Influence russe sur les gilets jaunes? "Quasi impossible à prouver"

Gilets jaunes: "L'influence étrangère est quasi impossible à prouver"
Gilets jaunes: "L'influence étrangère est quasi impossible à prouver" - © FRANCOIS LO PRESTI - AFP

La question devait bien finir par arriver sur la table: et si les gilets jaunes étaient influencés par l'étranger, et notamment par la Russie?

C'est le Times de Londres qui a lancé le débat le weekend dernier, en relayant une analyse publiée par une jeune entreprise américaine spécialisée en cybersécurité, New Knowledge. Selon cette entreprise, 200 comptes Twitter douteux ont relayé de fausses informations et des photos qui n'ont rien à voir avec les gilets jaunes, pour amplifier le phénomène depuis l'étranger.


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Contre-analyse

Assez logiquement, plusieurs experts en cybersécurité ont à leur tour analysé les comptes Twitter qui ont relayé le hashtag #giletsjaunes et leur analyse est bien différente. Pour eux, la prudence doit rester de mise. Sur son blog, Nicolas Vanderbiest, chercheur au Laboratoire des crises, de la réputation et des phénomènes d'influence, reconnaît que le mouvement de gilets jaunes suscite énormément d'interactions, beaucoup plus que le mouvement #metoo ou les attentats de Londres, de Paris ou de Nice. Mais il estime par ailleurs que même si "on peut avoir des indicateurs", les ingérences étrangères sont "quasi impossibles à prouver".

Un autre chercheur en sécurité, Baptiste Robert, alias Elliot Alderson sur Twitter, a, lui, analysé plus de 250.000 tweets publiés en anglais mais accompagné du hashtag #giletsjaunes en français. A partir de cette matière, il a réalisé un top 10 des utilisateurs qui influencent le plus le débat. Parmi eux, et en tête de liste, Katie Hopkins, une Britannique qui compte plus de 880.000 followers.

Viennent ensuite Paul Joseph Watson, un autre Britannique se définissant comme une "extrémiste de la liberté d'expression" mais plutôt décrit comme un adepte de la théorie du complot par plusieurs médias; ou encore des comptes très favorables à Donald Trump, un nationaliste polonais ou un homme, Panos Zachariadis, basé dit-il à Bruxelles. Leur point commun: aucun n'est français. Et aucun de ces comptes ne se présente comme russe.

Selon l'expert français qui s'est exprimé dans les colonnes de Liberation, cette étude n'a fait apparaître "aucune action coordonnée évidente". Ceci ne veut pourtant pas dire que le mouvement des gilets jaunes n'intéresse pas certains activistes russes. Mais pour Baptiste Robert, "les comptes russes en question ne sont pas les plus influents pour les gilets jaunes". Un avis corroboré sur France 24 par Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS: "Compte tenu de l'importance de la mobilisation sur les réseaux sociaux autour des gilets jaunes, les tentatives d'influence russe sur le mouvement constituent une goutte d'eau dans un océan".

Il ne faut en outre pas oublier que le mouvement des gilets jaunes est beaucoup plus actif sur Facebook que sur Twitter.

Moscou et Paris réagissent

Rapidement, le Kremlin a démenti toute implication dans ce mouvement des gilets jaunes et a menacé de "diffamation" toute allégation à son encontre. Quand à la France, elle a chargé le Secrétariat général de la défense nationale de mener une enquête pour faire la lumière sur une influence possible en ligne. Pour Paris, le sujet nécessite des "investigations lourdes et complexes".

 

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