Georges-Louis Bouchez présent à un débat KVHV: quel est ce club étudiant flamingant?

Le président du MR a participé ce lundi à un débat du club étudiant KVHV sur l’avenir de la Belgique à la KULeuven. Sa présence et les selfies en compagnie des représentants du club flamingant ont suscité l’indignation sur la Twittosphère. Mais, au fond, c’est quoi le KVHV ?

Bart De Wever, Wilfried Martens, Marc Eyskens, Vincent Van Quickenborne, Dries Van Langenhove… Tous ces représentants politiques ont un point commun: ils ont fait partie du KVHV pendant leur parcours universitaire. Quand ce club étudiant a-t-il été créé et comment a-t-il évolué ?

Pour répondre à cette question, il faut remonter à 1911 : le nom " Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond " (Union catholique des étudiants flamands) apparaît brièvement pour la première fois.

À partir de 1923, le nom KVHV remplacera définitivement le Vlaams Verbond (l'Union flamande), la branche flamande de l'union unitaire des étudiants de Louvain créée en 1902. Il s’agit de la première organisation qui rassemble des étudiants catholiques nationalistes flamands.


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Contrairement aux autres associations étudiantes, le KVHV n’est lié ni à une faculté ni à un parti politique. Leur but ? Lutter pour un enseignement en néerlandais dans les établissements scolaires en Flandre. " 1968 est le point culminant absolu : la scission de l'université est un fait et l'université de Louvain devient entièrement néerlandophone. L'objectif principal du KVHV a été atteint ! ", peut-on lire sur le site du KVHV Leuven.

La création du NSV à dos d’âne

Même si la mission principale du KVHV est accomplie avec la scission de l’université de Louvain, le club étudiant poursuit ses activités dans les grandes villes étudiantes de Flandre. Une parade de la section anversoise du KVHV en mars 1975 annoncera l’avènement d’une fissure au sein du KVHV.

Un âne portant la pancarte "Hier spreekt men Nederlands" parade dans les rues de la ville, escorté par des étudiants qui portent tous la casquette bordeaux striée de bleu, de blanc et d’orange – l’insigne du KVHV. La troupe est accueillie à l’hôtel de ville et dans les bâtiments de l’université d’Anvers.

L’objectif de ces contestataires ? Clamer leur haine face à la domination francophone à Anvers. C’est Edwin Truyens, un militant du Taal Aktie Komitee, un groupe flamingant centré sur la défense de la langue néerlandaise, également président de la section anversoise du KVHV, qui a initié cette action. Il confiait au magazine Wilfried : " Continuer à parler mordicus en français quand on vit en Flandre, cela prouve qu’on est un âne. "

Une dizaine de jours après cet événement, la course à la radicalisation est lancée au sein du club étudiant. Les sections gantoise, bruxelloise et anversoise du KVHV parviennent à faire approuver des résolutions nettement plus nationalistes au sein de l’organisation.

Dans la locale anversoise, la tension monte : le nationalisme radical s’oppose au flamingantisme culturel. À partir de la fin 1975, deux KVHV cohabiteront à Anvers pendant quelques mois. Puis, à la rentrée scolaire de 1976, Edwin Truyens et ses compères célébreront la création du NSV. En quelques années, des sections locales du NSV voient le jour dans les grandes villes flamandes.

Membres de tous partis

Malgré l’arrivée du NSV plus radical, le KVHV continue d’être actif dans le domaine politique et étudiant. Il organise par exemple une manifestation annuelle à la rentrée académique, ainsi que des festivals annuels de chansons d'étudiants dans les années 1980 et 1990.

Parmi les anciens membres du KVHV, on retrouve de nombreuses personnalités flamandes de couleurs politiques différentes. On citera par exemple l’ancien premier ministre Wilfried Martens (CD&V), le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) et Bart De Wever (N-VA).

À la suite des élections de 2019, la section anversoise du KVHV félicitait les 19 élus qui ont porté les casquettes du KVHV pendant leurs études.

Dans cette liste, on retrouve aussi de nombreux représentants du Vlaams Belang, dont Gerolf Annemans. Cet Anversois est par ailleurs le seul ancien membre du KVHV à être devenu président du parti d’extrême droite. Tous les autres présidents sont issus de l’autre mouvement étudiant flamingant, le NSV.

Schild & Vrienden et le Vlaams Belang

Cela ne veut pas pour autant dire que le KVHV n’influence pas les lignes au sein du Vlaams Belang. Le KVHV connaît d’ailleurs un renouveau ces dernières années, notamment l’arrivée de deux personnalités : Dries Van Langenhove, fondateur du mouvement identitaire d’extrême droite Schild en Vrienden, et Filip Brusselmans, organisateur de la marche contre le pacte de Marrakech en décembre 2018.

Tous deux sont devenus députés sur les listes du Vlaams Belang en 2019 et défendent les valeurs traditionnelles chrétiennes. Dries Van Langenhove, actif au KVHV Gand, a fondé Schild & Vrienden et a recruté de nombreux sympathisants au KVHV : d’après la VRT, au moins 40 membres et ex-membres du mouvement estudiantin sont également membres de Schild & Vrienden.


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En parallèle, la branche ultra-catholique du KVHV gagne en influence au sein du Vlaams Belang : le conseil d'administration du Vlaams Belang compte trois anciens membres de l'association étudiante KVHV depuis février 2020.

Les transgenres sont une anomalie

Aujourd'hui, le cœur du fonctionnement du KVHV est une combinaison saine de politique et d'esprit étudiant. Le KVHV lutte activement contre l'anglicisation de l'enseignement supérieur et […] défend la vie étudiante traditionnelle ", lit-on sur le site de l’association.

Dans les faits, le mouvement étudiant s’est fortement positionné sur les questions de genre ces dernières années.

En janvier 2018, Filip Brusselmans, alors président du KVHV Anvers critiquait par exemple dans une lettre ouverte le changement de sexe du présentateur VTM Boudewijn Van Spilbeeck en femme. "Les transgenres sont une anomalie. Ce n’est pas normal de changer de sexe", expliquait-il au magazine Humo. Depuis, le jeune de 23 ans est devenu le président des jeunes Vlaams Belang et siège au Parlement flamand.

Invité par le KVHV Gand fin décembre 2019, le chirugien plastique Jeff Hoeyberghs avait donné une conférence au cours de laquelle il avait tenu des propos sexistes. L'homme avait ainsi déclaré que "les femmes veulent les privilèges de la protection masculine et de l'argent, mais elles ne veulent plus ouvrir les jambes" ou "qu'on ne peut pas traiter une femme sur un pied d'égalité sans devenir son esclave". À la suite de cet incident, l’université de Gand a suspendu deux mois le club étudiant.

Ce lundi, le débat avait lieu à la KULeuven. Trois hommes politiques sont venus discuter de l’avenir de la Belgique. Georges-Louis Bouchez est venu défendre sa vision pro-Belgique. Il a débattu avec le chef de file N-VA à la Chambre, Peter De Roover, et l’ex-premier ministre Marc Eyskens (CD&V), tous deux anciens membres du KVHV. De Standaard résumera Le débat : " Bouchez se jette dans la fosse du lion flamand ".

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