Grève de la faim des sans-papiers : un accord se met en place, les grévistes ont décidé de suspendre leur action

Les sans-papiers grévistes ont décidé d'arrêter la grève de la soif et de suspendre pour le moment la grève de la faim, ont annoncé leurs représentants rassemblés mercredi devant l'église du Béguinage à Bruxelles.

Les grévistes de la faim de l'ULB et de la VUB suspendent également leur grève de la faim et de la soif.

A notre micro, le secrétaire d'état à l'Asile et la Migration Sammy Mahdi a clarifié la situation. "On ne va pas faire des accords sur la politique de migration. Il y a une politique avec des règles qui doivent être suivies. On l'a expliqué à plusieurs reprises, on a discuté avec la société civile.

"Mais dans la procédure, il n'y a rien qui change. Parce que notre procédure est juste, correcte et humaine", insiste-t-il. 

"Hier et aujourd'hui, il y a eu des réunions avec le gouvernement et avec des soutiens. On est arrivé à mettre en place des accords, qui ne sont pas encore validés. Nous espérons (qu'ils le seront). Pour qu'il n'y ait plus de stress et d'angoisse à l'intérieur de l'église, on a pris la décision d'arrêter la grève de la soif et de suspendre, pour le moment, la grève de la faim", ont annoncé les représentants.  

Sur Twitter, le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Sammy Mahdi s'est dit "soulagé". "Pour moi, ce n'était pas un combat contre des gens, mais pour une politique correcte. Espérons que personne ne restera avec des séquelles permanentes."

"Rien que des perdants aujourd'hui, mais je suis reconnaissant que les gens aient arrêté leur grève de la faim" mercredi, a déclaré le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, dans un communiqué.

Sammy Mahdi y confirme que, en coopération avec les représentants des grévistes de la faim et de la société civile, cette grève a pris fin. "Après 60 jours, les grévistes de la faim ont mis un terme à leur action, qui mettait leur vie en danger", ajoute-t-il.

En outre, nous continuerons à travailler à l'amélioration structurelle des canaux de migration légale existants

"La façon dont la situation a empiré ces dernières semaines m'a fort marqué. Il est bon qu'avec la société civile, nous ayons pu convaincre que la régularisation collective n'est pas une solution et que les procédures existantes sont humaines."

"C'est pourquoi nous continuons à informer les personnes dans la zone neutre sur les procédures de séjour existantes et sur leurs dossiers individuels. En outre, nous continuerons à travailler à l'amélioration structurelle des canaux de migration légale existants."


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Des personnes sont actuellement transférées à l'hôpital, dont certaines resteront en soins intensifs, ajoute le secrétaire d'État.

La zone neutre mise en place par le gouvernement pour aider les sans-papiers individuellement "restera ouverte pendant un certain temps". "Les personnes en grève de la faim peuvent s'y rendre pour être conseillées afin de soumettre leur dossier individuel à la régularisation", rappelle Sammy Mahdi.

"Je suis soulagé que la grève de la faim soit terminée. Je continuerai à œuvrer pour une politique correcte et équitable", conclut-il.

Les soutiens gantois poursuivent la mobilisation

Les militants qui occupent un bâtiment de l'Université de Gand en solidarité avec plus de 400 sans-papiers bruxellois, ont décidé de ne pas arrêter leurs actions pour le moment.

"Parce qu'il n'est pas encore clair que la suspension de la grève de la faim est une solution réelle, nous restons ici", a déclaré le porte-parole Jip Van Gool. "Tant qu'il n'y aura pas de régularisation pour les grévistes de la faim, nous continuerons à nous mobiliser."

Nous attendons aussi de voir si cela signifie qu'il y aura vraiment une solution à leur situation

"Nous regrettons que cela ait pris autant de temps", a ajouté Jip Van Gool. "Nous attendons aussi de voir si cela signifie qu'il y aura vraiment une solution à leur situation, à savoir la régularisation."

La semaine dernière, le recteur de l'UGent, Rik Van de Walle, a indiqué qu'il s'attendait à ce que les militants quittent le bâtiment d'ici le 25 juillet. Si les militants ne sont pas partis d'ici là, la police sera appelée. 

Réactions d'Alexander De Croo

"Mettre fin à la grève de la faim est la seule bonne décision", a commenté mercredi le Premier ministre Alexander De Croo après l'annonce de la suspension de la grève de la faim des sans-papiers à l'église du Béguinage à Bruxelles.

Selon lui, "il n'y a dans notre pays qu'une seule voie et c'est la voie de la loi. Il s'agit de la seule manière d'éviter des décisions arbitraires. Un gouvernement ne peut jamais accepter le chantage. Ce serait injuste pour toutes les personnes qui suivent correctement les règles."

