Formation d’un gouvernement fédéral : voici ce que met le cdH sur la table

Après le maxi-scrutin du 26 mai 2019, le cdH n’avait pas tardé à annoncer une cure d’opposition, Maxime Prévot faisant le choix de "régénérer" sa formation politique hors des exécutifs. Quelques mois plus tard, le parti centriste s’est dit "disponible" pour trouver une solution au fédéral, enlisé dans le mauvais feuilleton PS-N-VA. Cette disponibilité se double aujourd’hui d’un texte, de "priorités et marqueurs cdH" en cas de montée dans un gouvernement fédéral, une hypothèse qui a pris de l’épaisseur ces derniers jours. "La Libre Belgique" a révélé les grandes lignes de ce document. Nous disposons également d’une copie. Le cdH est ambitieux.

Priorité à la santé

Dans ce document de cinq pages, qui se présente sous forme de liste, les centristes développent en priorité la santé, avec des mesures qui ne sonnent pas très "suédoise" : une norme de croissance "à + /- 3%" et une adaptation des numéros INAMI. Ces deux mesures semblent bien peu N-VA-compatibles. Les oranges demandent plus de personnel infirmier, un encadrement des suppléments d’honoraires, plus de transparence pour le prix des médicaments, une réforme du financement des soins pour "quitter progressivement le paiement à l’acte, incitant parfois à des prestations non requises" ou encore "instituer une structure interfédérale de protection de santé publique, agissant sur l’ensemble du territoire. Elle développerait une vision pour répondre aux attentes de la population par rapport aux risques de pandémies."

Au chapitre social, outre le relèvement des pensions minimums, le cdH veut un meilleur soutien aux aidants proches et un statut social des indépendants amélioré. On notera la volonté de supprimer la période de carence en cas de maladie ou la création d’un mi-temps médical pour les indépendants en incapacité. Pour les personnes en situation de handicap qui souhaiteraient cohabiter, le cdH propose la suppression du "prix de l’amour" (un désavantage financier structurel) et du "prix du travail".

Une économie "régénératrice, plus verte et plus humaine"

Sous ce titre, le parti dirigé par Maxime Prévot entend soutenir le "green deal" – un projet carbonisé en début d’année par la N-VA – et activer le Pacte national d’investissements stratégiques du précédent gouvernement. Le cdH souhaite que le soutien aux entreprises suite à la crise sanitaire serve "à les orienter vers la transition économique, sociale et environnementale souhaitée par une très large majorité des citoyens."

En termes de fiscalité, le cdH évoque un glissement de la fiscalité du travail vers une taxation environnementale : taxe sur les billets d’avion, sur le kérosène, sur le transport maritime. Les grandes entreprises numériques américaines sont visées avec une taxe GAFA. Plus surprenant, le parti centriste souhaite un avantage fiscal (déductibilité) du loyer payé pour les kots ! (le point d’exclamation émane du texte).

Pour la mobilité, une mesure pas très "suédoise" : un "réinvestissement massif" dans le rail (on se souvient des économies à la SNCB en 2014). Le cdH prône également une réforme du système des voitures de société.

Pour l’emploi, le parti orange propose l’instauration d’un "droit au rebond/à la démission" (une mesure qui se trouvait dans la note Magnette, première du nom), un meilleur équilibre vie professionnelle/privée (avec des congés parentaux plus rémunérateurs, un congé de paternité étendu, la semaine de quatre jours sans réduction du temps, de travail, etc.)

On soulignera également que le parti veut plus de moyens pour la justice (500 millions) et une révision de la norme "police KUL". Celle-ci "est une clef de répartition de la capacité policière entre les communes du royaume" comme l’explique l’arrêté-royal. La norme n’a plus évolué depuis 1999.

Éthique, gouvernance et institutionnel

La thématique est sensible pour le parti, le cdH propose d’évaluer "la mise en œuvre des lois ‘bioéthiques’". Toujours opposé à l’allongement du délai d’interruption volontaire de grossesse, le parti propose "l’accouchement dans la discrétion" avec possibilité pour l’enfant de retrouver ses racines à 12 ans et au père biologique d’introduire une demande de filiation.

En matière de gouvernance, le cdH propose de copier/coller vers la Chambre le régime de décumul en vigueur au Parlement wallon. Et de faire comme les Bruxellois en 2024 et supprimer la liste des suppléants. Plus original : le cdH souhaite l’instauration du vote panaché : on pourrait voter pour plusieurs candidats de listes différentes. Le parti a déjà tenté de mettre en place le système au sud du pays. Le Sénat serait amené à (encore) évoluer : vers une "assemblée de co-décision citoyenne/politique".

Au chapitre institutionnel, le cdH souhaite discuter d’une VIIe réforme de l’Etat mais hors gouvernement, dans un "cénacle de discussion" en mode "conférence constitutionnelle", organiser une "consultation citoyenne", lister les "dysfonctionnements et les améliorations nécessaires" avant "d’engager les réflexions pour une VIIe réforme".

Conclusion

Depuis deux semaines, flotte sur la rue de la Loi l’hypothèse d’une majorité sans le PS, avec, côté francophone, un cdH qui viendrait soutenir le MR. Outre que ce scénario verrait encore moins de députés francophones dans la majorité que sous la législature précédente (19 alors que le MR seul en avait 20 de 2014 à 2019), c’est surtout sur le contenu que le cdH risque de caler. Sa "liste de priorités et de marqueurs" est très difficilement compatible avec, au hasard, ce que proposerait la N-VA. En santé, en social, en mobilité, en économie, en fiscalité, en termes communautaires, on a du mal à percevoir un chemin commun aux deux partis. Si les présidents du MR, du VLD et du CD&V font pression sur Conner Rousseau, le patron des socialistes, pour qu’il lâche le parti frère, il n’est pas idiot de penser que le cdH ne montera pas dans ce train aussi facilement. "Ça passe ou ça casse" pour les centristes, au vu des sondages : il faudra marquer des points et les esprits dans ce gouvernement fédéral, avec un programme aussi centriste que possible. Est-ce possible avec la N-VA à table ?