Formation d'un gouvernement fédéral : est-ce que c'est fichu ?

Est-il encore possible de former un gouvernement fédéral en Belgique ? Vus les derniers développements autour de la mission de préformation, faut-il constater l’échec de cette mission et considérer d’autres coalitions, voire retourner aux élections ? Pour répondre à ces questions sur le plateau de Ce Qui Fait Débat ce lundi : Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l’université Saint-Louis, et Philippe Walkowiak, journaliste politique à la RTBF.

PS et N-VA : mais pour quoi faire ?

"Depuis le 26 mai, le constat n’a pas changé", affirme d’emblée Philippe Walkowiak : "D’une part, on ne voit toujours pas sur quoi PS et N-VA pourraient s’entendre et, quand on entend que beaucoup souhaiteraient les voir former un gouvernement, on ne pose jamais la véritable question, celle qui concerne le citoyen et le pays : mais pour quoi faire ?" Et de constater qu'"on ne parle jamais de programme, d’orientations sociales, économiques ou politiques, en matière d’immigration, en matière de climat".

Les affaires courantes ne rendent pas les urgences visibles, observe le journaliste : "tant qu’on ne voit pas la matérialité du vide du pouvoir, on ne s’en inquiète pas vraiment, d’autant qu’on en a l’habitude et qu’au niveau de la classe politique, il y a de plus en plus de désintérêt de ce niveau fédéral" [vu, notamment, le nombre de départs pour d’autres échelons de pouvoir, Ndlr].

A-t-on fait semblant de croire que c’était possible entre N-VA et PS ?

Il y a, pour Philippe Walkowiak, un jeu de dupe dans tout ce qui se passe pour l’instant. C’est surtout un problème de volonté politique, répond Dave Sinardet.

Coalitions alternatives

Parmi les scénarii de coalitions excluant la N-VA régulièrement évoqués, il y a l’arc-en-ciel regroupant PS, MR et Ecolo, côté francophone ; sp.a, Open Vld et Groen, côté néerlandophone. Soit une courte majorité de 76 sièges, sur les 150 que compte la chambre. Autre scénario possible : une union nationale sans les nationalistes, soient les familles socialiste, libérale et écologiste, auxquelles on ajoute cdH et CD & V. Le tout pour 93 sièges. Le CD & V et l’Open Vld, toutefois, rejettent cette option qui, comme la première, équivaut à un gouvernement minoritaire en Flandre.

"Des options arithmétiques à défaut d’être des choix politiques", commente Philippe Walkowiak, reposant la question de la faisabilité d’un programme politique commun entre certains partis. "En plus, on aurait ici tout le monde contre les nationalistes flamands, et l’on sait que les parois sont devenues plus que poreuses entre la N-VA et le Vlaams Belang. On a parfois l’impression que la N-VA n’attend que ça, d’avoir ce choc frontal avec l’establishment belgo-belge" […]

Dave Sinardet estime lui qu’un programme entre les partis d’une coalition alternative reste possible : "On pourrait envisager un programme socialiste un peu plus à droite sur l’immigration et la sécurité, et de l’autre côté, la N-VA pourrait aussi accepter de faire plus de social, de remonter la pension minimale. Le problème est un problème de perception", explique le politologue, "parce que l’étiquette N-VA colle à la politique migratoire, comme l’étiquette PS colle à la politique sociale".

Retour aux urnes ?

"C’est la solution ultime, s’il n’y en a pas d’autres, mais on n’y est pas encore", estime Philippe Walkowiak. Pour retourner aux urnes, rappelle Dave Sinardet, il faut une majorité à la chambre qui décide de retourner aux urnes. Ce qui n’est, selon le politologue, pas dans l’intérêt d’une majorité de partis : "car si dans ce contexte, on retourne aux urnes, on peut imaginer que les partis radicaux – Vlaams Belang, PTB – vont gagner encore plus de voix".

Voilà le dilemme dans lequel se trouvent les partis qui négocient au fédéral : ils ne parviennent pas à former de coalition mais n’ont aucun intérêt à retourner aux élections.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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