Gouvernements francophone et flamand : symptômes d'une Belgique à deux vitesses ?

Gouvernement wallon et gouvernement flamand: quelles différences ?
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Les Francophones de Belgique ont découvert lundi matin l’accord de gouvernement négocié en Flandre par les trois partis au pouvoir : N-VA, CD & V et Open Vld. Intégration, emploi, immigration, environnement, climat, mobilité, budget… de nombreux chapitres ont parfois fait tiquer certains francophones. Surtout, cet accord dénote par rapport à l’accord wallon. Une Flandre à droite, une Wallonie plutôt à gauche, les deux déclarations de politiques générales le montrent. Comparons les deux accords.

Les points communs

On a dû chercher, mais il y a quand même quelques points communs entre les deux accords. D’abord, les deux régions espèrent augmenter de 5% leur taux d’emploi. Mais quand les Flamands veulent passer de 75% à 80%, les Wallons accusent un retard plus conséquent : 63,7% actuellement contre 68,7% espérés en 2024.

Au niveau fiscal, les deux régions (et même Bruxelles !) entendent réduire les frais d’enregistrement lors de l’acquisition d’un bien.

En matière de mobilité, les régions veulent augmenter la part modale du vélo, mais à géométrie variable. La Flandre s’y attaquera en investissant 300 millions d’euros dans les pistes cyclables. La Wallonie, elle, allouera un budget de 20€ par habitant par an à ce mode de déplacement pour augmenter l’utilisation du vélo de 1 à 5% en cinq ans.

Et c’est tout, pour les points communs.

Des divergences en veux-tu en voilà

Le plus intéressant n’est donc pas dans ce qu’il y a en commun entre les deux politiques prévues, mais plutôt là où elles s’opposent.

  • Emploi

Si les deux régions souhaitent atteindre le même objectif (un taux d’emploi 5% plus élevé), elles ne comptent pas appliquer les mêmes recettes. La Wallonie (et même Bruxelles) compte offrir des formations aux chercheurs d’emplois et les guider vers les métiers en pénurie. Les jeunes qui accepteront une formation auront droit à nouveau aux allocations d’insertion qui leur avaient été retirées par le niveau fédéral. Bref, une claire politique de la carotte dira-t-on.

Côté flamand, il y a une petite carotte également (un bonus de 50€ pour les plus bas salaires afin d’accroître les revenus du travail par rapport au chômage), mais le bâton est à la hauteur de la carotte. Les chercheurs d’emplois flamands de longue durée (plus de deux ans) devront ainsi s’acquitter d’un service civique obligatoire.

  • Logement

Alors que la Wallonie et Bruxelles comptent atteindre respectivement 10% et 15% de logement à finalité sociale dans leur territoire, ne cherchez pas d’objectif du même type côté flamand. Le gouvernement Jambon se limitera à financer à hauteur de 15% les travaux de création de logements sociaux décidés par les communes.

  • Environnement et climat

Le symbole est fort. Alors qu’il s’agit du premier chapitre de la Déclaration de politique régionale wallonne, le chapitre sur l’énergie et le climat arrive aux deux tiers de la DPR flamande après les chapitres sur l’agriculture, la politique étrangère et le tourisme ou encore… le patrimoine immobilier. Autant dire qu’il ne s’agit pas d’une priorité. Et les propositions abondent en ce sens. La Wallonie compte par exemple réduire de 55% ses émissions de gaz à effets de serre (GES) d’ici 2030, la Flandre ne vise que 35%. La Wallonie veut tendre vers la neutralité carbone en 2050, la Flandre visera cette année-là une baisse de 80 de ses GES. Deux régions et deux vitesses.

Mentionnons tout de même le clin d’œil flamand à la proposition wallonne de planter 4.000 km de haies : la Flandre plantera 10.000 hectares de forêt.

  • Mobilité

Question mobilité, deux vitesses également. La Wallonie compte investir massivement dans la mobilité douce (80 millions d’euros par an à partir de 2021 et 20€/habitant/an dans le vélo). Certes la Flandre investira aussi, notamment 300 millions d’euros dans les pistes cyclables, mais le shift n’est pas le même. La Flandre entend toujours élargir les rings d’Anvers et de Bruxelles.

Sur la sortie progressive des moteurs thermiques, ni la Wallonie ni Flandre n’affichent l’ambition bruxelloise (sortie du diesel en 2030, de l’essence en 2035).

  • Enseignement

La mesure est symbolique entre Francophones et Flamands, les premiers ont confirmé le tronc commun jusqu’en fin de 3e secondaire, les seconds n’en veulent pas. Les petits Flamands devront ainsi faire un choix entre le général, le technique et le professionnel dès la fin de la 6e secondaire.

  • Immigration et identité

Là encore, aucune comparaison possible entre les DPR. Le mot "identité" n’apparaît que deux fois dans la DPR francophones, la première fois pour promouvoir une "culture de la tolérance quelle que soit l’identité, la seconde pour "renforcer l’identité des télévisions locales". Chez nos voisins du nord, "identiteit" est mentionné 19 fois, "integratie", 53 fois.

Et concrètement, cette attention flamande portée sur ces matières se matérialise par, le paiement de 360€ par les étrangers pour participer au parcours d’intégration obligatoire, la nécessité d’habiter pendant 10 ans en Flandre pour pouvoir obtenir un logement social, l’absence d’allocations familiales pour les demandeurs d’asile même après régularisation, etc.

La fin du financement par la Flandre du centre interfédéral pour l’égalité des chances (Unia) mais aussi du Minderhedenforum, d’associations marocaines et turques montre encore cette marche arrière flamande dans la protection des minorités. Une démarche à l’opposé de la francophone.

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