Georges Gilkinet (Ecolo): "Le gouvernement sortant a organisé le déficit de la sécurité sociale"

Alors que francophones et néerlandophones ne parviennent toujours pas à former un gouvernement fédéral, le groupe Ecolo-Groen lance un grand dialogue national au parlement fédéral. Un grand rassemblement où les citoyens seront invités pour discuter des enjeux de société. En même temps, des majorités "éthiques" semblent se dessiner à la Chambre sur des questions telles que l’euthanasie ou l’avortement. Ces coalitions "arc-en-ciel" élargies sont-elles le signe d’une possible future alliance fédérale, alors que les verts ont été invités à la discussion avec les deux préformateurs royaux ? Georges Gilkinet, chef de groupe Ecolo, était l’invité de Matin Première ce jeudi.

Cinq mois après les élections, Groen et Ecolo organisent ce samedi 26 octobre un grand dialogue national à la chambre, intitulé Union of the State (l’union de l’État), en référence au discours annuel du Premier ministre dit de l’état de l’union (State of the Union). Ce discours n’aura pas lieu cette année, faute de gouvernement.

On attend du politique qu'il sorte de sa tour d'ivoire.

Si les écologistes ont décidé de réagir, c’est en parce qu’ils associent le bilan des élections du 26 mai à un échec : "On constate d’une part la montée des extrêmes, et d’autre part l’augmentation du nombre de celles et de ceux qui ne sont pas allés voter. C’est un échec pour la démocratie", déplore Georges Gilkinet. Pour "essayer d’innover", les verts sont allés faire du porte-à-porte dans les rues de communes dites "difficiles" : Ninove, Tilleur, Molenbeek… à la rencontre des citoyens. "C’est une prise de température ponctuelle, mais il y a une attente des citoyens que le politique sorte de sa tour d’ivoire, innove, les invite, ouvre les portes et les fenêtres", estime le chef de groupe.

Plus de 200 personnes sont ainsi attendues au Parlement ce samedi. Si les citoyens ont déjà la possibilité de relayer leurs revendications auprès de leurs élus, Ecolo-Groen estime nécessaire de les inviter au sein même de l’institution "pour le faire encore plus et encore mieux, revendique Georges Gilkinet. Il est de ma responsabilité de me remettre en question, de me mettre à l’écoute. C’est pourquoi nous avons invité des citoyennes et citoyens flamands, wallons et bruxellois, à discuter avec nous de l’union de l’État", justifie-t-il.

Ecolo saisit le comité P

La parole citoyenne s’exprime aussi dans les rues, alors qu’une nouvelle "grève étudiante pour le climat" est prévue ce jeudi. En réaction aux violentes répressions policières à l’égard de la manifestation Extinction Rebellion de ce samedi 12 octobre dernier, la députée fédérale Cécile Thibaut a décidé de saisir le comité P.

"Nous avons tous vu les images de cette manifestation pacifique, des réactions qui me semblaient disproportionnées. La ville de Bruxelles a d’ailleurs entamé une enquête administrative, et il nous semble que le comité P, qui est un outil du Parlement, doit analyser la chose pour identifier des responsabilités, mais pour aussi comprendre ce qui n’a pas fonctionné et développer de nouvelles techniques d’intervention par rapport à ce type de manifestation", explique Georges Gilkinet.

Ce dernier ne remet d’ailleurs pas en cause la difficulté du travail des policiers de terrain, ni le manque d’effectifs, "mais on ne peut pas accepter ce type de violence sans réagir et sans réfléchir à la manière de faire autrement", sermonne-t-il.

Refinancement de la sécurité sociale

Ce jeudi marque aussi une nouvelle grève du personnel des soins de santé pour de meilleures conditions de travail. Comment répondre à de telles urgences sociales avec un gouvernement en affaires courantes ? "La ministre des affaires sociales (Maggie De Block, OpenVLD, ndlr) aurait pu accepter le budget de l’INAMI. En affaires courantes ou pas, elle avait la possibilité d’accepter le budget préparé par les interlocuteurs sociaux, les mutuelles, les professionnels de la santé, et elle ne l’a pas fait", regrette Georges Gilkinet. Il convient toutefois qu’un gouvernement de plein exercice reste indispensable pour investir là où c’est nécessaire, avec la sécurité sociale par exemple.

Or, les chiffres du déficit de la sécurité sociale sont de plus en plus alarmants et frôlent les 3 milliards. "Nous revendiquons de longue date un financement solide de la sécurité sociale, réagit l’écologiste. Le gouvernement sortant a organisé les déficits futurs de cette sécurité sociale en modifiant les règles de financement. Nous demandons un financement alternatif et solide, pas uniquement sur les cotisations des travailleurs, mais sur d’autres revenus, pour permettre aux personnes malades, pensionnées, ou demandeurs d’emplois, des conditions de vie digne."

Sur ce terrain, c’est la N-VA qui est particulièrement pointée du doigt. Pour Georges Gilkinet, le démantèlement de la sécurité sociale a toujours fait partie de l’agenda de certains parlementaires. "Faire en sorte, via une modification technique du financement de la sécurité sociale, qu’il y ait des déficits dans le futur, c’est avoir des arguments pour dire qu’il faut être moins généreux, moins efficace", dénonce-t-il.


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Quant à une éventuelle participation à un prochain gouvernement fédéral, Georges Gilkinet assume la possibilité de deux scénarios. Pas un de plus. "Il y a un gouvernement avec la N-VA et sans les écologistes, ou un gouvernement avec les écologistes et sans la N-VA. C’est évidemment dans ce second scénario que nous nous inscrivons éventuellement."

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RTBF
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