemble des émissions a été remplacé par un programme musical". Les journaux et flashes d'informations ont toutefois maintenus toutes les heures. Sur VivaCité, les émissions "C'est vous qui le dites" (09h00-11h00) et "On n'est pas des pigeons" (11h00-12h00) ont été également remplacées par un programme musical, tout comme "La 3e mi-temps" (19h00-20h00) en soirée. En matinée, les émissions régionales ont été proposées normalement, "même sur Viva Bruxelles, où un message signalant l'action était toutefois diffusé à intervalles réguliers", détaille M. Deblander.

Les radios musicales Musiq'3 et Pure FM ont limité les interventions de leurs animateurs. Réalisée depuis Mons, la chaîne Classic 21 n'a connu aucune perturbation.

En télévision, le JT a été diffusé normalement, mais a été précédé d'un documentaire remplaçant "On n'est pas des pigeons".

Sur la Deux, l'émission "La Tribune" est annulée. "Comme seuls les sites de Bruxelles et Wavre sont impactés, il est difficile d'évaluer l'ampleur du mouvement", selon M. Deblander. "Les équipes du JT sont par exemple opérationnelles, même celles qui travaillent depuis Bruxelles."

Par ailleurs, la RTBF a affirmé respecter ses "engagement commerciaux" en matière de diffusion des publicités. En ce qui concerne la grève générale prévue le 15 décembre, un comité d'entreprise a été convoqué ce jeudi 11 décembre. 

"J'espère que les auditeurs et les téléspectateurs comprendront, commente Stephane Brics de la CSC Transcom. J'espère qu'en voyant un programme qui est réduit aujourd'hui à sa plus simple expression tout un chacun se posera la question de savoir pourquoi il y a des grèves et prendra ses responsabilités pour le futur. Car je pense que nous ne sommes pas au bout de nos différentes actions et que, dès le mois de janvier, cela pourrait encore continuer".

Du côté de la VRT, le mouvement est plus dur puisque les piquets empêchaient tout accès aux locaux.

Un quart des ouvriers n'a pas travaillé dans le secteur technologique

Un quart des ouvriers engagés dans le secteur technologique n'a pas commencé le travail lundi en raison des piquets de grève et des barrages, a indiqué lundi, dans un communiqué, la fédération sectorielle Agoria.

Plusieurs dizaines d'entreprises de production étaient totalement à l'arrêt du fait des actions syndicales menées à Bruxelles et dans les Brabant flamand et wallon.

"Les entreprises du secteur TIC et la plupart des PME ne sont pas touchées, sauf en Brabant wallon, où certains zonings sont bloqués", détaille Agoria.

"Les syndicats jouent un jeu dangereux avec nos emplois ouvriers", a commenté Marc Lambotte, CEO de la fédération. "Ce sont en effet les entreprises en concurrence avec l'international qui souffrent le plus de ces actions", qualifiées de "particulièrement dévastatrices et dangereuses".

RTBF avec Belga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK