Gérard Deprez: "Le Coquelicot est une perversion démocratique"

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Depuis hier soir, les représentants des 28 Etats membres de l'Union Européenne sont réunis afin de désigner le futur Président de la Commission européenne, le Président du Conseil européen, celui de la Banque centrale européenne et également le futur Haut Représentant de l'UE pour les affaires étrangères. Mais jusqu'ici, c'est le blocage. Les 28 n'arrivent pas à s'entendre. Pourquoi ce blocage? Gérard Deprez a été député européen pendant 30 ans, et d'après lui, cela est dû à plusieurs facteurs: "jusqu'à présent, pour désigner le Président de la Commission, c'était le système des "Spitzenkandidaten" qui était appliqué. Autrement dit, la figure emblématique du courant politique ayant obtenu le plus de voix aux élections était le candidat naturel au poste de Président de la Commission. Mais, certains se sont rendus compte que cette mécanique là aboutissait toujours à donner la présidence de la Commission au PPE. Deuxième raison: jusqu'à présent, les Chrétiens-démocrates et les Socialistes avaient la majorité au Parlement européen. Mais, maintenant, ces deux partis n'ont plus la majorité. Or, le Président de la Commission doit avoir le support d'une majorité absolue du Parlement européen. Et donc, ils doivent prendre en compte ce que veut le troisième parti."

Parmi les 4 postes clés dont il faut choisir qui les occupera, c'est celui de Président de la Commission qui cristallise toutes les tensions. Mais quels sont les enjeux qui se cachent derrière ces choix? "C'est une question d'équilibre politique. Emmanuel Macron considère que la configuration centriste libérale doit être reconnue. Elle a connu une progression spectaculaire alors que le PPE et les Socialistes viennent de perdre de manière spectaculaire dans la composition du Parlement européen. Ensuite, il faut tenir compte de beaucoup d'équilibres dans l'Union Européenne telle qu'elle est maintenant. Vous devez avoir un équilibre entre les anciens pays et les nouveaux pays membres. Les membres du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie) bloquent beaucoup sur certains scénarios qui ont été proposés pour la répartition des postes clés à l'Union Européenne. Il faut également tenir compte, comme je l'ai dit, des équilibres entre les courants politiques et enfin, il y a une nouvelle dimension qui a été introduite: il faut une parité entre les hommes et les femmes. Donc, mettre d'accord 28 Etats dont certains sont au coeur de l'Europe et d'autres sont nouveaux, avec des familles politiques différentes et une parité homme-femme est quelque chose de compliqué."

Mercredi, c'est l'installation du Parlement Européen. Si les 28 chefs d'Etat de l'Union Européenne n'arrivent pas à se mettre d'accord d'ici-là, les députés pourraient désigner eux-mêmes, seuls, le président du Parlement européen. Ce n'est pas impossible pour Gérard Deprez, mais il y a une limite à ce scénario: " Il faut obligatoirement avoir trois familles politiques qui se mettent d'accord sur le nom d'un candidat. Il faut nécessairement les Chrétiens démocrates, les Socialistes, les Libéraux et de préférence Ecolo qui s'entendent pour avoir une majorité assez large. J'ignore si cela est possible, au stade actuel. "

Toujours dans l'actualité européenne, Gérard Deprez est revenu sur les rumeurs de nomination de Charles Michel à un haut poste européen. "Si je lui souhaite du bien sur le plan européen, je dis non: il n'est pas candidat, et non il n'a pas de chance, ce qui lui en donne une. Mais, la situation est tellement complexe que je pense qu'il est impossible de prévoir maintenant qui va émerger." 

"J'accuse Ecolo de perversion démocratique"

Le vice-président du MR s'est aussi exprimé sur la volonté du PS et d'Ecolo de former un gouvernement minoritaire en Wallonie. "Ce qui se passe est gênant. Qu'est ce qui leur passe par la tête d'essayer de faire un gouvernement minoritaire alors que toutes les conditions peuvent être réunies pour former un gouvernement majoritaire solide? Il y a deux scénarios majoritaires possibles: l'un où vous avez le PS, MR et Ecolo et l'autre avec le PS et le MR. Et donc, je m'interroge de savoir quelle est cette mécanique un peu perverse qui fait qu'on veut avoir un gouvernement minoritaire? C'est une perversion démocratique, car les électeurs ont voté, et sur base du vote des électeurs, il y a moyen de former un gouvernement majoritaire. Un des partenaires, Ecolo, dit qu'on va faire appel à la société civile. Mais, la société civile a eu l'occasion de s'exprimer. Les citoyens ont eu l'occasion de s'exprimer. Pourquoi donner la priorité à des ONG ou des organismes alors qu'il y a le vote du suffrage universel? Et donc, j'accuse Ecolo de perversion démocratique." 

 

 

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