Grève des gardiens de prison: "70% des agents sont en congé de maladie"

Philippe Mary: "l’un des problèmes sur la table est l’absentéisme des gardiens de prison estimé entre 10 et 15%"
Philippe Mary: "l’un des problèmes sur la table est l’absentéisme des gardiens de prison estimé entre 10 et 15%" - © Tous droits réservés

Spécialiste des politiques pénale et carcérale, et membre du Conseil de Prévention de la Torture, Philippe Mary met en garde contre les conséquences de la prolongation de la grève dans les prisons. Abandon de poste, absentéisme chronique, grèves "émotionnelles" et " service minimum " sont autant de situations qui pourraient, selon cet expert, déboucher sur la mort de détenus. Comme cela s’est déjà passé en 2003.

Pour ce spécialiste des droits de l’Homme, le mouvement de grève est exceptionnel par la détermination de certains syndicalistes, mais aussi par le contexte très particulier d’un milieu carcéral où les détenus sont totalement dépendants du personnel de surveillance. Mais ce n’est pas, pour autant un cas rare: "Ce n’est pas la première fois que l’on pointe les conditions de détention des prisonniers. Certaines grèves ‘émotionnelles’, comme les appellent les syndicats de prison, conduisent à de véritables abandons de postes."

On parle de gardiens encagoulés

La différence constatée entre la situation dans les prisons du nord et du sud du pays trouve son explication, selon Philippe Mary, dans une rationalisation déjà plus avancée en Flandre et dans l'opposition plus forte des chefs de prison francophones dans le but de protéger le régime pénitentiaire tel qu’il existe. Mais il pointe aussi les syndicats : "Il existe une minorité très agissante qui vielle à ce que le mouvement se perpétue. On parle même de certains gardiens qui font le tour des piquets de grève encagoulés."

Selon Philippe Mary, ce constat des acteurs de terrain est illustré par des chiffres qu’il affirme détenir de source ‘très bien informée’: "70% des agents sont en congé de maladie et une question parlementaire sera posée à ce propos. " Des chiffres qui donneraient à réfléchir sur la réalité du mouvement. "Il est délicat de généraliser, d’autant plus que l’un des problèmes sur la table est l’absentéisme des gardiens de prison estimé entre 10 et 15%. Les conditions de travail sont effroyables dans certains bâtiments. Il n’y a pas 10% de fraudeurs, mais il existe un vrai problème d’absentéisme que l’on connaît depuis des années et des années. "

Le "service minimum"

Le spécialiste évoque un autre phénomène connu sous le nom de 'service minimum'. Un statut invoqué en cas de mécontentement. Le personnel reste dans l’établissement, ne se met pas en grève, mais en service de nuit. C’est ce qu’on appelle un ‘service minimum.’ Avec des variantes comme les  ‘grèves émotionnelles’. Une situation que le monde politique a voulu prendre à bras le corps en 2010 avec accord visant à créer à minima une procédure de négociation. Mais, regrette Philippe Mary, ce protocole n’a pas pu être appliqué.

Il faut un service garanti

Pour le sociologue des prisons, l’instauration d’un service garanti est une nécessité. "Le CPT (Comité Européen pour la Prévention de la Torture) a encore fait une visite le weekend dernier dans les prisons pour les questions de grève. Le CPT se réfère au comité européen des droits sociaux qui précise que le droit de grève doit être limité pour pouvoir respecter le droit d’autrui. Le droit de pouvoir être nourri normalement, de se doucher normalement et de se promener au moins une heure par jour."

"Lors de la grève d’Andenne en 2003, il y a eu deux morts. S'il devait, aujourd’hui, y avoir un incendie à Forest, ce serait des dizaines de morts. C’est avec ça qu’on joue. Je ne veux pas dramatiser le propos, mais ce ne sont pas seulement des navetteurs qui arriveront en retard à leur travail. Ce sont des personnes qui risquent jusqu’à leur vie." Une réflexion qui rappelle la phrase du ministre de la Justice Koen Geens -excédé- lors de la séance des questions orales au parlement jeudi après-midi: "Dans les prisons, on ne peut pas respecter totalement les droits de l'Homme en respectant totalement le droit de grève."

 

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