Gouvernement suédois: gloires et servitudes d'un (éventuel) saut d'index

D’abord quant au montant que pourrait rapporter un saut d’index. On parle de trois milliards d’euros, mais sur quelle population et sur quelle période. "En termes d’économie pour l’Etat, un saut d’index réduirait le montant de la rémunération des fonctionnaires fédéraux. Et sous cet angle, c’est un cadeau offert aux régions dont les fonctionnaires seront, eux aussi, un peu moins payés. "

Mais le saut d’index représente aussi un coût: "L’Etat subira de ce fait une perte en termes de rentrées fiscales et de sécurité sociale moins perçues sur des salaires moins élevés." Une moins-value qui s’élèverait à près de 2% tant en impôts qu’en sécurité sociale. Et cette fois sur l’ensemble de la population, fonctionnaires et salariés du secteur privé.

Une expérience qui remonte aux "Pouvoirs spéciaux"

Le saut d'index n'est pas vraiment une nouveauté. Il a été pratiqué deux ou trois fois dans les années 80 sous les "Pouvoirs spéciaux". Plus récemment, des gouvernements ont préféré maintenir l'index, mais en pondérant l'impact de certains produits de manière à freiner sa croissance.  Par exemple en réduisant l'impact des carburants ou de l'électricité.

Saut d’index intelligent

S’ajoute aujourd'hui la formule de "saut d’index intelligent " qui entretient un certain flou. Pour l’économiste de l’ULB, si cela signifie que les indemnités sociales et les bas salaires ne subiront pas ce saut d’index, le gain financier pour l’Etat en sera réduit d’autant. "Tout dépendra où le prochain gouvernement placera la barre".

Gare à l’index déflationniste

La mesure pourrait même être anti-productive si elle était prise en période de déflation. Pour l’instant, le taux d’inflation est encore légèrement positif (0,3%). Si le saut d’index devait être appliqué en pleine déflation, ce serait tout bénéfice pour les salariés qui éviteraient alors une baisse de rémunération. Le risque pourrait paraître théorique si la situation ne s’était pas déjà produite. Dans certains secteurs qui appliquent l’index sur base mensuelle (et non annuelle), l’indice des prix à la consommation est déjà passé en dessous de Zéro. Et si les salaires n’ont pas été réduits, c’est parce que les conventions paritaires concernées l’interdisait.

Alimenter la spirale inflationniste

Pour Robert Plasman, cette mesure et les autres qui transpirent dans la presse sont "aberrantes dans un contexte de diminution du pouvoir d’achat et de tassement de la demande. C’est l’opposé de ce qui devrait être fait. C’est un tour de clé supplémentaire vers la spirale déflationniste."

L’argument selon lequel un saut d’index permettrait à nos salaires d’être plus compétitifs par rapport aux pays concurrents est également battu en brèche par le professeur: "Cela aurait du sens si nous étions les seuls à prendre cette mesure, mais les Hollandais et les Allemands ont pris ou prennent les mêmes. Et c’est cela qui accélère la spirale. "

Robert Plasman se demande aussi –toujours sur base du peu d’informations disponibles mercredi matin- comment le prochain gouvernement pense financer toutes ces mesures.

On le saura sans doute dans les prochaines heures. Quant au franchissement de l’indice pivot, il devrait avoir lieu en mars plutôt qu’en février. Chacun saura alors exactement dans quelle proportion ses revenus ont participé, peu ou prou, au refinancement de l’Etat.

Jean-Claude Verset

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