Grève: un bilan contesté et une concertation annoncée dans 11 jours

Les manifestants de la CSC au rond-point Schuman, à Bruxelles
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Les manifestants de la CSC au rond-point Schuman, à Bruxelles - © ERIC LALMAND/Belga

Le Premier ministre Elio Di Rupo réunira les partenaires sociaux d'ici la fin de la semaine prochaine, afin d'aboutir à des résultats concrets, dans le cadre du dialogue social, a-t-il indiqué lundi soir alors que le pays connaissait lundi une grève générale pour dénoncer les mesures d'austérité adoptées en décembre dernier. Un mouvement qualifié de "réussite" par les syndicats. Le patronat, lui, relativise. De son côté la CGSP wallonne accuse les médias.

Dans un communiqué, Elio Di Rupo dit que le Gouvernement comprend l'inquiétude exprimée ce lundi par une partie de la population. La poursuite de la concertation sociale entre syndicats et organisations patronales est la priorité.

Elio Di Rupo a précisé qu'il s'engageait, avec le gouvernement, à soutenir ce dialogue social dans l'espoir de le faire réussir. Sur base de l'agenda décidé conjointement, les représentants du Gouvernement et des partenaires sociaux poursuivent leurs travaux en groupes de travail, a ajouté le chef du gouvernement.

"Vu l'état actuel des discussions, le Premier Ministre réunira les partenaires sociaux d'ici la fin de la semaine prochaine, afin d'aboutir à des résultats concrets", a-t-il conclu.

"La grève est une réalité", avait-il indiqué un peu plus tôt lors de son arrivée au bâtiment du Juste Lipse, siège du conseil européen à Bruxelles où il participe à un sommet européen extraordinaire. "Ce qui est important, c'est de préserver la concertation sociale entre employeurs et employés. Et le gouvernement soutient cela", avait-t-il déclaré.

Pendant ce temps là, quelque 200 militants de la CSC de Mons-La Louvière manifestaient devant le domicile montois d'Elio Di Rupo, en l'absence donc du premier ministre.

Elio Di Rupo a également dit constater "avec satisfaction que la grève et le Conseil européen des chefs d'Etat et de Gouvernement se sont déroulés sans grands problèmes".

Les chefs d'Etat de gouvernement de l'UE se retrouvent à Bruxelles pour un sommet informel consacré à la conclusion d'un nouveau traité de discipline budgétaire. Ils doivent également s'accorder sur des mesures visant à stimuler l'emploi.

"Beaucoup de blocages, peu de grévistes" dit l'UWE

Dans un communiqué, l'Union Wallonne des entreprise conteste le succès de cette grève générale et déclare que "ni l'activité économique ni les services publics n'ont été complètement paralysés ce 30 janvier".

Elle critique les syndicats "fidèles à leurs méthodes", qui "ont bloqué les transports en commun, quelques zonings industriels et nombre de grandes entreprises afin de forcer de nombreux travailleurs à la grève et de créer l'impression d'un mécontentement généralisé. Or, dans sa très grande majorité, la population n'a pas suivi, comprenant la nécessité de mesures politiques de rigueur afin de préserver l'avenir". Ce qui l'en réjouit.

Même son de cloche du côté du patronat flamand qui estime que la grève générale semble n'avoir provoqué que peu de perturbations sur les entreprises du nord du pays. Le mort d'ordre syndical visant à ne pas fermer de zonings industriels a dans l'ensemble été bien respecté, a indiqué l'administrateur délégué du Voka Jo Libeer, sur base de la consultation d'un millier d'entreprises.

"Grève oui, mais pas générale", selon la FEB

Autre coup de sonde et à peu près le même constat du côté de la FEB qui parle d'une situation variable "en fonction des différents secteurs". 

"À l'exception de certains sous-secteurs (comme La Poste et l'enseignement), le secteur public et en particulier les transports publics ont, de manière générale, suivi l'appel à la grève", annonce un communiqué.

