Grève sur le rail : "L'action pourrait se poursuivre en janvier si la direction n'apporte pas de réponse favorable"

La journée de ce jeudi est compliquée sur le rail belge. Les cheminots mènent une grève en plein conflit avec la direction de la SNCB et d’Infrabel.


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Les syndicats demandent notamment une hausse des salaires de 1,1% (comme dans le secteur privé), des engagements statutaires, les mêmes conditions salariales pour les contractuels et les statutaires, ainsi que le maintien d’un régime de travail de 36 heures pour l’ensemble du personnel, actuel ou à venir.

Cette grève de 24h prendra fin ce soir à 22h, mais il n’est pas impossible que les grèves se poursuivent au-delà de décembre. C’est en tout cas une éventualité, selon le président national CGSP Cheminots, Pierre Lejeune, invité de la matinale jeudi matin. "C’est prématuré de l’annoncer, mais en fonction du signal qui est donné aujourd’hui, je pense que tous les éléments sont réunis pour que l’action se poursuive, dans l’éventualité ou la direction n’apporte pas des réponses favorables à l’ensemble du personnel."

"Un problème de confiance au sein des chemins de fer"

Les syndicats et la direction négocient cet accord social 2020-2022 depuis dès mois, sans réelles avancées significatives. La patronne de la SNCB, Sophie Dutordoir s’est dit prête à aller au clash. "C’est sa responsabilité si elle est prête à aller au clash en oubliant le dialogue social. Nous souhaitons encore pouvoir ouvrir les discussions."

"Il y a un problème de confiance au sein des chemins de fer", insiste-t-il. "Les actions d’aujourd’hui sont la conséquence d’un double échec. D’abord, de la concertation sociale au sein des chemins de fer, traditionnellement un exemple en Belgique. Ensuite, c’est l’échec de la politique gouvernementale qui a été menée par le gouvernement Michel/ De Wever au cours de ces 5 dernières années, qui a été particulièrement agressif envers les services publics. 3 milliards d’économie sur les dotations, 4500 emplois qui sont passés à la trappe, 20% d’augmentation de productivité. Vous ne pouvez pas, en même temps, dégraisser ainsi une entreprise comme les chemins de fer et attendre d’elle des performances en termes de ponctualité, de sécurité et de rentabilité."

Un cortège funéraire a été organisé dans la matinée pour "brûler" les mesures de la direction. L’illustration de l’enterrement du service public du rail. "C’est le service public qui est menacé par les mesures envisagées aujourd’hui. C’est aussi le statut du cheminot qui est menacé. Un enterrement de première classe."

Réinvestir dans le rail pour garantir la sécurité

En 30 ans, on compte 60% de navetteurs en plus en Belgique et une productivité en hausse constante, mais on note aussi 30% de personnel en moins sur le rail, selon les chiffres d’une étude de l’ULB. "Il faut réinvestir dans le rail et développer un projet qui rejoint les besoins des usagers, et jusqu’à présent tout ce qui a été fait ces dernières années va tout à fait a contrario de ces ambitions", martèle le syndicaliste.

Une des mesures au cœur de ces protestations, c’est l’imposition de 12h en cabine, donc, augmenter le nombre d’heures de travail pour pallier le manque de personnel. Et les risques pour la sécurité sont très importants, répète-t-il, alors que l’on sort à peine du procès de Buizingen, durant lequel la SNCB a été condamnée pour des failles de sécurité justement.

"Cela va à l’encontre du verdict du procès de Buizingen. Augmenter les heures de travail à 12h comporte évidemment des risques pour la sécurité. Travailler dans une cabine (qui régit l’ensemble du trafic sur le réseau ferroviaire) demande une vigilance de tous les instants. En l’étant pendant 12h, il y a quand même des risques de fatigue, il y a des erreurs possibles, et donc ça peut altérer la sécurité du travail."

Autre revendication, le maintien des 36h de travail par semaine. "Les 36h ont été négociées il y a 20 ans et entrée en vigueur en 1999. Revenir et remettre en cause les 36h, alors qu’il manque du personnel sur le plan opérationnel et donner comme réponse qu’il faut augmenter le temps de travail, c’est quelque chose d’assez paradoxal et contradictoire."

Avec ces conditions de travail, les cheminots ne sont pas privilégiés, insiste-t-il. "Il ne faut pas laisser passer le message que les cheminots se battent pour un privilège. C’est pour assurer la mission de service public. Ils ne sont pas privilégiés par rapport à d’autres catégories de personnel."

Le service minimum, "discriminatoire"

La SNCB a mis en place un service minimum, un train sur trois circule sur le réseau. Ce dispositif permet donc de faire grève et d’éviter le blocage total. Mais ce n’est pas une bonne chose selon lui, car "il est discriminatoire et va à l’encontre de l’exercice du droit de grève", bien que cela semble équilibré et permette aux navetteurs d’aller travailler.

"Ça fait de nombreux mois qu’on négocie. On a tiré, à plusieurs reprises, la sonnette d’alarme et envoyé des signaux à la direction. On a averti. Aujourd’hui, les limites sont dépassées et les responsabilités sont plutôt du côté de la direction et du gouvernement, mais certainement pas à cause des travailleurs du rail."

Pour finir, le syndicaliste met finalement en évidence un autre élément paradoxal. Le patron d’Infrabel, Monsieur Luc Lallemand, est sur le départ, son mandat s’est terminé au mois de novembre. Son remplaçant doit être nommé par le gouvernement, qui est en affaires courantes, ce qui complique la donne, puisqu’il n’a pas été possible de mettre en place la procédure pour son remplacement. Il doit continuer à assurer la transition. "Il a demandé une augmentation de 8% pour être maintenu en place, selon mes informations. C’est paradoxal, puisque c’est le même qui refuse une augmentation du pouvoir d’achat des cheminots de 1%."

Infrabel, contacté par la RTBF, a réagi et dément l’information. A bonnes sources, on nous explique qu’il y a bien des discussions sur le salaire de Luc Lallemand, mais que celles-ci ont été initiées par le comité de nominations et de rémunération d’Infrabel lui-même et non par le patron d’Infrabel. En effet, le comité s’est rendu compte qu’Infrabel applique strictement les recommandations de plafonnement des salaires dans les entreprises publiques (qui ne sont pas obligatoires puisque rien n’est coulé dans une loi) alors que ce n’est pas le cas ailleurs. Afin que la fonction d’administrateur d’Infrabel reste attractive, le comité souhaite donc assouplir un peu les limitations actuelles, ce qui pourrait amener à une augmentation de salaire. Mais pour l’heure, rien n’est fait. Le dossier est sur la table du ministre de tutelle, François Bellot, ministre en affaires courantes, ce qui pourrait ralentir toute prise de décision.

 

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