Fourniture de vaccins AstraZeneca retardée : la Belgique pourrait-elle "bloquer" ce qui est produit à Seneffe ?

Alors que le fabricant de vaccins AstraZeneca a annoncé de retards dans la livraison des doses de vaccins commandées par l’Union européenne, des questions se posent, au niveau européen, sur la réalité de la situation. AstraZeneca est une firme anglo-suédoise. Son vaccin contre le Covid-19 a été élaboré à Oxford. Du côté des autorités européennes, des questions se posent.

Les retards de livraisons des doses réservées par l’Europe s’expliqueraient-ils par le fait que la firme pharmaceutique privilégierait le marché britannique ? C’est la raison pour laquelle l’Europe a demandé aux Etats-membres qui abritent un site de production de vaccins d’AstraZeneca de l’inspecter. C’est le cas de la Belgique où le groupe dispose d’une usine à Seneffe.

Ce matin, sur les ondes de la Première, le commissaire européen Didier Reynders, est revenu sur ce dossier, car pour l’Union Européenne, il faut qu’AstraZeneca respecte le contrat conclu avec l’Europe. L’Union européenne entend s’assurer que le fabricant de vaccin fait ce qu’il a à faire pour approvisionner les États membres de l’UE. "Il n’est pas question de bloquer les doses, mais nous voulons mettre en place des licences d’exportation pour savoir quelle est la production", a expliqué le commissaire Reynders. Il s’agit de savoir "exactement ce qui sort de chaque unité de production, où les doses vont et savoir si certaines partent en dehors de l’Union européenne alors qu’elles ont été commandées par l’Union européenne", a poursuivi Didier Reynders. "On veut avoir la transparence sur tout cela. Il s’agit de vérifier que ce qui est produit en Europe est bien utilisé pour ce qui a été convenu, notamment avec l’Union européenne", a-t-il déclaré.

Si l’on prend l’exemple de l’usine AstraZeneca de Seneffe, un tel système de licences d’exportation pourrait permettre, s’il existait, de garantir que des doses produites à Seneffe, seraient bien destinées, par exemple, aux pays européens qui les ont commandées.

L’usine AstraZeneca de Seneffe déjà contrôlée

Dans cette logique, à la demande de la Commission européenne, le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke a chargé l’AFMPS (Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) d’aller inspecter le site de Seneffe d’AstraZeneca. La visite a eu lieu, comme l’a confirmé mercredi le cabinet du ministre de la Santé. Les résultats n’ont pas encore été divulgués. Il s’agissait "de nous assurer que le retard de livraison des vaccins était bien dû à un problème de production sur le site belge", a indiqué le cabinet. AstraZeneca, qui avait livré environ un quart du volume de vaccins attendu, avait en effet avancé un "problème de rendement" pour justifier le retard dans les livraisons.

Il semble cependant incertain que la Belgique ait les moyens de "bloquer" ce que l’usine de Seneffe produirait, pour s’assurer que ces doses de vaccin bénéficient aux Etats membres de l’Union européenne, conformément à l’accord de livraison conclu entre l’Europe et le fabricant de vaccin. Si pour certains secteurs sensibles, comme les armes, des licences d’exportation existent, qui permettent d’interdire à une entreprise d’exporter sa production vers tel ou tel pays ou de limiter ses exportations, rien de semblable ne concerne les médicaments. La Belgique est un important exportateur de produits pharmaceutiques et rien n’empêche une entreprise pharmaceutique installée en Belgique d’exporter sa production où bon lui semble.  

Sujet JT du 29 janvier 2021 : l’Agence européenne des médicaments autorise la mise sur le marché du vaccin AstraZeneca

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