Glyphosate: la Région wallonne va installer des zones tampons

Carlo Di Antonio, ministre de l’Environnement en Région wallonne
Carlo Di Antonio, ministre de l’Environnement en Région wallonne - © BRUNO FAHY - BELGA

Le glyphosate ne doit pas être classé comme cancérogène, c’est la conclusion de l’Agence européenne des produits chimiques. Carlo Di Antonio (cdH), ministre de l’Environnement en Région wallonne, répond à trois questions.

Cette position européenne ébranle-t-elle vos convictions vis-à-vis du glyphosate ?

Carlo Di Antonio: "C’est un élément de plus, ce n’est pas la première fois qu’on a des études contradictoires. Il y a maintenant 2 ans, l’Organisation mondiale de la santé avait produit un rapport qui aboutissait à la conclusion contraire à la dangerosité de ce produit, donc ça ne me rassure pas et je sais que par le passé, toute une série de produits ont été validés par cette Agence européenne des produits chimiques, avant d’être finalement, quelques mois ou quelques années plus tard, retirés et parfois interdits dans certains pays. Donc, prudence".

Vous voulez interdire l’usage des herbicides controversés par un public non formé, c’est-à-dire les petits jardiniers ?

Carlo Di Antonio : "Oui, je pense que là où l’usage n’est pas indispensable, c’est le principe de précaution qui doit s’appliquer, tout simplement pour protéger les gens eux-mêmes, les utilisateurs et pas uniquement l’environnement. Il est question vraiment de santé publique. Je pense que quand des professionnels utilisent ce genre de produits avec un maximum de précautions, ce n’est déjà pas idéal. Je préférerais une règle européenne qui interdise tout simplement l’usage tant qu’on n’a pas prouvé l’absence totale de dangerosité pour la santé. Néanmoins, en l’absence de législation européenne, je pense qu’on doit protéger les usagers les plus faibles, et les usagers les plus faibles sont les gens qui achètent ça dans une jardinerie sans se rendre compte des dangers potentiels, sans lire précisément les notices et avec un usage qui est parfois loin d’être modéré".

Un auditeur s’interroge: ceux qui en utilisent le plus les herbicides sont les agriculteurs. Si principe de précaution il doit y avoir, pourquoi ne pas interdire purement et simplement et faire appel au gouvernement fédéral pour qu’il abonde dans ce sens-là ?

Carlo Di Antonio: "Alors, effectivement, pour une interdiction générale, il faut d’abord une décision européenne parce que c’est difficile de placer les agriculteurs wallons seuls au centre de l’Europe, sans usage de ce produit, alors que leurs concurrents les plus proches pourraient le faire. Deuxièmement, effectivement, les homologations de produits dépendent du fédéral, donc moi en tant que ministre wallon, ayant l’environnement et le lien environnement-santé dans mes compétences, ce que je peux faire, c’est réglementer l’usage. Et donc j’ai la volonté effectivement de faire en sorte que les particuliers, qui sont les moins protégés par rapport à ce genre de choses, ne l’utilisent pas. Mais j’ai aussi des mesures pour le monde agricole, c’est que je vais généraliser, et ce sera d’application mai 2018, il y a encore un an de négociations nécessaires pour aboutir à ça, l’installation de zones tampons. Donc les agriculteurs, les usagers professionnels, ceux qui pourront continuer à utiliser ce type de produits devront respecter des distances par rapport aux propriétés voisines, donc des zones tampons de l’ordre de 20, 25, 50 mètres dans certains cas, tout dépend du type de produits".

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