Gilets jaunes: comment augmenter le pouvoir d'achat ?

Mercredi soir, le débat animé par Sacha Daout sur le plateau d’À Votre Avis se penchait sur le mouvement qui fait beaucoup parler dernièrement, et pas toujours pour de bonnes raisons : les gilets jaunes. En effet, beaucoup d’incidents ont été signalés lors de leurs derniers rassemblements. Mais les membres du mouvement présents sur le plateau, Essia Sabkhi, Thierry Ducart et Geoffrey Sculier, tiennent à assurer qu’ils ne cautionnent pas ces événements. Essia Sabkhi souligne même une autre forme de violence : "On parle de démocratie mais on n'est plus en démocratie. Nous sommes dans une forme de dictature. Tout est dirigé, contrôlé et on a juste le droit de la fermer. Quand notre Premier ministre Charles Michel dit que c'est comme ça et pas autrement, il n'y a plus de dialogue possible. Aujourd'hui, il y a des SDF dans les rues, c'est bien plus violent et je ne comprends comment est-ce que les politiques peuvent tolérer cela".

Le mouvement est apparu en France dans la fin du mois d’octobre, suite à l’annonce de la hausse du prix du carburant par le gouvernement français. Les contestations ont rapidement résonné jusqu’en Belgique et se sont élargies à la question du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, le prix de l’énergie n’est qu’un des paramètres qui anime cette grogne qui porte sur le prix de toutes les denrées primaires, à savoir le carburant, le logement, la nourriture, etc. "On veut se faire entendre parce qu’il y a un ras-le-bol de tout. Pas seulement pour le mazout. L’eau, l’électricité, la nourriture, il y a 21 % sur tout ", déclare Thierry Ducart, membre du mouvement des Gilets jaunes.

Le faible pouvoir d’achat de la population était donc le sujet central pour un bonne partie du débat. Malgré les impressions des intervenants présents sur le plateau, un chiffre pouvant être surprenant montre que depuis 1995, le pouvoir d’achat des Belges a augmenté de 5 % (Institut du Développement Durable). Mais selon Georges Gilkinet, député fédéral et co-chef de groupe Écolo-Groen, cette évolution n'a uniquement favorisé les plus aisés. "Cette augmentation du pouvoir d'achat de 5 % est une moyenne très mal répartie par décile, par dixième de richesse et on voit que les deux ou trois premiers déciles ont vraiment des difficultés. Les 30 voire 40 % de Belges qui gagnent le moins sont le plus en difficultés et les augmentations de pouvoir d'achat sont pour ceux qui en ont déjà beaucoup".

Des solutions pour remonter le pouvoir d'achat

Pour pallier à ce problème, des idées de solutions ont été avancées sur la table. Toujours d’après Georges Gilkinet, il faudrait il faut augmenter la part de salaire exemptée d’imposition et pour compenser ce manque, augmenter la taxation des plus hauts salaires.

Frédéric Daerden, député fédéral PS et bourgmestre d’Herstal, lui, est d’accord avec Thierry Ducart : il faudrait passer de 21 % à 6 % sur la taxe de l’électricité. Il propose également de sortir de ce système de fiscalité basée sur la consommation et le salaire qui est actuellement d’application. "Il faut augmenter les allocations, il faut augmenter les pensions, il faut remonter le salaire minimum. Il faut financer cela avec une fiscalité juste et équilibrée avec une globalisation des revenus, un impôt sur le grand patrimoine. Il faut sortir de ce système de fiscalité basée sur la consommation et le salaire. Il faut un vrai tax shift qui va vers une taxation globalisée sur l'ensemble des revenus, qui est progressive et qui tient compte des nouveaux modes de production, notamment du numérique".

90 à 150 euros net par personne par mois

David Clarinval (MR) défend le bilan du gouvernement en mettant en avant le tax shift. "Entre 2014 et aujourd'hui, un salaire mensuel de 1500 euros brut a obtenu une augmentation moyenne de 2000 euros brut [sur l'année]", déclare David Clarinval. "C'est quasiment un treizième mois en plus. Les augmentations sont, en moyenne, de 90 à 150 euros net en plus par personne par mois." Sans effet sur les bas salaires? Il s'en défend. Au contraire, dit-il, "le tax shift a été orienté vers les bas salaires. L'augmentation est proportionnellement beaucoup plus importante pour eux."

Par ailleurs, ajoute-t-il, "le conseil supérieur des Finances a établi que, de manière globale, les taxes en Belgique ont diminué de 2,2% en quatre ans. Le prix des médicaments a par exemple diminué en moyenne de 6%."

Essia Sabkhi et Thierry Ducart, quant à eux, confrontent les politiciens aux différences salariales : "il faut simplement chercher l’argent où il se trouve. Diminuez déjà les salaires des ministres, on gagnera aussi de l'argent. Parce que vous en pompez de l'argent, sincèrement messieurs, vous en pompez. Quand on voit que le salaire de notre Premier Ministre est l'un des quatre meilleurs au monde, c'est fort ! Mais nous, on n’a rien !"

Les membres des Gilets jaunes concluent ce débat en affirmant qu’ils ne lâcheront pas prise tant qu’ils ne seront pas entendus par le gouvernement.

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