Geerts Noels n'exclut pas l'implosion de la zone Euro

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L'économiste Geert Noels, auteur de "Econochoc" et fondateur d'Econopolis et l'un des plus fins analystes de la situation économique. Pour Matin Première, il répond aux questions de Bertrand Henne. Lucide mais pas inquiet, il prône l'anticipation.

La crise va changer radicalement le monde, prévient-il. "Et ce n'est pas d'aujourd'hui : cela fait déjà quelques années que le monde est en train de changer sur le plan financier, le plan environnemental, le plan énergétique, le plan social, démographique... ". Mais il n'est pas pessimiste pour autant. On, va vers "un monde mieux balancé, et je trouve cela positif", dit-il.

Mais l'actualité, c'est surtout aujourd'hui la situation des finances publiques de certains Etats de la zone Euro, dont la Grèce. Pour l'invité de Matin Première, la Grèce, c'est un peu le "Northern Rock" à l'échelle des pays. L'effet de chaîne qui s'était produit après la faillite de la banque anglaise risque fort de se reproduire à présent à l'échelle des pays. Car, souligne Geert Noels, la Grèce n'est pas une exception. Et il cite, notamment, l'endettement du Royaume-Uni ou celui des Etats-Unis. "C'est un problème mondial", dit-il, donc pas seulement un problème pour la zone euro.

Assiste-t-on à l'effet retour des politiques d'aide massive du secteur bancaire, qui, en ayant creusé les déficits, affaiblissent à présent les Etats ? "Rappelons que le problème bancaire a été généré par le surendettement des ménages américain et qu'on a voulu le résoudre en créant plus de dettes encore, mais cette fois plus des dettes privées mais des dettes publiques. Un jour cette dette doit être remboursée. Et c'est là que le bât blesse : certains pays vont avoir plus de problèmes que d'autres...".

Un sort "à la grecque" pour la Belgique?

Certains prédisent à la Belgique un sort "à la grecque" si on ne fait rien maintenant. "On ne peut que prévoir et anticiper", répond Geert Noels, "il n'y a pas de choix, il faut prendre des mesures". Lors de la crise bancaire on a trop tardé et on a attendu que la première banque soit touchée, dit l'économiste. Au niveau des Etats, la même chose risque de se produire, selon lui. "Mais la Belgique n'est pas encore dans le collimateur des investisseurs internationaux. Il ya beaucoup de pays devant nous, mais il faut anticiper !". Cela passe notamment par un plan budgétaire crédible ; et le jugement de Geert Noels sur le plan de la Belgique est mitigé : "On sait très bien qu'il y a une volonté, mais ce n'est pas sûr que l'on va atteindre le retour aux  3% de déficit admis des finances publiques assez vite. Et n'oublions pas que l'on a un problème de financement des pensions, pour lequel on est en retard par rapport à certains Etats de la zone Euro".

Quand on voit que la situation de certains Etats, comme la Grèce, est fragilisée par des phénomènes spéculatifs, on peut en arriver à se demander si, jusqu'à un certain point, la finance ne cherche pas à "avoir la peau" des Etats. "Oui, répond Geert Noels, ce qu'on observait au niveau des banques se répète au niveau des Etats". Mais il tempère : "Pour quelle part cela joue-t-il ? Il y a un problème réel et puis les spéculateurs poussent encore un peu jusqu'à ce que le domino tombe. Mais est-ce vraiment le nud du problème ? Cela je ne le crois pas. Il faut d'abord résoudre les problèmes réels avant que les spéculateurs aient la possibilité de faire tomber le domino."

L'Euro ne doit pas être une devise "Club Med' "

Un risque d'implosion pour la zone Euro est-il à craindre ? Gert Noels reprend l'analogie avec le système bancaire : "On disait toujours qu'une banque ne pouvait pas faire faillite et on a vu ce que ça a donné. Et dans l'histoire, il y plein d'exemples d'Etats qui ont fait faillite ou se sont trouvés en cessation de paiement. Et la zone euro n'est pas parfaite". Il ya des choses que l'on a accepté, dit-il, en pensant que le risque serait négligeable, mais l'on voit aujourd'hui que ce n'est pas négligeable et que cela affecte toute la zone euro.

Selon lui, les autres pays de la zone euro ont intérêt à ce que le Grèce trouve par elle-même les solutions à ses problèmes et qu'il ne faut pas intervenir, car cela créerait un précédent. Car le prochain domino pourrait être l'Espagne et le problème deviendrait trop important pour être résolu. Les Etats vertueux, comme l'Allemagne et les Pays-Bas commencent à se poser des questions, prévient Geert Noels. Ils ne souhaitent pas que leur population paye les mauvais comportements des autres Etats. "Ils se demandent si l'Euro est encore bien leur devise, ou si ce n'est pas plutôt une devise 'Cub Med' ", lâche-t-il.

 

Thomas Nagant

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