Fraude, une occasion ratée?

Fraude, une occasion ratée
Fraude, une occasion ratée - © Tous droits réservés

Comme il s'y était engagé dans son accord de majorité, le gouvernement fédéral compte accentuer la lutte contre la fraude de certains chômeurs.

Il est louable qu’un état se mette en peine de lutter contre toutes les formes de fraude et immanquablement, la fraude aux allocations sociales en fait partie. Tout le monde ( ou presque) connaît quelqu’un qui a rencontré quelqu’un qui a entendu qu’ à tel endroit il y avait un couple qui avait " faussement " divorcé, avait pris chacun à charge un des deux enfants, le mari étant " faussement " domicilié, chacun " touchait " une allocation de chef de ménage, mais tout le monde habitait en fait au même endroit et en travaillant " au noir ", gagnait très bien leur vie… à ce qu’on dit.

Tout ça pour ça ?

Il était déjà apparu dans la déclaration gouvernementale fédérale que le chômeur apparaissait, tel que souvent défini par la N-VA, comme quelqu’un qui se contente d’allocations plutôt que de trouver un job. La N-VA a fait ses choux gras de cette lutte contre le profitariat, alimenté martelle-t-elle par les syndicats et les socialistes.

Le chômeur y apparaît a priori comme un fraudeur en puissance mais comme le constate cyniquement Denis Ducarme (MR), s’il n’a rien à se reprocher, il n’a rien à craindre…

Cet état d’esprit gouvernemental est aussi le produit de la vision flamande du marché de l’emploi. La Flandre est en effet quasiment en plein emploi et peine à trouver de la main d’œuvre, la situation est bien entendu tout à fait différente en Wallonie et à Bruxelles.

Selon l’ONEM, il y avait en 2014, 219.576 chômeurs en Flandre et 50.551 " offres d’emploi en suspens ". En Wallonie, 237.276 demandeurs d’emploi… pour 3755 offres non rencontrées et à Bruxelles 107.749 pour 4300.

Pas sûr que pour les Francophones, un contrôle accru des chômeurs ne changent fondamentalement quelque chose, sinon à créer un climat de suspicion accru à leur égard.

Cette politique ne fait qu’accentuer celle de ses prédécesseurs. Le collectif " Stop chasse aux chômeurs " remonte à 2004 sous le gouvernement socialiste-libéral de Guy Verhofstadt. Rien que l’an dernier, plus de 62.000 chômeurs ont été sanctionnés d’une manière ou d’une autre.

Dogmatique

Mais il fallait semble-t-il marquer le coup, la rupture. Après la pension à 67 ans, le saut d’index, la suppression du complément pour chômeurs âgés ou de certaines allocations d’insertions et en attendant le service obligatoire ou le service minimum, on est clairement dans les marqueurs d’un gouvernement de droite, les signes que la N-VA s’est engagée à poser auprès de son électorat.

La plupart des économistes ou des spécialistes du marché de l’emploi doutent de l’impact bénéfique de ces mesures. L’ONEM dit elle-même qu’elle dispose déjà de tous les outils nécessaires pour les contrôles.

En attendant, le gouvernement a peut-être raté une occasion. Il pouvait valoriser cette image positive de chasse aux fraudeurs, mais en couplant le volet social, d’un volet fiscal qui se fait attendre.

 

Philippe Walkowiak

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK