"Galant, Je vous dis merde!": le livre-confession de Jacqueline Galant

"Galant, Je vous dis merde !": le livre-confession de Jacqueline Galant
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"Galant, Je vous dis merde !": le livre-confession de Jacqueline Galant - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

"Parfois, je me dis que j’ai raté ma vie et que j’aurais pu faire les choses autrement". C’est par ces mots que débute le livre de Jacqueline Galant (MR). Si l’ancienne ministre fédérale de la Mobilité "refait le match" des principales polémiques qui ont émaillé son mandat, ce livre est surtout un témoignage. Sur la vie d’une femme politique, mais surtout sur la vie d’une femme tout court. Le lecteur, avide de politique, sera quelque peu décontenancé au fil des premières pages. Jacqueline Galant y parle d’elle et de ses rêves: "la petite fille de 9 ans rêvait d’être médecin légiste. […] La petite fille de 13 ans s’imaginait qu’un jour, un prince charmant viendrait la chercher pour l’emmener dans un château loin des guerres, qu’il placarderait l’annonce de leur mariage sur toutes les fenêtres du royaume et qu’il lui ferait plein d’enfants."

La femme

Jacqueline Galant veut d’abord, et avant tout, permettre à ses lecteurs de la comprendre, de comprendre d’où elle vient, de quel bois elle est faite. La bourgmestre de Jurbise parle de son père : "Je l’ai à la fois tellement aimé (et je l’aime toujours) et je l’ai tellement détesté (et je le déteste toujours)". Jacques Galant a été bourgmestre de Jurbise pendant 20 ans.

C’est à son père que Jacqueline Galant doit son amour de la politique, comme elle lui doit sa première "cuite" ou encore le titre du livre, une insulte proférée par un opposant politique de son père, juste après la mort de ce dernier. Son père, qu'elle a tant chéri, était également, comme elle le dit elle-même, à son regret, "un homme à femme […]. Ça reste tabou [en politique] mais les hommes de pouvoir sont souvent des hommes plus portés sur le sexe que les autres. Ils ont besoin d’une reconnaissance affective […]." Reconnaissance affective ? C’est peut-être là qu’il faut chercher les failles de Jacqueline Galant. "Vous savez ce que ça fait, de se sentir grosse et moche ? De savoir qu’on ne sera jamais la reine de la promo, celle que les garçons inviteront au bal de fin d’année ? Celle qui ne reçoit pas de messages d’amour à la Saint-Valentin ? Bienvenue dans mon adolescence."

La jeune Jacqueline a soif d’amour, se voit aimer toute sa vie son fiancé, mais ce dernier la trompe. Le jour où elle l’apprend, "je crois que c’est ce jour-là que j’ai été prête à faire de la politique. A encaisser les coups et à continuer à respirer malgré tout. […]". Des coups, elle va en prendre. Plus que jamais quand elle deviendra ministre. Et Jacqueline Galant est persuadé qu’un membre de son parti y est pour quelque chose.

Précipitation, chasse au buzz et Didier Reynders

Ce petit livre (115 pages), c’est donc l’histoire de Jacqueline la femme politique, la femme tout court, mais aussi l’histoire d’un mandat de 18 mois, son mandat au cabinet fédéral de la Mobilité. L’ancienne ministre consacre des chapitres distincts pour quatre affaires, les quatre affaires qui ont jeté un discrédit sur elle et son travail, et des dossiers qui l’ont, petit à petit, poussé à quitter le gouvernement Michel. Ces affaires, ce sont les chiffres de la SNCB, l’attribution d’un marché au bureau Clifford Chance, le RER, et finalement, le dossier qui la mettra hors-jeu : la sécurité dans les aéroports.

J’ai clairement confondu vitesse et précipitation dans la communication

Il ne faut pas attendre de révélations sur ces affaires : à chaque fois, Jacqueline Galant fait un historique des dossiers, évoque certains éléments-clés. Rejette toute accusation d’enrichissement personnel (dans le dossier Clifford Chance) ou d'incompétence dans les dossiers relatifs à la mobilité ou au survol de Bruxelles. La complexité des dossiers ferroviaires et les conflits continuels avec l’administration du SPF Mobilité, pour le survol, expliquent en grande partie la difficulté d’avancer, selon l'ancienne ministre.

L’ancienne ministre admet, néanmoins, des erreurs, essentiellement en terme de communication : "j’ai clairement confondu vitesse et précipitation dans la communication. Je me suis trop exprimée. J’aurais dû me taire, me contenter de dire : ‘je travaille et nous devons avancer, nous ferons le point dans quelques semaines.’ Mais j’ai été constamment sollicitée par les médias et je me suis rendue trop disponible. C’est un vrai regret." Elle glisse, tout de même, un bon tacle aux journalistes : "la vérité, c’est qu’aujourd’hui, en politique, les journalistes préfèrent souvent relayer un buzz ou un bad buzz qu’une question de fond. Cela prend moins de temps, cela fait plus d’audience et, surtout, cela donne l’impression que ce journalisme-là est ultraréactif."

Des scuds tirés par son propre parti

Enfin, Jacqueline Galant estime qu’il y a eu des "scuds", des "critiques et des pressions" provenant de membres de son propre parti: "Je pense que Didier Reynders les a clairement alimentés. Il n’a jamais digéré le mouvement ‘Renaissance’ initié contre lui et qui lui a coûté son poste de président du MR. Hervé [Jamar, ancien ministre du Budget], Marie-Christine [Marghem, ministre de l’Energie] et moi-même, sommes dans le ‘Clan Michel’. Pilonner (avec succès) les ‘hommes’ de Charles Michel était l’occasion rêvée pour Didier Reynders de s’en prendre au Premier ministre sans devoir l’attaquer frontalement." Et vlan !

Didier Reynders: "L'homme de glace"

L’animosité entre Galant et Reynders n’est un secret pour personne, depuis qu’en 2009, un certain nombre d’élus MR ont estimé qu’après l’échec de 2009 (une victoire électorale dans les régions, mais au final l’opposition pour le MR), le cumul vice-premier/président de parti de Didier Reynders ne pouvait durer. Le groupe "Renaissance" est né, mais aujourd’hui, Jacqueline Galant regrette : "Je ne le referais pas. Pour deux raisons. Avec le recul, je me rends compte que j’ai joué gros. J’aurais pu tout perdre. J’ai été naïve, réellement. Ensuite, c’est vrai que Didier Reynders peut avoir un côté froid (beaucoup l’appellent Iceman, 'l’homme de glace'), mais c’est en même temps un politique doté d’une intelligence rare. Si ce cas de figure devait se présenter aujourd’hui, il serait préférable de trouver une solution entre les deux clans plutôt que d’ériger des murs entre eux car, en 2016, tout n’est pas encore cicatrisé."

La rancœur, la rancune est encore là : avec Jean-Marc Nollet, Didier Reynders est en effet le seul politique à être nommément critiqué. A l’inverse, si, Jacqueline Galant "croit que Charles [Michel] aurait dû intervenir en coulisses [par rapport à Didier Reynders] et siffler la fin de la récréation", elle ne manque pas de dresser des louanges à Charles Michel, "un homme extrêmement drôle et joyeux. […] Je ne dirais pas qu’il pourrait monter sur les tables pour y danser torse nu, mais il est réellement capable de se lâcher. Je me suis souvent demandé si nous étions de vrais amis. Je crois que ma montée au gouvernement a changé bien des choses, mais il y a un lien entre les Michel et moi". Allusion à son travail au service de Louis Michel, plus jeune.

L’impuissance du politique

Jacqueline Galant pose un constat terrible, et très interpellant pour les politiques : "Ma principale erreur a été de croire que les politiques ont réellement la capacité de changer les choses rapidement et durablement. […] Mon constat est sans appel : arrivé à un certain niveau de pouvoir, celui-ci nous échappe totalement, […] On devient le pompier qui éteint les incendies, le policier qui gère les conflits, l’instituteur qui donne une leçon. Il reste peu de temps pour réfléchir et proposer des choses innovantes. […]" Les ex-collègues du gouvernement fédéral apprécieront.

Nous sommes entrés de plain-pied dans une forme de politique Pokémon

La bourgmestre de Jurbise va même encore un peu plus loin, et pose un regard désenchanté sur le milieu politique : "Ce monde dans lequel on aime se détester, faisant de certains amis des ennemis d’un jour en fonction des opportunités, et vice-versa. Aujourd’hui, nous sommes entrés de plain-pied dans une forme de politique Pokémon. On va tous dans le même sens sans vraiment regarder où on met les pieds, trop obnubilés par les écrans et le show d’une certaine réalité qu’on pense pouvoir sublimer. On se complaît trop souvent dans ces cercles où l’on va pouvoir flatter son ego et celui des gens qui nous entourent. On est, en fait, à côté des choses." Dur, dur. Se pose, à la lecture de ces lignes, la question de son avenir.

La fin, et l’avenir

On sent, au fil des pages, que la démission de Jacqueline Galant de son poste de ministre fédérale a été un crève-cœur pour l’Hennuyère. Comme si, malgré son mandat de députée régionale et son poste de bourgmestre de Jurbise, quelque chose s’était cassé entre elle et la politique. Jacqueline Galant est attaché à son poste au niveau local et restera "tant que les gens me font confiance". Mais son avenir régional, ou fédéral, est plus flou. Une certitude: les deux matières sur lesquelles la femme politique veut travailler : la sécurité/le terrorisme, et le communautaire. Pour Jacqueline Galant, le "problème majeur" en termes de sécurité, aujourd’hui, c’est le "boomerang religieux" : "ce dernier nous revient en raison du laxisme dont nous avons fait preuve depuis trente ans. […] Nous, démocrates, avons commis une erreur : nous avons cru que la démocratie, c’était ‘tout laisser dire et tout laisser faire’, oubliant ainsi de défendre ce en quoi nous croyons et ce pour quoi nous nous sommes tant battus en Occident : la fin de l’obscurantisme".

Toutes les idéologies ne peuvent être représentés au nom de la diversité

"La réalité, c’est que nous ne pouvons pas accepter que toutes les idéologies soient représentés au nom de la diversité. La démocratie, c’est d’abord et avant tout croire à des valeurs, y adhérer et les défendre.". Jacqueline Galant veut combattre les "bien-pensants comme Philippe Moureaux [qui a] donné involontairement un espace de diffusion aux ennemis de la démocratie qui pouvaient, en toute liberté, répandre leur haine." Très en verve sur la question, Jacqueline Galant en remet une couche : "La réalité, c’est que les montants que nous n’avons pas investis dans les années 90 dans la culture et l’éducation, nous devons les placer aujourd’hui dans l’armée et la police. Des politiques ont pratiqué la prostitution électorale afin de gagner des voix auprès de certaines communautés." Intégration, sécurité, extrémisme, c’est les dossiers que portera Jacqueline Galant à l’avenir.

L’autre problématique qui tient à cœur à la première Jurbisienne, c’est le communautaire. Jacqueline Galant ne cache pas être proche de certaines idées de la N-VA, sauf sur le communautaire. Se définissant elle-même comme "royaliste", elle estime "bien dommage qu’une partie de la classe politique francophone condamne des initiatives flamandes avant même de les considérer ou de les étudier pour la simple raison qu’elles sont… flamandes. Nous avons, de chaque côté de la frontière linguistique, des choses à apprendre et j’espère qu’à mon niveau, je pourrai être active dans ce domaine."

Nous sommes des comètes... on illumine pendant un certain temps, mais on finit par partir

"Je n’ai aucun regret concernant mon choix de carrière et ces années passées à faire de la politique. Parfois, je me dis que j’ai raté ma vie amoureuse et familiale et que j’aurais dû apprendre à doser davantage le temps consacré à la fonction publique. Mais je suis entière, et ça a été mon choix. Si c’était à refaire, j’agirais probablement autrement." Le paradoxe Galant résumé en deux phrases.

Une Jacqueline Galant parfois philosophe: "Nous sommes des comètes. On nous voit arriver de loin, on prend beaucoup d’espace dans le ciel, on illumine même pendant un certain temps, mais on finit par partir. On devient alors, au mieux, un nom de rue, de musée ou de monument, au pire de la poussière, comme tout le monde."  Et qui reste lucide : "Je continuerai probablement à être maladroite dans ma communication, car je dis bien trop souvent les choses avec le cœur et comme je les pense." Reste une question, qu’on peut légitimement se poser : Jacqueline Galant était-elle faite pour la politique, autre que locale? Cette politique qui lui a fait tant de mal… Jacqueline Galant a-t-elle jamais voulu comprendre que la politique est, parfois, un jeu de dupe, et qu’un peu de "vice" était, parfois, nécessaire ? On peut penser ce que l’on veut de Jacqueline Galant. Mais elle est sincère, c’est certain.

@Himad

"Galant, je vous dis merde !", Jacqueline Galant avec Nicolas Roisin, aux éditions Luc Pire

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