Gratuité de l'école? "A Bruxelles, plus d'un enfant sur deux doit payer pour s'asseoir au réfectoire"

Gratuité de l'école? "A Bruxelles, plus d'un enfant sur deux doit payer pour s'asseoir au réfectoire"
Gratuité de l'école? "A Bruxelles, plus d'un enfant sur deux doit payer pour s'asseoir au réfectoire" - © PHILIPPE FRANCOIS - BELGA

La Ligue des familles le constate, comme chaque année: l’école n’est pas vraiment gratuite, alors qu’elle devrait l’être. C'est en effet écrit dans la Constitution: "Chacun a droit à l’enseignement dans le respect des libertés et droits fondamentaux. L’accès à l’enseignement est gratuit jusqu’à la fin de l’obligation scolaire".

Mais, en réalité, et dès la maternelle, les parents doivent payer des frais de matériel, de voyages scolaires, de cantines, de garderie... Et cela peut vite chiffrer.

Cette non-gratuité de l'école est en partie due au comportement des parents estime "C’est un paradoxe belge. Nous ne sommes pas contre les grands principes qui devraient s’appliquer à tout le monde, mais nous sommes encore plus sensibles lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts particuliers. Les questions liées à l’éducation appartiennent à une sphère où nous avons des comportements très individualistes, nous voulons le meilleur pour notre enfant. Ça passe par la possibilité de choisir l’école".

François Bertrand, responsable des études pour la Ligue des familles, était l'invité ce jeudi de La Prem1ère.

Est-ce vraiment dû à un individualisme des parents ?

"Je pense qu’il y a un peu deux choses. La première, c’est effectivement qu’il y a un effet de compétition entre les écoles au niveau des offres scolaires, au niveau aussi des offres de voyages et d’activités extrascolaires. Donc c’est effectivement une cause de coûts supplémentaires aussi. Par ailleurs, ce comportement se place aussi dans un contexte de plus en plus difficile au niveau socio-économique. On veut le meilleur pour son enfant".

Selon votre étude, 14% des élèves seraient exclus des sorties, faute de moyens. Cela engendre des inégalités dès le plus jeune âge...

"Oui, très fortement. Et donc, pour la première fois, on peut établir ces chiffres de façon scientifique, c’est vraiment un panel représentatif de l’ensemble de la population des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles. Et c’est vraiment le point qui a attiré notre attention. C’est que sur les causes de non-départ, les raisons financières sortent en premier, que ce soit en maternelle, en primaire et encore plus en secondaire, puisque 70% des enfants qui ne sont pas partis, la raison première était l’insuffisance des moyens au niveau des parents. Et on le remarque aussi au niveau de ce que les parents témoignent. Il y a encore 23% de parents qui font appel à la famille proche ou plus lointaine pour avoir un coup de pouce au moment de la rentrée ou pendant l’année scolaire".

Cela témoigne d’une paupérisation des familles des classes populaires, mais également des classes moyennes

23%, donc ça fait un parent sur 4 qui a besoin d’aide pour la rentrée scolaire ?

"Cela témoigne d’une paupérisation des familles des classes populaires, mais également des classes moyennes".

Etonnant dans votre étude aussi: il y aurait un "droit de chaise" pour la cantine...

"En Région bruxelloise, pour plus d’un enfant sur 2, des frais sont demandés pour simplement s’asseoir ou manger ses tartines. Côté wallon, ces droits de chaise existent toujours mais sont très variables d’une province à l’autre. Ça varie entre 5% d’enfants en province de Liège, donc là c’est la quasi-extinction de ce droit de chaise, contre 20% en Brabant wallon."

Comment expliquer qu'on doive payer juste pour pouvoir s'asseoir au réfectoire?

"C’est un peu lié à cet accès gratuit à l’école. Pour ce qui est compris sur le temps scolaire, effectivement la Constitution prévoit une gratuité. Mais le temps de midi n’est toujours pas reconnu à l’heure actuelle comme temps scolaires, alors que selon nous, il devrait vraiment être intégré dans cette journée scolaire des élèves".

Les directions cherchent la plupart du temps des solutions avec les parents

Il y a évidemment toutes les sorties aussi, les photocopies, etc. Est-ce que ça ne permet pas aussi pour certaines directions de faire une sélection masquée des publics ?

"Il y a eu une enquête de terrain dans toutes les provinces et ce qu’on remarque, c’est que finalement les directions, au contraire, cherchent la plupart du temps des solutions avec les parents, et en particulier les parents qui ont moins de ressources financières.

Elles vont toujours faire en sorte que l’enfant puisse partir en stage, puisse partir en classe verte, en classe bleue, mais elles témoignent aussi du fait d’être assez démunies au niveau administratif et au niveau des moyens financiers pour justement parvenir à faire partir tous les enfants".

Il y a quand même des choses interdites que l’école ne peut pas demander...

"Tout à fait, c’est une réglementation qui est d’ailleurs en ligne sur le site enseignement.be. Et là c’est aussi une marque d’étonnement de cette étude, c’est de voir que la plupart des parents méconnaissent ces règles. Elles sont disponibles, elles sont en ligne, elles sont diffusées aussi par les écoles.

Les frais interdits les plus courants qu’on voit réapparaître chaque année, c’est par exemple le journal de classe. C’est totalement interdit de demander aux parents des frais de journal de classe. C’est également le cas des manuels scolaires.

La combinaison des 2 est rencontrée chaque année, et donc les parents peuvent vraiment aller s’informer sur enseignement.be. La liste du matériel est listée donc entre les frais interdits et les frais autorisés.

Et entre les 2, il y a une zone grise, qui sont les frais dits facultatifs, c’est-à-dire que ce sont des frais qui sont autorisés mais dans certaines situations. Et là, ça crée évidemment une incompréhension au niveau des parents, mais aussi parfois au niveau des directions elles-mêmes, donc on demande la suppression à terme de ces frais facultatifs".

En fonction des moyens des parents

Comment peut-on sortir alors maintenant de ce cercle vicieux ? Quels sont les leviers ? Les moyens des écoles sont limités...

"Tout à fait, ils sont extrêmement limités. Il y a eu la démarche du Pacte d'excellence qui a réuni toute une série d’acteurs et nous on pousse vraiment à ce que les mesures prises dans le cadre de ce Pacte soient concrètement mises en œuvre ici dès 2018.

Peu importe la crise gouvernementale, c’est vraiment important puisque, que soit syndicats enseignants, syndicats de direction, associations d’élèves et de parents, on demande à ce que des choses concrètes soient posées. 

La deuxième demande, c’est d’avoir un point d’intention spécifique sur ces sorties, ces voyages justement, qui font partie de l’éducation, de l’ouverture au monde pour l’enfant et qui sont importants dans le cadre scolaire aussi.

Pour certains enfants, c’est parfois la seule possibilité de partir et voir d’autres horizons, et donc c’est vraiment pour nous un aspect fondamental pour réduire un peu cette fracture sociale qu’on remarque dans les chiffres"

Ce serait peut-être les fêtes de l’école qui devraient financer finalement toutes ces sorties par exemple ?

"Selon nous, on doit avancer pas à pas vers une gratuité pleine et entière de l’enseignement, que ce soit sur les frais ordinaires de rentrée et durant l’année, mais aussi sur ces frais de sorties, de classes vertes, classes bleues, voyages, par rapport aux frais de garderie également, mais alors en dehors des temps scolaires, effectivement peut-être avancer vers une tarification en fonction des revenus des parents, donc c’est-à-dire que pour les parents à bas revenus ce serait gratuit, pour les autres ils payeraient en fonction de leurs moyens".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK