François de Smet (DéFi) : "Avec ou sans nous, la coalition Arc-en-ciel nous paraît la seule voie possible"

Dimanche, le Bruxellois François de Smet a été élu président de DéFI dès le premier tour avec 62,3% des voix. L’ancien directeur de Myria, le Centre fédéral Migration, succède ainsi à Olivier Maingain, resté à la tête du parti pendant près de 25 ans.

Invité de La Première lundi matin, il décrit DéFi comme étant un parti atypique, une grande famille. "Dès qu’on y est accepté, on ne vient pas vous demander depuis combien de temps vous êtes là, d’où vous venez. D’autres prétendants étaient légitimes et crédibles. On a eu un débat serein. Le fait que je vienne de la société civile a peut-être pu aider, j’ai pu apporter un regard neuf sur le parti, apporter un certain diagnostic."

Selon lui, en politique, il est bon d’avoir à la fois des personnes de la société civile et des personnes avec une carrière derrière eux. "Soyons honnêtes, je ne suis pas totalement nouveau en politique. J’ai commencé dans un cabinet libéral. Je ne peux pas venir avec une casquette totalement de la société civile. Mais il faut à la fois des gens qui gravissent les échelons et des gens qui ont fait carrière politique. Etre directeur chez Myria, c’est une forme d’expérience politique, en étant par exemple en réunion avec Theo Francken, ou en faisant valoir notre point de vue, en allant au parlement. C’est ce style d’expérience politique qui peut servir aujourd’hui."

Nourrir notre programme de réalités plus locales

Mais comment "Défi" va évoluer après l’air Maingain ? Pour François de Smet, il faut d’abord regarder ce qui fonctionne dans le parti. "Ce qui a réussi, c’est d’être passé du FDF à DéFi, avec ce courage d’avoir changé de nom, ou le F veut dire fédéraliste et non plus francophone. On garde le combat francophone, mais on le sublime autrement, notamment dans l’idée qu’il faut réaffirmer l’Etat fédéral et réaffirmer la place des francophones dans cet État fédéral."

Ils veulent donc conserver l’expansion de DéFi vers la Wallonie. Pourtant, durant la campagne pour les élections du mois de mai, les candidats issus de la Wallonie n’ont même pas réuni 1% des voix. Malgré tout, ils veulent continuer cette expansion. "Il nous semble qu’il y a la place pour une alternative. Il y a des tas gens qui ne se retrouvent pas dans l’offre actuelle PS/ MR. On le ressent sur le terrain. Je crois que notre défaut en Wallonie, et on doit corriger le tir, c’est qu’on doit moins plaquer de belles grandes idées que l’on a parfois un peu trop depuis Bruxelles, pour arriver à nourrir notre programme de réalités plus locales. Nos idées manquent un peu d’aspect concernant la ruralité, la mobilité, le commerce de proximité. La bonne nouvelle c’est que 40% de nos membres sont wallons et ont envie de s’investir."

"Libéralisme, incompatible avec le nationalisme"

Sur l’axe programmatique, le président de parti insiste sur le fait qu’ils sont des "libéraux progressistes", en distinction avec le Mouvement Réformateur. "Nous croyons à la valeur travail, qu’il faut aider les gens qui entreprennent. Mais tant qu’il y aura des gens qui crèvent de faim dans la rue, c’est qu’il n’y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le système. Nous n’aimons pas le capitalisme financier et ses dérives. Pour nous, le libéralisme est incompatible avec le nationalisme. On est plus net que le MR par rapport à notre attitude avec la N-VA par exemple. Pour nous, pas de collaboration possible avec un courant nationaliste qui veut détruire le pays et qui a parfois, comme le disait un certain Charles Michel en 2014, des petits relents xénophobes."

Le MR s’est d’ailleurs doté d’un nouveau président de parti : Georges-Louis Bouchez. François de Smet a un avis mitigé sur la question. "Je salue son élection car c’est un jeune homme talentueux qui s’est forgé parfois contre l’adversité. Il a un talent qu’il faut reconnaître. Par contre, sur la ligne, je suis un peu perplexe. Sa victoire c’est la victoire d’un MR un peu plus conservateur et un peu plus à droite et très compatible avec la N-VA. Là, c’est une clarification nette. On le sent, dans ses premières déclarations, qu’il veut remettre la N-VA dans le jeu. C’est une sorte de continuité avec les 5 ans qui viennent de s’écouler."

DéFi, un appui pour une coalition Arc-en-ciel ?

Avant son élection à la tête de DéFi, M. de Smet a rencontré Paul Magnette, l’informateur royal, aux côtés d’Olivier Maingain. Mais que s’est-t-il dit ? Sont-ils prêts à soutenir le gouvernement ? "On a surtout parlé de fond. On a essayé d’alimenter sa note. Elle n’est pas parfaite pour les partis 10 partis concernés je suppose, mais nous nous y retrouvons sur bien des aspects. Sur la question de la migration par exemple, la note est réellement équilibrée. On mettrait fin à l’enfermement des enfants et il y a en même temps des ouvertures sur la migration économique, qui était plutôt un tabou pour la gauche. C’est une bonne base et on a envie que l’informateur réussisse. Avec ou sans nous, la coalition Arc-en-ciel (PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo et Groen) nous paraît la seule voie possible."


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Le parti pourrait donc être un appui du côté francophone pour renforcer cette majorité, sans pour autant être du gouvernement, "ou en y étant", nuance-t-il. "Il n’y a pas de raison, si on fait partie d’une majorité, qu’on ne soit pas au gouvernement. Mais il faut d’abord voir si les trois composantes de l’arc-en-ciel veulent aller de l’avant. Et là, je veux un signe un peu plus clair des libéraux du Sud notamment. Au Nord, plusieurs personnalités comme Gwendolyn Rutten ou encore Bart Somers (Open Vld) se distancient de la N-VA. J’aimerais entendre ce même genre de voix au MR. Si la famille libérale décide, demain, de se décoller réellement de la N-VA vous avez un gouvernement potentiel pour le mois de janvier."

François de Smet croit encore en la Belgique. "Je crois à un Etat fédéral qui devrait être beaucoup plus fort. On est arrivé à un point ou le système ne tourne plus et ou on n’est plus capable de faire n’importe quel projet avec un peu d’envergure. Donc, retrouvons les collaborations entre flamands et francophones qui nous permettent d’investir dans cet homme malade de la politique qu’est aujourd’hui l’Etat fédéral."

Et pour lui, retourner aux urnes serait une catastrophe pour la société. "Je pense que les grands perdants seront les partis démocratiques et les grands gagnants les partis les plus radicaux."

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