F. Bouckaert inquiet à propos de la taxe sur les transactions financières

Interrogé sur ce qui l'avenir du monde des banques, Freddy Bouckaert répond: "Ce qui me paraît horrible, c'est qu'on s'imagine aujourd'hui que le monde financier doit non seulement payer pour toutes les erreurs du passé, y compris celles qu'il n'a pas commises et qu'on continue à l'assommer de taxes. Les nouvelles taxes au cours des deux dernières années, rien que pour Belfius, représentent une charge additionnelle d'environ 250 millions par an et là, je ne parle pas encore de la TTF, la taxe sur les transactions financières que neuf pays européens ont décidé de mettre en oeuvre, ça devrait rapporter à l'échelle européenne 35 milliards".

Le président du conseil d’administration de Belfius estime que cela coûterait à sa banque un multiple de son bénéfice qui est pour le moment de 270 millions: "Donc ça nous mettrait en perte si les projets actuels ne sont pas amendés ou transformés. Pas seulement pour Belfius, pour un grand nombre d'institutions financières, donc cette taxe telle qu'elle est conçue aujourd'hui, est totalement irréaliste".

Si cette taxe est adoptée, dit l'ex-patron du Crédit Lyonnais Belgium, et d'Axa Belgium, rappelé de sa retraite pour mener à bien à 66 ans le redressement de la banque née de la faillite de Dexia, "cela signifierait que le redressement de la banque est compromis, et à ce moment-là, je crois que je ne serais plus en position pour pouvoir réaliser ma mission".

Sur Pierre Richard, ex-patron de Dexia, Freddy Bouckaert ajoute: "Je suis choqué du montant de ses rémunérations alors qu'il a fait perdre des milliards à la Belgique et à la France"

Enfin s'il dit croire au futur de Belfius (qui doit dégager chaque année un certain niveau de bénéfices pour nourrir ses fonds propres sous peine d'être en grandes difficultés), il ajoute que c'est uniquement si la banque prend son destin en main. Via des bénéfices ou de nouveaux plans de réduction ? Freddy Bouckaert n'a visiblement pas le choix d'écarter résolument et définitivement la deuxième hypothèse. Mais l'ennemi chez Dexia n'est plus seulement le poids passé seulement mais aussi, comme il le souligne, ces attaques de nature "politique" dont sa banque est l'objet.   

"Belfius a toutes les chances d'y arriver si elle prend son destin en main"

Annus horribilis pour Belfius? A peine sortie de l'épisode Dexia, la banque Belfius s'est retrouvée depuis des mois victime d'attaques venues du monde politique. C'est Freddy Bouckaert qui assume la présidence du conseil d'administration depuis des mois, il nous explique pourquoi il croit à l'avenir de sa banque pour autant qu'elle prenne son sort en main. Sans exclure à priori de nouvelles économies si nécessaire.

"Je suis sur qu'on y arrivera et  on y arrivera comme toujours de différentes façons, déjà en faisant des économies, en améliorant la performance, en ayant de nouveaux marchés. Tous ces leviers-là, on va les employer, on les emploie déjà ." Belfius est donc toujours une banque en sursis, c'est perturbant pour les clients? "Belfius a aujourd'hui, une solvabilité qui respecte toutes les règles de liquidités qui sont imposées et donc en ce sens-là, elle n'est pas différente d'une autre banque. On pourrait dire que toutes les institutions financières sont fragiles, qu'elles sont toutes en sursis mais c'est certainement une étape que je ne franchirai pas. Belfius est rentable et a  toutes les chances de pouvoir y arriver si elle prend son destin en main. Et je crois que c'est ce que j'ai toujours fait dans ma vie et si je ne croyais pas que c'était possible, je ne le ferais pas !"

"Les postes d'administrateurs dans les banques sont, parfois surtout, comme dans les intercommunales, un petit complément de revenus"

Interrogé sur la chute de Dexia, Freddy Bouckaert pointe le doigt notamment sur le rôle non rempli par les administrateurs de l'époque: "Je pense que malheureusement dans le secteur bancaire, les postes de conseil d'administration sont parfois attribués comme on donnait les postes dans les intercommunales, en se disant, tiens, c'est un petit complément de revenus agréable et que les gens ne se rendaient pas compte des responsabilités". Une maladie toujours en cours et dont Belfius souffre? "Aujourd'hui, la totalité du conseil d'administration de Belfius, a été renouvelé en faisant appel à  un chasseur de têtes et même si certains de ses membres ont une étiquette politique, ils sont tous compétents, savent tous lire un bilan, savent ce qu'est une entreprise bancaire et comprennent les enjeux."

Belfius, une banque publique? "Je conteste !  Belfius n'est pas une banque publique, c'est une banque qui a un statut tout à  fait normal et qui est aujourd'hui propriété d'un Holding qui lui-même appartient à  l'Etat et donc ce n'est pas du tout un statut à  la Belgacom à la RTBF. C'est une société anonyme de droit privé". L’État n'a donc rien à dire: "Il a une chose extrêmement importante à dire: c'est lui qui nomme ou qui dégomme le conseil d'administration. Et donc le pouvoir principal de l'Etat se trouve à ce niveau-là ." Mais une fois qu'ils sont nommés, le CA ont une autonomie complète? "On peut révoquer sous la loi belge, un administrateur à  n'importe quel moment." Et vous? "J'ai été nommé par l’État et je n'ai aucune couleur politique, aucune attache j'ai été recruté par un chasseur de tête et donc l'assemblée générale où se retrouvaient des représentants de la Holding de l’État, a voté ma nomination."

"Pierre Richard  coûté à la France et la Belgique des montants catastrophiques"

Freddy Bouckaert trouve le débat belge sur les salaires des grands patrons et des hauts cadres "hypocrite". Mais il ne mâche par contre pas ses mots sur la situation de Pierre Richard, ex patron du groupe Dexia, considéré comme celui qui par sa folie des grandeurs et sa gestion autocratique a mené le groupe belgo-français à sa perte:  "Cela me choque que quelqu'un qui a coûté des sommes pareilles, ait pu garder ses rémunérations et ait pu avoir un régime de retraite qui était favorable".

 

RTBF/B. Delvaux

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