Françoise Tulkens: "Si c'était aujourd'hui, la Belgique ne signerait pas la Déclaration des droits de l'homme"

Ancienne juge et ancienne vice-présidente à la Cour européenne des droits de l’homme, Françoise Tulkens est l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 8 décembre sur La Première à l’occasion des 70 ans de la déclaration universelle des droits de l’homme. Elle a notamment abordé la campagne menée par la N-VA contre le Pacte sur les migrations, mais aussi l’enjeu de l’urgence climatique.

Le Pacte sur les migrations fait, depuis quelques jours, blocage au niveau du gouvernement fédéral. La N-VA, parti de la majorité, refuse que la Belgique le signe, alors que les trois autres partis de la majorité le veulent.

Mais ce texte vaut-il une crise d’une telle ampleur ? Pour Françoise Tulkens, "oui". Elle rappelle que l’enjeu des migrations est l’un des plus importants de notre époque, et estime que ce Pacte est un texte d’une intelligence et d’un équilibre extraordinaires.

A observer le blocage qui existe aujourd’hui sur ce Pacte, et à l’occasion du 70ème anniversaire de la déclaration des droits de l’homme, nous lui posons la question: la Belgique signerait-t-elle la déclaration universelle, si elle était conçue à l’heure actuelle. Sa réponse : "Non. Je crois que non".

 

Elle a dit…

Sur la campagne de la N-VA sur le Pacte migratoire : "Quand je l’ai vue, je ne pouvais pas le croire. C’est un discours de haine. Et elle insinue que le séjour illégal n’est plus punissable. Mais ça, c’est tout à fait faux. J’ai beau éplucher tout le texte, ce n’est pas ça qu’il dit. Il dit ce qui est une évidence, c’est-à-dire que la voie pénale doit être un dernier recours. Donc pour moi, ce discours de haine rentre entièrement dans la loi Moureaux (contre le racisme et la xénophobie)".

 Sur le mouvement des gilets jaunes : "La question de la paupérisation de la société, c’est une question majeure. La pauvreté n’est pas une illusion. Et il y a une responsabilité des politiques qui est énorme. La pauvreté, c’est une violation des droits fondamentaux. Par contre, peut-on répondre par la violence physique? Non, elle est inacceptable, de quelque manière que ce soit. Mais la violence émotionnelle, je la comprends. Je suis toujours de ceux qui ont pensé que les mesures d’austérité étaient une aberration qui frappent les plus vulnérables".

Sur l’enjeu climatique: "D’abord, je voudrais dire que voir tous ces jeunes à la manifestation pour le climat, j’ai trouvé ça formidable. Moi, ma génération n’en parlait pas. Alors que maintenant, ces jeunes sont engagés, et j’ai une confiance profonde en eux. Et je comprends leur colère quand ils ont appris que la Belgique avait refusé (un refus et une abstention) deux directives européennes pour le climat. Pour moi, il faudrait une loi fédérale du climat. Ce serait vraiment intéressant, pour qu’on ne puisse plus se cacher derrière la lasagne institutionnelle".

Sur la colère des citoyens: "On est tous un peu responsable, mais honnêtement, je trouve que la classe politique a une responsabilité énorme, et de façon globale. Le rôle de l’Etat, c’est de mettre fin à la peur, c’est un Etat pacificateur. Or maintenant, il fait tout le contraire. L’Etat prend la peur, et se légitime à travers la peur".

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