Si des séquelles physiques subsistent, tous ceux qui ont encouragé les grévistes de la faim ces dernières semaines en porteront la responsabilité.

"Espérons que des dommages physiques permanents ont pu et pourront être évités", a-t-il ajouté. "Si des séquelles physiques subsistent, tous ceux qui ont encouragé les grévistes de la faim ces dernières semaines, leur ont donné de faux espoirs ou leur ont fourni des informations non objectives, en porteront la responsabilité."

La Vivaldi soulagée

Les partis de la majorité fédérale ont fait part mercredi de leur soulagement à l'annonce de la suspension de la grève de la faim menée par les sans-papiers de l'église du Béguinage à Bruxelles.

"Soulagement", a tweeté le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet. "Merci à toutes les personnes qui, de part et d'autre, dans la lumière ou dans l'ombre, ont permis à la situation des grévistes de la faim de se décanter. Pas besoin de les citer ni de les taguer, elles se reconnaîtront."

"Avec cette avancée, qui nous rapproche d'une solution humaine, on sort de l'impasse et la tragédie est évitée", a renchéri son homologue néerlandophone Meyrem Almaci (Groen).


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"Heureux que les sans-papiers annoncent l'interruption de la grève de la faim et l'ouverture d'un dialogue avec les autorités", a ajouté le président du PS Paul Magnette. "Merci à Pierre-Yves Dermagne (vice-Premier PS, NDLR) d'avoir défendu avec fermeté ce point au gouvernement et à Philippe Close (bourgmestre de Bruxelles) d'avoir apporté le soutien décisif de la Ville de Bruxelles."

Du côté du MR, le président Georges-Louis Bouchez a aussi estimé que "la suspension de la grève de la faim est un soulagement pour chacun". "Heureux que les solutions proposées depuis de nombreux jours par Sammy Mahdi soient enfin acceptées. L'humanité n'est pas de faire naître de faux espoirs mais d'être clair et respectueux de chacun."

Répondant sur Twitter au président de DéFI François De Smet, le président des libéraux francophones a assuré que la suspension de la grève de la faim n'a pas été décidée "autour de nouveaux critères".

Satisfait de pouvoir enfin faire fonctionner la zone neutre et gérer individuellement les dossiers correctement, sans pression et sans jouer avec la vie des gens

"Satisfait de pouvoir enfin faire fonctionner la zone neutre et gérer individuellement les dossiers correctement, sans pression et sans jouer avec la vie des gens", a renchéri le président des libéraux flamands Egbert Lachaert (Open Vld), saluant "la bonne approche" effectuée par le Premier ministre Alexander De Croo et le secrétaire d'État à l'Asile et la migration Sammy Mahdi.

Pour le président du CD&V Joachim Coens, "la zone neutre, l'envoyé spécial et le dialogue avec les organisations ont évité un drame majeur".


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Le parti socialiste flamand Vooruit a de son côté relayé la réaction du député Ben Segers. "Ouf. Félicitations à tous ceux qui ont travaillé dur en coulisses pour mettre fin à cette crise. Dès que le gouvernement parle d'une seule voix, tout est possible. Dès demain, les grévistes de la faim se rendront dans la zone neutre. Faisons-en un succès maintenant."

La poursuite grève de la faim avait provoqué des tensions au sein de la Vivaldi. Lundi matin, le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne avait informé le Premier ministre Alexander De Croo que les membres socialistes du gouvernement démissionneraient si l'un des grévistes décédait. Le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet avait sous-entendu la même chose.

Dès demain/jeudi, chaque sans-papiers se rendra dans la "zone neutre" établie par le gouvernement pour s'y informer de leur dossier individuel.

Lundi, Sammy Mahdi avait désigné un envoyé spécial pour orienter les demandeurs d'asile en grève de la faim vers les procédures existantes, alors que les alertes se multipliaient sur la détérioration de l'état de santé des grévistes. Cet envoyé spécial est Dirk Van den Bulck, commissaire général au sein du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), administration fédérale indépendante.


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Plus de 400 personnes menaient une grève de la faim depuis le 23 mai. Vendredi dernier, certaines d'entre elles ont également entamé une grève de la soif, réduisant leurs chances de survie à quelques jours à peine.

Depuis jeudi dernier, Sammy Mahdi tentait de débloquer la situation en promouvant l'usage d'une zone neutre, où les grévistes de la faim peuvent se faire accompagner d'une personne de confiance et discuter sur place.

Tensions au sein de la Vivaldi

La situation des sans-papiers a provoqué des tensions au sein de la coalition gouvernementale. Lundi matin, le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne avait informé le Premier ministre Alexander De Croo que les membres socialistes du gouvernement démissionneraient si l'un des grévistes décédait. Le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet avait sous-entendu la même chose.

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