Il précise que "c'est surtout dans l'industrie lourde que de nombreuses entreprises ont été touchées" et que "l'impact de la grève" a été plus important en Wallonie qu'en Flandre.

Concernant le secteur tertiaire, par contre, "l'impact a été peu important ou nul" grâce notamment au télétravail. 

Les syndicats parlent de "réussite"

Rassemblés au Rond Point Schumann, au cœur du quartier européen de Bruxelles, les leaders des trois grands syndicats belges ont symboliquement présenté, lundi midi, la première euro-obligation.

"Nous voulons adresser un message clair à l'Europe et dire à ses dirigeants qu'il existe des alternatives à l'austérité", a expliqué Claude Rolin, secrétaire général de la CSC.

"L'austérité n'est pas la solution, elle est le problème", a renchéri Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB. Forts de cette conviction, les syndicats - qui se félicitent par ailleurs de la réussite de la grève générale de ce lundi - plaident non seulement pour la création d'euro-obligations mais aussi pour une fiscalité plus juste et pour la mise sur pied d'un véritable plan de relance.

Satisfaits du suivi du mot d'ordre de grève lancé pour ce lundi, les trois principaux syndicats belges exigent désormais une reprise rapide des négociations.

La CGSP wallonne accuse les médias

L'interrégionale wallonne de la CGSP a estimé lundi que les médias faisaient preuve d'un manque d'objectivité et d'autocensure "pour ne publier que ce qu'ils estiment être politiquement correct".

"D'une manière générale, depuis le début des discussions sur l'accord de gouvernement et plus encore depuis la mise en place de celui-ci, nous sommes obligés de constater le manque d'objectivité des médias et leur autocensure pour ne publier que ce qu'ils estiment être politiquement correct", affirment dans un communiqué Francis Wegimont, secrétaire général de l'interrégionale wallonne de la CGSP, et Alain Lambert, vice-président de la CGSP fédérale.

Ils jugent à ce propos "éclairantes" les statistiques affirmant qu'une large majorité de citoyens seraient défavorables à la grève de ce lundi, alors que cette action "s'avère être un succès total, sans qu'il n'ait fallu, aux organisations syndicales, ameuter le ban et l'arrière-ban des affiliés".

Dénonçant un "bon ton politique" dans les médias, Francis Wegimont et Alain Lambert jugent qu'aux yeux de ces derniers, "tout ce que font et disent l'autorité et le patronat sont les seules 'voie et voix' crédibles".

"La marginalisation systématique des idées non conventionnelles est devenue monnaie courante! C'est mortel pour la démocratie", poursuivent-ils, prenant pour exemple le débat sur la régionalisation de l'enseignement défendue la semaine dernière par le ministre wallon Jean-Claude Marcourt ainsi que par les syndicats socialistes. Pour Francis Wegimont et Alain Lambert, le traitement de l'information présente aujourd'hui "une dérive inquiétante".

Vers d'autres grèves?

Interrogés durant le journal télévisé de la RTBF ce lundi midi, les représentants syndicaux ont une nouvelle fois fait part de leurs revendications. "Pour nous, le fait d'entendre toujours la Commission européenne et les dirigeants européens dire qu'il n'y a pas d'autre alternative que l'austérité, nous disons que ce n'est pas vrai. On est en train de mentir à la population. Et malheureusement, tout cela est relayé par les gouvernements des États-membres", a indiqué Anne Demelenne (FGTB). Cette dernière souhaite que soient mutualisées les dettes, pour que les États remboursent "avec des taux d'intérêt normaux". Anne Demelenne a ensuite évoqué "la colère" pour expliquer la présence de certains blocages sur les routes belges ce lundi.

Certains élus libéraux ont critiqué cette grève et les mouvements qui l'accompagnent. Pourtant, les manteaux "bleus" étaient de sortie ce lundi. "Le gouvernement s'est lancé dans des mesures extrêmement dures, prises dans une précipitation incroyable qui sont tout à fait à l'opposé de notre tradition de dialogue social", a indiqué Bernard Noël, secrétaire national de la CGSLB. "C'est le moment de revenir sur certaines mesures et de rééquilibrer les choses."

