Gouvernement flamand : quel parti voudra bien du ministre en charge de Bruxelles ?

Cieltje Van Acheter (N-VA) est favorite pour devenir la prochaine ministre flamande en charge de Bruxelles
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Cieltje Van Acheter (N-VA) est favorite pour devenir la prochaine ministre flamande en charge de Bruxelles - © THIERRY ROGE - BELGA

Des ministres, il y en a généralement entre 8 et 11 (maximum) dans le gouvernement flamand. Et l’un d’entre eux doit forcément habiter en région bruxelloise car il sera ministre des affaires bruxelloises. Logique. Habiter à Bruxelles semble être une condition bénigne a priori mais elle engendre de grosses complications dans la distribution des postes de ministres flamands. Au point de faire de ce poste de "ministre en charge de Bruxelles", le valet puant de la majorité : celui que les partis ne veulent pas avoir. Explications.

Pour mieux comprendre, prenons une petite dose d’institutionnel. La Flandre est à la fois une région (qui s’arrête aux portes de la région bruxelloise) et une communauté (qui englobe la région bruxelloise). Mais la Flandre a choisi d'avoir pour ces deux entités un seul gouvernement. Il est donc à la fois régional et communautaire. Les matières communautaires concernent donc Bruxelles, et il est impensable institutionnellement que 10 Flamands de Flandre ne décident pour des Flamands de Bruxelles. Le législateur impose donc la présence d’un Bruxellois parmi les ministres du gouvernement flamand. Côté francophone, c’est la même chose : il doit y avoir au moins un(e) Bruxellois(e) dans le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-communauté française). Sur les 5 ministres, il y en a même deux : Caroline Désir (PS qui habite à Ixelles) et Valérie Glatigny (MR qui habite Woluwe-Saint-Pierre). Bref, aucune difficulté côté francophone. Mais la comparaison entre les deux communautés du pays s’arrête là. Car côté flamand, personne ne se presse au portillon.

"D’abord, d’un point de vue institutionnel, ce ministre a moins de poids que les autres, fait remarquer Audrey Vandeleene, post-doctorante en sciences politiques à l’Université de Gand (UGent), auteure d’une opinion en ce sens dans La Libre. Ce ministre, à la différence des autres ministres flamands, c’est un ministre uniquement communautaire. Autrement dit, lors des discussions sur les matières régionales, il n’a rien à dire. Les autres parlent sans lui. Et puis sur le côté symbolique, être le ministre des Bruxellois, cela ne représente pas grand-chose électoralement vu le peu de Flamands habitant à Bruxelles."

Ainsi, lors des dernières élections, 50.000 convocations électorales ont été envoyées en flamand à Bruxelles sur un total de 500.000 convocations envoyées.

Bref, pour le dire autrement, décrocher ce ministère n’est pas un cadeau pour les partis. Surtout quand le nombre de ministres est limité. "Cette fois-ci, on peut s’attendre à ce que ce soit la N-VA qui ait ce ministre, développe Audrey Vandeleene. La N-VA aura 5 ministres alors que le CD&V et l’Open VLD en auront probablement 2 ou 3. La N-VA perdra donc proportionnellement moins de pouvoir en acceptant ce poste que les deux autres partis."

Faire déménager un candidat ministre en urgence

Voilà pour le scénario qui devrait se dessiner dans les prochains jours : un ministre flamand en charge de Bruxelles provenant de la N-VA. Le nom de Cieltje Van Acheter, députée bruxelloise depuis 2014, est cité avec insistance. Elle est une femme (ce qui est toujours un avantage lors des répartitions ministérielles), vice-présidente du parti et donc… Bruxelloise. L’affaire semble bien emmanchée.

Mais pour illustrer la difficulté de ce poste ministrable, il est amusant de citer la situation de 2014, lors de la formation du dernier gouvernement flamand. A l’époque, N-VA et CD&V ont la majorité à eux deux et se préparent à gouverner ensemble. Pas de chance, à l’échelon fédéral, ces deux partis ont besoin de l’Open Vld pour accoucher d’une Suédoise (avec le MR), et les libéraux flamands n'acceptent de monter au fédéral que s’ils participent au pouvoir en Flandre également. L’Open Vld se glisse donc dans ce gouvernement flamand. La N-VA et le CD&V auront 4 ministres chacun, l’Open Vld devra se contenter de deux… ou plutôt d’un et demi, puisqu’ils héritent du ministre communautaire en charge des Affaires bruxelloises.

Et là, c’est panique à bord. Les libéraux flamands doivent trouver une personnalité qui habite Bruxelles, comme l’explique la post-doctorante de l’UGent. "Ils pensent d’abord à faire déménager l’un de leurs politiciens depuis la Flandre (Noël Slangen et Jean-Jacques De Gucht sont testés, ndlr), mais les démarches prennent trop de temps. Il faudra deux semaines pour être domicilié à Bruxelles, trop tard pour la prestation de serment. Ils ont donc été rechercher Sven Gatz qui était alors… directeur de la Fédération des brasseurs, qui avait quitté la vie politique trois ans plus tôt."

Peu de visibilité et donc peu de vocations

Le fait de devoir faire déménager un candidat pour occuper ce poste de ministre montre également le peu de vocations que peut faire naître ce poste. "Si un politique flamand veut être connu et populaire en Flandre, il n’a aucun intérêt à habiter Bruxelles, résume Audrey Vandeleene, alors qu’un ministre Bruxellois à la Fédération Wallonie-Bruxelles aura lui tout autant d’attention médiatique que son collègue wallon."

Et cela peut amener à une autre question : est-il possible de devenir connu comme politicien flamand à Bruxelles ? Pascal Smet (sp.a) ou Guy Vanhengel (Open Vld) font peut-être figure d’exceptions qui confirment la règle. "Mais leur visibilité est bien plus grande en étant ministre flamand au gouvernement bruxellois qu’en étant ministre bruxellois au gouvernement flamand", conclut la post-doctorante de l’UGent.

Outre Cieltje Van Achter (N-VA), seule Els Ampe (Open Vld, laekennoise, députée bruxelloise et échevine à la Ville de Bruxelles entre 2012 et 2018) peut revendiquer une reconnaissance publique et donc une légitimité suffisante pour occuper ce poste. Preuve en est la difficulté de trouver des candidats ministres de Bruxelles…

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