Gouvernement fédéral : "Le courage, c’est de faire des compromis, de faire preuve de créativité", estime Charles Michel

Fraîchement sorti du 16, rue de la Loi, Charles Michel enfilera bientôt le costume de président du Conseil européen. Mais en attendant, il est toujours président du MR, et il n’hésite pas à donner son avis sur les négociations au fédéral, près d’un an après la démission de son propre gouvernement. "Je crois qu’il est urgent de prendre des responsabilités, affirmait-il ce lundi dans Matin Première. Personne n’a la majorité absolue, cela veut donc dire que le courage c’est de faire des compromis." Pour l’ancien Premier ministre, une décision doit être prise dans les mois qui viennent au plus tard.


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Pourtant, un compromis entre la N-VA et le PS, les deux partis majoritaires dans leurs communautés, est loin d’être à l’ordre du jour. "Ils doivent prendre leurs responsabilités", estime Charles Michel. Le rapport des deux préformateurs, Rudy Demotte (PS) et Geert Bourgeois (N-VA) doit être rendu au roi ce lundi. Le président du MR espère que ce rapport "permettra de passer à la vitesse supérieure", tout en précisant qu’il n’a aucune information sur son contenu.

Une réforme de l’Etat serait contraire au choix démocratique

Concernant les négociations en elles-mêmes, Charles Michel dresse une analyse sévère : il dénonce une "nonchalance coupable" du PS et de la N-VA. "J’ai été invité par les deux préformateurs, et j’ai été surpris de constater que je n’ai eu droit qu’à à peine une heure d’entretien, plutôt vague d’ailleurs, en termes de contenu", s’étonne le président du MR. Selon lui, il faut justement "aller dans le détail" pour espérer prendre des mesures. "S’accrocher à son programme électoral, c’est faire preuve de manque de courage, martèle Charles Michel. Le courage, c’est faire preuve de créativité, d’innovation pour faire en sorte de gouverner ce pays avec une majorité parlementaire." A l’inverse, il estime qu’il y a une "forme de faiblesse, sinon de lâcheté à s’accrocher à son programme et à refuser de faire le pas intelligent vers l’autre."


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La N-VA joue-t-elle la carte du pourrissement ? Charles Michel botte en touche : "je ne sais pas qui de la N-VA et du PS partage davantage la responsabilité." Il estime en revanche que ce sont les seuls partis qui n’ont pas "respecté le choix des électeurs", qui les ont "sanctionnés", mais les ont "maintenus comme premiers partis". Pourrait-on alors se diriger vers une septième réforme de l’Etat ? C’était une des conditions de la N-VA pour discuter avec le PS. Charles Michel n’approuve pas : "ce serait contraire au choix démocratique." Le président du MR estime que ce n’était pas un des enjeux de la campagne électorale il y a cinq mois. Pour Charles Michel, la priorité absolue reste "le développement économique comme garantie de la cohésion sociale."

Nous avons mis au congélateur le communautaire pendant cinq ans

Charles Michel rappelle qu’il y a cinq ans, son propre gouvernement n’a pris que quelques semaines à se mettre en place après le début de la formation. "Il y a eu à l’époque des réactions vives et intenses, mais il y avait un gouvernement, avec un budget", note l’ancien Premier ministre. Il en profite pour faire une nouvelle fois un bilan élogieux de sa législature : "jobs, jobs, jobs", et ses 290.000 emplois créés, une promesse "largement tenue" selon lui. Il rappelle également sa deuxième promesse : "mettre au congélateur le communautaire" pendant cinq ans. "Personne ne peut contester que des choses ont été faites", assure-t-il.

Le chef de file PS au Parlement, Ahmed Laaouej a tout de même taclé le bilan du gouvernement en affaires courantes, qui n’a pas "financé sa politique" et qui fait laisse à la Belgique un déficit budgétaire de 14 milliards. Des chiffres balayés par Charles Michel, selon qui le gouvernement a divisé par trois le déficit budgétaire en décembre, se basant sur les chiffres de l’OCDE notamment. Il pointe la responsabilité de l’échec du tax shift au "volte-face" de la N-VA qui n’a pas voté le budget 2019.


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Le MR serait-il prêt à étudier d’autres possibilités de coalition au fédéral, comme un arc-en-ciel ? Charles Michel reste encore une fois prudent : "je veux respecter le rôle très important du roi, dans un moment de formation de gouvernement". Quant à l’idée de mettre en place un gouvernement d’experts, avancée par un bourgmestre CD & V, l’ancien Premier ministre s’indigne : "A quoi sert de voter alors ?" Les partis doivent répondre au "signal" envoyés par les citoyens. Et sur la question des élections anticipées ? "Cela ne va rien régler, affirme Charles Michel. Il y aura une carte politique qui sera peut-être encore plus complexe, mais les problèmes d’emploi, de fiscalité et de changement climatique n’auront pas changé, si ce n’est que nous aurons perdu encore un peu plus de temps."

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RTBF
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