Formation fédérale: pourquoi Koen Geens est-il à la manœuvre et a-t-il des chances de réussir?

Alors que les informateurs royaux étaient censés rendre leur rapport définitif le 4 février, le Palais royal a présenté la surprise du chef : Koen Geens s’est vu charger d’une mission royale. Pourquoi le Roi a-t-il choisi le vice-premier ministre CD&V et a-t-il des chances de réussir sa mission ?

Analyse de la situation avec Dave Sinardet, professeur en sciences politiques à la VUB et à l’Université Saint-Louis.


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"C’est une mission qui en a étonné plus d’un. Le nom de Bart De Wever circulait car il y avait différents présidents de parti qui voulaient que Bart De Wever vienne à la manœuvre, c’était le souhait du CD&V depuis longtemps", lance Dave Sinardet, professeur de sciences politiques.

Au départ, l’idée était d’avoir une mission en duo Bart De Wever-Paul Magnette, mais le président du PS a refusé. "Le Palais a jugé que cela ne servirait pas à grand-chose de confier une mission à Bart De Wever tout seul, ça pourrait être une mission dont le seul but est de le faire échouer", analyse le politologue anversois.

Une alliance PS/N-VA bloquée ?

Dave Sinardet constate par ailleurs une différence d’analyse quant aux chances de réussite d’un gouvernement alliant les deux plus grands partis de Wallonie et de Flandre : "Du côté flamand, on entend souvent qu’un accord entre le PS et la N-VA ne serait pas finalement si impossible que cela. Le parti socialiste serait prêt à faire des concessions sur la régionalisation de certaines compétences en échange d’une politique plus sociale. Mais, dans ce cas de figure, ce serait le MR qui n’aurait plus beaucoup d’éléments intéressants : il n'aurait pas de politique libérale, devrait faire des concessions communautaires et lâcher l’Open Vld."


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De côté francophone, les messages à répétition des ténors du PS laissent penser que ce serait pourtant le parti socialiste francophone qui bloquerait une alliance entre les nationalistes flamands et le PS.

Chargé d’une mission royale : logique

Dave Sinardet s’étonne que le président du CD&V, Koen Geens, ne reçoive pas de titre officiel : "Si on le nomme informateur, cela voudrait dire que la mission de Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez auraient complètement échoué, ce qui en partie le cas même si ce n’est pas ce qu’on voulait laisser entendre."

A peine remercié, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dévoile sa propre interprétation de la désignation de Koen Geens sur Twitter :

Pour Dave Sinardet, nommer le vice-premier ministre préformateur serait aller trop vite en besogne : "Cela voudrait qu’on sait déjà quelle est la coalition puisque, quand on commence à former ou pré-former, c’est dans le but d’établir une coalition très concrète et on n’en est toujours pas là du tout. Ne pas lui donner de titre était donc le compromis le plus logique."

Choix logique

Plusieurs raisons expliquent le choix du Palais royal, selon le professeur en sciences politiques. "Le CD&V est un parti crucial dans les négociations. Depuis les élections, il ne veut pas se décoller de la N-VA pour aller dans une coalition alternative, la Vivaldi. Le Palais privilégie depuis un certain moment la piste PS/N-VA, ce qui est aussi la piste privilégiée du CD&V."


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Les chrétiens-démocrates flamands sont aussi les faiseurs de roi, malgré leurs 12 sièges à la Chambre : ils sont nécessaires pour une majorité entre PS et N-VA mais aussi pour une alliance avec les socialistes, libéraux, écolos.

En même temps, Dave Sinardet estime que le choix pour Koen Geens est assez logique : "C’est un personnage emblématique du CD&V. Le fait de nommer quelqu’un comme Koen Geens, dont on sait qu’il a certaines ambitions de devenir Premier ministre, en dit long. Il n’a certainement pas envie de se brûler. Cela pourrait laisser entendre qu’il y a des pistes réalistes du côté du Palais. Sinon, ce serait bizarre de le nommer déjà maintenant."

Le politologue se demande : "Va-t-il d’abord tester la piste N-VA et PS pour finalement se rendre compte que cela ne marchera pas ?". Il resterait alors deux scénarios : la Vivaldi, ou les élections anticipées.

Ce qui est sûr, c’est que la situation est tout aussi bloquée qu’avant, mais que c’est au nouveau chargé de mission royale de la débloquer.

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