Francken compte faire payer le coût des scanners aux demandeurs d'asile fraudeurs

Francken compte faire payer le coût des scanners aux demandeurs d'asile fraudeurs
Francken compte faire payer le coût des scanners aux demandeurs d'asile fraudeurs - © DIRK WAEM - BELGA

Le secrétaire d'Etat à l'Asile, Theo Francken (N-VA), compte faire payer le coût des radiographies des demandeurs d'asile qui mentent sur leur âge, rapporte La Libre Belgique vendredi. Le délégué général aux Droits de l'enfant, Bernard De Vos, "n'a pas de mots assez durs pour dire (son) profond dégoût", indique-t-il dans une réaction sur Facebook. La plate-forme mineurs en exil et Médecins du monde partagent le même avis tandis que l'Office des étrangers souligne qu'en cas de doute sur les résultats des scanners, cela profite au présumé mineur.

Près de 200 fraudeurs en 2016

En 2016, 1.500 mineurs étrangers non accompagnés (Mena) ont demandé l'asile en Belgique. En cas de doute sur l'âge de l'individu, l'Office des étrangers introduit une demande de scanners osseux (radiographies de la dentition, du poignet et la clavicule). L'an passé, 659 candidats, soit 40%, ont été soumis à ces tests. Pour 479 d'entre eux, ils ont confirmé que le demandeur d'asile était bel et bien mineur d'âge.

Le secrétaire d'Etat estime cependant que les demandeurs d'asile fraudeurs, qui ont menti sur leur âge, doivent payer eux­-mêmes le coût des radiographies, soit entre 200 et 300 euros. Il a annoncé le dépôt, par la N-­VA, d'un projet de loi allant en ce sens.

"Pour ces jeunes, qui ont fui guerre et misère, c'est le déni de leur âge, de leur histoire, de leur identité, une humiliation et une exclusion violente dans un parcours déjà déshumanisé", réagit le délégué général aux Droits de l'enfant. Il rappelle que les tests osseux ne sont pas d'une fiabilité absolue, puisqu'il "peut y avoir une variabilité de plus ou moins deux ans dans la maturation osseuse". "Appliqué à des jeunes âgés de 16 à 18 ans, le résultat du test est donc particulièrement peu fiable", insiste Bernard De Vos.

L'Office des étrangers a indiqué qu'à l'heure actuelle, il demandait d'effectuer ces scanners lorsqu'il émettait un doute sérieux sur l'aspect physique du demandeur d'asile, les papiers qu'il fournissait ou encore la crédibilité de son récit. "C'est la conjonction des trois éléments des scanners, dentition, poignet et clavicule, qui joue. Tout doute profite au demandeur d'asile qui est alors d'office considéré comme mineur d'âge", a stipulé la porte-parole de l'institution. "Nous sommes dans l'obligation de veiller au respect des dispositions légales et il est clair que les personnes qui ont triché doivent être sanctionnées. Maintenant, il faut voir comment tout cela va se mettre en place", a-t-elle ajouté.

Des tests peu fiables

La plate-forme mineurs en exil estime, pour sa part, la proposition de loi du secrétaire d'Etat inacceptable, Rob Kaelen, collaborateur de l'association, soulignant le caractère peu fiable de ces tests. "La communauté scientifique reconnaît que le test n'est pas idéal." La plate-forme propose notamment des tests améliorés et une approche globale dans laquelle des spécialistes et des psychologues sont impliqués, sans que les demandeurs d'asile n'aient à en supporter les frais.

Pour Médecins du monde, qui pointe également le manque d'efficacité du bilan médical, "il s'agit là d'une nouvelle provocation (...), qui ne prend en compte ni l'opinion de la communauté scientifique, ni la santé des personnes migrantes".

"La France a strictement limité l'utilisation des tests osseux en 2015 déjà. L'an dernier, la communauté médicale suédoise a quant à elle tout simplement rejeté son utilisation, face aux risques pour la santé des personnes subissant le test", explique Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du monde Belgique. L'ONG appelle le secrétaire d'Etat "à cesser ses déclarations intempestives, populistes et aux répercussions dangereuses pour de nombreuses personnes migrantes".

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