Greenpeace critiqué pour sa campagne-choc contre la "mafia nucléaire"

"Greenpeace invite le Premier ministre Di Rupo à respecter sans ambiguïté la loi de sortie du nucléaire et à ne pas céder au chantage d'Electrabel", explique l'organisation environnementale qui regrette que le MR et le CD&V aient "une fois de plus cédé aux pressions de la mafia nucléaire".

"Le PS a toutes les clés en main. Il est impératif que ce parti ait le courage politique de mettre un terme au monopole de GDF Suez Electrabel. Notre approvisionnement en énergie ne peut plus dépendre du bon vouloir d'une multinationale étrangère qui prend en otage notre gouvernement, notre économie et notre population", commente Arnaud Collignon de la campagne Energie de Greenpeace Belgique.

Les opérateurs nucléaires sous-estiment systématiquement le risque de catastrophe nucléaire et refusent en même temps d'assumer la responsabilité civile d'une telle catastrophe, dénonce encore Greenpeace.

Les politiques choqués par la campagne de Greenpeace

Après la diffusion d'un clip mettant en scène un faux Elio Di Rupo enlevé et torturé par la "mafia nucléaire", le parti socialiste a tenu à condamner la récupération de son image par l'organisation "qui dupe les citoyens par des procédés de plus en plus douteux". "Comme n'importe quelle ONG, Greenpeace a le droit de faire passer les messages qu'elle souhaite, mais qu'elle en assume au moins la paternité au lieu de tromper les citoyens de manière totalement déloyale", souligne la porte-parole du parti dans un communiqué. Sur Twitter, le secrétaire général du PS, Gilles Mahieu, a estimé que "faire de faux tracts PS, c'est utiliser les mêmes méthodes que le FN face au FG" (Front des Gauches).

La ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet (cdH) a pour sa part estimé que "banaliser une prise d'otage n'est pas acceptable". Et même chez Ecolo, qui partage l'avis de Greenpeace sur le fond, l'humour décalé du clip pose question. Au micro de Matin Première, la co-présidente Ecolo Emily Hoyos a dit ne pas apprécier "l'instrumentalisation de l'image des politiques", estimant par ailleurs le clip de la campagne "malhabile et maladroit" . Mais pour Emily Hoyos, il n'en demeure pas moins qu'Electrabel pratique un "chantage" en annonçant la fermeture de centrales électriques et donc des pertes d'emplois, et en organisant la "pénurie" en guise de protestation contre la fermeture des centrales nucléaires.

Greenpeace réagit

"On comprend évidemment l’émotion que ce clip a pu susciter", explique Michel Genet, le directeur de la branche belge de l'ONG sur les ondes de La Première. "C’est vrai que c’est un peu notre approche à nous de faire parfois des actions un peu choc, un peu provocantes pour susciter un débat. Et quand je vois le buzz que ce clip a généré, on peut s’en réjouir parce qu’il faut quand même être bien conscient du fait que, dans quelques jours, l’avenir énergétique de ce pays va être décidé. Et comme on le sait, en Belgique, ça se passe souvent dans des bureaux fermés, on ne sait pas très bien qui a dit quoi et qui a décidé quoi", dénonce Michel Genet. Et d'en appeler à "un débat le plus démocratique et le plus ouvert possible, étant donné les enjeux de sécurité énergétique mais évidemment de sécurité tout court quand on parle de nucléaire".

Michel Genet ne retire d'ailleurs rien au clip: "je pense qu’il faut le prendre au deuxième degré. Evidemment, on ne veut ni inciter le personnel d’Electrabel ni se moquer des gens qui ont été victimes de prise d’otage ou quoi que ce soit. Il est vrai qu’on a quand même le sentiment qu’Electrabel, avec 70 % de parts du marché, occupe une place tout à fait spéciale dans notre paysage et met beaucoup de pression sur l’ensemble des décideurs, et on le sait depuis toujours, il n’y a rien de neuf. Et par ailleurs, je vous rappelle que ce terme "mafia" a été utilisé par l'écologiste flamand Kristof Calvo au Parlement encore la semaine passée". Le directeur de Greenpeace Belgique rappelle aussi que les centrales sont largement amorties, sans que les citoyens en aient tiré profit par une diminution de leur facture. "Donc, tout ça est un petit peu excessif, dans la forme, je veux bien le concéder, mais sur le fond, il y a un vrai débat, il y a un vrai enjeu démocratique, et c’est surtout là-dessus qu’on voulait attirer l’attention des citoyens, et j’espère qu’on y arrive à travers ce clip", conclut Michel Genet.

T.N. avec Belga

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