"J'espère que le gouvernement va entendre ce que disent les travailleurs de ce pays, entendre ce que disent les allocataires sociaux", a enchaîné Claude Rolin (CSC), évoquant le fossé séparant le gouvernement et les citoyens belges. Le leader de la CSC n'exclue pas d'autres grèves. "Le mouvement syndical est bien décidé à continuer la mobilisation, nous allons continuer à faire pression pour que la raison obtienne gain de cause."

Invité sur le plateau de la RTBF, Pieter Timmermans, directeur général de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique), a indiqué avoir été choqué en apprenant que certains travailleurs n'avaient pu se rendre sur leur lieu de travail. "En général, et nous avons fait un petit sondage, la plupart des gens avaient envie de travailler", a-t-il assuré. Pieter Timmermans estime également que la situation est différente au nord et au sud du pays.

Une première depuis 1993 

Un mouvement national décidé en front commun, ce n'était plus arrivé depuis près de 20 ans. Les syndicats entendent ainsi protester contre les mesures d'économie prévues par le gouvernement fédéral. Ils pointent le manque de concertation sur la mise en œuvre de ces économies budgétaires.

Et le mouvement semblait plutôt bien suivi. Ce lundi, une bonne partie de la Belgique est paralysée. Dans les transports publics, plus rien ou presque ne circule. Sur le rail, le trafic national est complètement interrompu depuis dimanche soir. Idem pour les trains internationaux Thalys ainsi que pour les Eurostar vers et au départ de Bruxelles.

Les transports en commun touchés

A Bruxelles, jour de Sommet européen, aucun tramway, bus ni métro de la STIB ne roule. En Wallonie, la situation peu varier d'un TEC à l'autre mais dans l'ensemble, on évoque un "quasi arrêt" des transports publics wallons. Au nord du pays, le réseau De Lijn est également très perturbé, aucun tramway ne circulant par exemple à Gand.

Si les contrôleurs aériens n'ont pas fait grève, l'aéroport de Charleroi a été contraint de fermer ses portes. L'aéroport de Bruxelles a pour sa part continué à tourner, même si plusieurs vols ont dû être annulés.

bpost a été touchée différemment en fonction des régions. Pratiquement aucun courrier n'a pu être distribué dans une grande partie du sud du pays, en raison de l'arrêt des deux centres de tri wallons, à Charleroi et Liège. Sur l'ensemble du pays, 75% des tournées ont été assurées et 94% des journaux ont été livrés lundi matin tandis que 89% des bureaux de poste ont ouvert leurs portes.

Dans tout le royaume, les écoles n'ont pas été épargnées par la grève. Le mouvement semble avoir été bien suivi par les enseignants, particulièrement dans les villes et dans l'enseignement primaire et secondaire.

Un mouvement très suivi en Wallonie

La grève a dans l'ensemble été bien suivie dans les plus grandes villes wallonnes. A Charleroi, Liège, Namur, Mons, et dans la région du centre notamment, les accès aux zonings industriels ont été occupés par des piquets. Des centres commerciaux ont été touchés par des actions syndicales, de même que les prisons, comme à Jamioulx ou Lantin, et les hôpitaux, qui assurent toutefois un service minimum. A Bruxelles, 45 policiers ont remplacé les gardiens grévistes des prisons de Saint-Gilles et de Forest.

De nombreuses grandes entreprises sont elles aussi à l'arrêt, notamment dans le secteur du textile qui est complètement paralysé.

Sur les routes, si l'heure de pointe du matin a été particulièrement fluide sur les grands axes menant à Bruxelles ainsi que sur le ring de la capitale, plusieurs barrages ont été dressés à travers le pays ainsi qu'à proximité des postes frontières français (Hensies) et allemands (La Calamine et Hauset).

Enfin, en Flandre, les ports d'Ostende, Zeebrugge, Gand et Anvers sont pour ainsi dire à l'arrêt.

RTBF avec Belga

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